La fréquentation du Centre Vidéotron est-elle vraiment «mieux qu’à Winnipeg et comparable à Pittsburgh»?

Vérification faite: le Centre Vidéotron, quand on se compare

L’affirmation

«C’est mieux que Winnipeg et comparable à Pittsburgh», s’est réjoui le patron du Centre Vidéotron, Martin Tremblay, dans les médias de Québecor plus tôt cette semaine. Ceux-ci faisaient référence aux «48 événements culturels et sportifs» qui ont été présentés là en 2017, à l’exclusion des matchs des Remparts (et du Tournoi pee-wee, nous a-t-on spécifié après vérifications auprès du Centre).

Les faits

Il y a essentiellement deux manières de mesurer l’utilisation ou le succès d’un amphithéâtre : le nombre d’événements qui y sont tenus chaque année et le nombre annuel de billets vendus. Or il semble qu’il faille jouer sur les deux tableaux à la fois pour tenir des propos comme ceux de M. Tremblay.

D’après le dernier «rapport annuel à la communauté» de True North Sports and Entertainment, qui possède et gère le Bell MTS Place de Winnipeg, il s’est tenu 61 événements dans cet aréna lors de la saison 2016-2017 (goo.gl/qGw3YR, page 24), et c’est sans compter 86 parties de hockey professionnel des Jets (LNH, 48 matchs) et du Moose du Manitoba (LAH, 38 matchs). Cela semble donc contredire l’idée qu’il y a eu plus d’événements au Centre Vidéotron qu’à Winnipeg.

Chez Québecor, cependant, on précise que M. Tremblay faisait référence aux ventes de billets — ce qui, même si les articles publiés n’en faisaient aucune mention, demeure tout à fait possible. Et de ce point de vue, oui, l’achalandage est plus important à Québec qu’à Winnipeg : l’an dernier, d’après une compilation de Pollstar, il s’est vendu 245 000 billets uniquement pour les événements culturels (surtout des concerts, mais Pollstar inclut aussi d’autres spectacles, de cirque notamment) tenus au Centre Vidéotron, contre un peu plus de 155 000 pour le Bell MTS Place. L’écart était comparable en 2016, à 223 000 contre 154 000.

Toutefois, si c’est cet indicateur que l’on choisit, alors il devient faux de dire que l’achalandage est «comparable» à Québec et à Pittsburgh : au cours des deux dernières années, Pollstar a compté 354 000 et 391 000 billets vendus au PPG Paints Arena, soit entre 50% et 65 % de plus qu’ici, grosso modo.

Dans le cas de Pittsburgh, nous explique David Messier, responsable des relations de presse du Centre Vidéotron, M. Tremblay ne faisait pas référence aux ventes de billets, mais plutôt au nombre d’événements inscrits au calendrier du PPG Paints Arena, qui était de 47 pour l’année dernière.

Vérification faite sur le site Web de cet amphithéâtre, la seule manière d’en arriver au nombre de 47 est d’exclure le tournoi de basketball collégial de la conférence Atlantic 10, qui a eu lieu en mars dernier. C’est un choix discutable puisque l’événement change d’endroit chaque année, mais, d’un autre côté, cela ne représente que cinq soirs dans l’année. 

Alors cela ne change pas grand-chose en fin de compte : l’endroit accueille une cinquantaine d’événements culturels et sportifs par année, sans compter les activités des équipes locales. De ce strict point de vue, oui, c’est effectivement «comparable» à ce qui se passe au centre Vidéotron.

Mais il faut ajouter deux nuances importantes à cette comparaison. La première, c’est que cela exclut beaucoup d’événements sportifs d’équipes locales : une bonne cinquantaine de parties de hockey des Penguins (en comptant la présaison et les séries éliminatoires) et une dizaine de parties de hockey et de basketball collégial. 

D’ailleurs l’été dernier, rapportait le Post-Gazette, un quotidien de l’endroit, l’équipe de l’Université Robert Morris prévoyait disputer tous ses matchs locaux au PPG Paints cette année (le temps que des travaux sur le campus soient exécutés), mais craignait de ne pas pouvoir le faire, à cause du calendrier trop serré de l’aréna à certains moments de l’année (goo.gl/MJnbrj).

La seconde nuance, c’est que la comparaison avec le seul PPG Paints manque de contexte. La ville de Pittsburgh compte un autre amphithéâtre important, le Petersen Events Center, sur le campus de l’Université de Pittsburgh. Celui-ci a une capacité de 12 500 places et accueille régulièrement des spectacles qui, dans d’autres villes, se tiennent dans des arénas majeurs. Par exemple, lors de sa tournée Revolution Radio Tour (2016-2017), le groupe punk américain Green Day s’est arrêté au Centre Videotron le 23 mars dernier; à peine deux jours plus tard, il se produisait au Petersen Events Center. Cette semaine, ce même amphithéâtre accueille Chris Young, un chanteur country populaire aux États-Unis et dont la présente tournée l’amènera notamment au Tacoma Dome (région de Seattle, 23 000 places) et au Pinnacle Bank Arena (Nebraska, 15 500 places).

La présence du centre Petersen vient donc manifestement tordre la comparaison : s’il y avait une salle de 12 000 places à Québec, le nombre de spectacles tenus au Centre Vidéotron serait moindre — d’autant plus qu’il accueille un certain nombre de spectacles dans une configuration «coupée».

Verdict

Douteux. Les chiffres sont exacts, mais il faut vraiment faire un collage d’indicateurs pour affirmer que la fréquentation du Centre Vidéotron est «mieux qu’à Winnipeg et comparable à Pittsburgh». Il y a plus d’événements au Bell MTS Place, même si on y vend moins de billets qu’à Québec. 

Et s’il est vrai que le PPG Paints Arena accueille à peu près autant de spectacles que le Centre Vidéotron, la comparaison est faussée par la présence d’un autre amphithéâtre important à Pittsburgh — sans compter que les ventes de billets sont très nettement à l’avantage de la métropole pennsylvanienne.