Des vents plus violents?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Ça n’est peut-être qu’une impression, mais il me semble que nous avons de plus en plus d’épisodes de grands vents et qu’ils sont de plus en plus violents. Existe-t-il des statistiques à ce sujet? Et les changements climatiques seraient-ils en cause?» demande Jean-Guy Mercier, de Québec.

Oui, il existe des statistiques là-dessus, notamment sur le site d’Environnement Canada. Pour le simple plaisir d’avoir un exemple concret (et parce que j’ai beaucoup de misère à voir un ensemble de données sans potasser dedans), j’ai fait une petite compilation sur la force des vents au mois de février, telle qu’enregistrée à la station météorologique de l’Université Laval cours des 20 dernières années. Comme le montre le graphique, il est bien difficile d’y voir une tendance à la hausse.

Données : Environnement Canada. Graphisme : Le Soleil

Les rafales maximales à l’UL ont varié passablement (entre 52 et 96 km/h), mais rien n’indique qu’elles soient plus puissantes qu’avant. De même, le nombre de jours avec des rafales de 31 km/h et plus est demeuré stable, entre 15 et 21.

On me dira sans doute que ça n’est là qu’une seule station et une période assez courte (pour la climatologie). Et c’est absolument vrai. Mais même pour ceux qui ont une «vue d’ensemble», il n’est pas évident du tout que les vents augmentent.

«Les épisodes de grands vents sont associés aux tempêtes importantes, m’a écrit récemment Dominique Paquin, du consortium de recherche en climatologie Ouranos. Or il est très difficile de dégager une tendance à long terme, non pas parce qu’il n’y a pas de variations, mais parce qu’il y en a trop.» En statistique, on appelle cela du «bruit» : si les vents sont naturellement très variables d’une année à l’autre, alors tenter de voir s’ils deviennent graduellement de plus en plus forts revient à essayer d’entendre une mouche voler dans un concert rock : le bruit de fond est juste trop fort pour que le «signal» soit perceptible.

Mais il y a plus, poursuit Mme Paquin. «En plus des variations interannuelles inhérentes au système climatique, plus la série de données d’observations s’allonge, plus on s’aperçoit que le nombre de tempêtes semble suivre une série de variations qui s’échelonne sur plusieurs années (variation interdécennale), qui pourrait être confondue avec un signal de changement climatique sur une série de données plus courte. On se trouve donc avec des décennies avec plus de tempêtes et plus de vent, et des décennies avec le signal inverse. Il est donc fort possible d’avoir l’impression qu’il y ait de plus en plus d’épisodes de grands vents, sans que ce soit un signal à long terme ou relié au changement climatique.»

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«En juin dernier, j’ai découvert ce qui m’a tout l’air d’être un shatter cone dans le nord de la région de Portneuf. Si c’en est un, je crois qu’il s’agirait du premier découvert dans ce secteur», me dit Simon Fiset, de Saint-Raymond, qui précise que «sur la photo, la diagonale du rapporteur d’angle mesure 16 pouces [40 cm]».

Les «cônes de choc» auxquels M. Fiset fait référence sont des motifs en forme de cône (ou même de «cascade de cônes», voir les photos) qui s’impriment dans le roc lorsqu’il est soumis à un stress extrêmement intense. Et par «extrêmement», il faut entendre ici qu’il n’y a que deux origines connues à ces cônes : l’impact d’un météorite et une explosion nucléaire. Comme cette dernière possibilité laisse des traces très faciles à détecter (notamment une radioactivité distinctive), elle est facile à écarter. C’est pourquoi les cônes de choc sont considérés comme un des éléments de preuve les plus solides qu’un météorite est tombé quelque part.

Mais encore faut-il avoir affaire à un véritable cône de choc, ce qui n’est pas toujours évident — même des géologues peuvent se tromper là-dessus. J’ai montré les photos de M. Fiset au chercheur de l’Université Western Ontario Gordon Ozinski, qui fait des structures d’impact météoritique une de ses spécialités. Et il entretient peu de doute au sujet de ce cône : «Je suis pas mal certain qu’il s’agit simplement d’une fracture de surface [possiblement causée par du dynamitage pour faire passer la route]. C’est très commun et cela peut être confondu avec des cônes de choc, mais on voit sur la photo que le motif est très anguleux et grossier, ce qui n’est pas le cas sur les cônes de choc.»

Comme le montre la comparaison ci-dessus, les vrais cônes de choc ont eux aussi des angles et des sillons, mais à une échelle plus fine (photo 1). À l’échelle de la photo de M. Fiset, un vrai cône de choc aurait une forme conique plus régulière (moins anguleux) et sa surface apparaîtrait plus lisse (motif moins grossier — photo 2), explique M. Osinski.

Un véritable cône de percussion, provenant du cratère de Charlevoix.
Le cône observé dans Portneuf par M. Fiset.

Précision

Ma dernière chronique était consacrée aux possibles effets épigénétiques qu’ont eu les pensionnats et les conditions de vie des Autochtones sur les forts taux de diabète qu’ils connaissent. J’y citais une chercheuse de l’Université Laval, Marie-Claude Tremblay. Or il est apparu que, sans tordre ses propos à proprement parler, mon texte a fait une place trop grande aux pensionnats, m’a-t-elle dit cette semaine. Pour mieux rendre sa pensée, il aurait fallu insister davantage «sur les effets néfastes du colonialisme (ce qui n’inclut pas seulement les pensionnats, mais aussi toutes sortes de politiques discriminatoires, de pratiques et de discours) qui ont causé du tort irréparable à ces peuples et qui expliquent aujourd’hui leur état de santé». Alors voilà la précision faite — avec mes excuses.