Contrairement à ce qui est dit dans une publicité radio, l'eau Eska n'est pas filtrée à travers du sable de mine d'or.

De mines d'or et d'eau fraîche

CHRONIQUE / «André Arthur n'arrête pas de dire à la radio que l'eau Eska est la meilleure, car elle a été filtrée par du ''sable de mine d'or''. Je sais que cette eau est filtrée par du sable d'origine glaciaire qui se trouve dans l'esker de Saint-Mathieu, mais s'agit-il d'eau de source ou de glacier? Et quel est le rôle des mines d'or là-dedans?» nous demandait Christian Morin, de Boischatel, le printemps dernier.
Comme l'animateur de la station BLVD n'a pas répondu aux questions que je lui ai envoyées par courriel, je n'ai pas pu confirmer que c'est bien la formulation qu'il a utilisée, ni si l'idée venait de lui. Mais même si l'on part du principe (pas déraisonnable, a priori) que c'est bien ce qu'il a dit, il faut présumer que c'était là une «manière de parler» pour donner de la valeur au produit. Car si l'on interprète l'expression de manière le moindrement littérale, elle devient fausse. Mais alors là, complètement.
L'eau Eska est puisée dans un esker, c'est-à-dire une longue crête de moraine (autrement dit, du sable et des roches arrondies) qui a été créée par le retrait d'un glacier. L'esker de Saint-Mathieu descend plus ou moins du nord au sud sur environ 135 km, passant à proximité de Saint-Mathieu-d'Harricana, qui lui a donné son nom et qui est voisine d'Amos. Celle-ci y puise d'ailleurs son eau potable, qui est d'excellente qualité. La largeur de l'esker varie entre 300 mètres et 3 kilomètres, et sa hauteur, entre 280 et 380 m. Il s'est formé il y a environ 10 000 ans, quand le glacier qui recouvrait la moitié nord de l'Amérique du Nord, lors de la dernière glaciation, a commencé à fondre et à se retirer.
Sur sa page Web, la Ville d'Amos indique qu'il y a cinq mines d'or en activité dans un rayon de 100 km. Le lien avec l'exploitation aurifère n'est donc pas complètement farfelu. Mais ce serait une bien drôle d'idée que de faire passer de l'eau potable à travers quoi que ce soit qui sort d'une mine d'or, puisque l'extraction du métal jaune implique de le dissoudre avec de grandes quantités de produits chimiques (pour le séparer de la roche), ce qui est polluant.
Ce n'est d'ailleurs pas ce qui se passe, m'a confirmé Émilie Dyan, d'Eska, lors d'un échange de courriels: «Notre eau de source n'est pas filtrée à travers du sable de mine d'or. [...] Il n'y a pas d'activités minières autour de notre source étant donné que l'esker est situé dans une forêt désignée territoire protégé par le ministère de l'Environnement.» Mme Dyan indique par ailleurs que l'idée de faire la promotion de cette eau avec le «sable de mine d'or» ne vient pas de la compagnie.
Bref, il semble qu'il s'agisse d'une simple «façon de parler», sans plus, bien qu'elle soit un peu malheureuse puisqu'elle a manifestement induit des gens en erreur.
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«En raison du descellement, je dois remplacer les thermos de mes fenêtres et faire des choix. Ainsi, je me questionne sur le vitrage à «faible émissivité» (low E). Les fabricants et distributeurs de fenêtres en font l'éloge, mais, primo, comment ce verre fait-il pour réfléchir certains rayonnements plus qu'un verre ordinaire clair sans devenir opaque? Et deuxio: les propriétés réfléchissantes de ce verre, si elles existent vraiment, en augmentent-elles l'efficacité énergétique?» demande Yvon Pelletier, de Rimouski.
La lumière, comme on l'a vu souvent dans cette chronique, est une onde électromagnétique, c'est-à-dire de l'énergie électrique et magnétique qui se propage dans l'espace un peu comme une vague à la surface de l'eau. Ce que l'oeil humain perçoit, cependant, ne représente qu'une très petite partie de ces ondes : seules celles dont la longueur d'onde (la distance entre deux «vagues», si l'on préfère) est située dans une fourchette précise, entre 380 (violet) et 720 (rouge) nanomètres, sont visibles. Évidemment, le verre laisse passer ces longueurs d'onde là - autrement, il serait opaque.
À cause de la température ambiante, tout ce qui nous entoure, notons-le, rayonne dans ce qu'on appelle l'«infrarouge lointain», soit des longueurs d'onde de plus 1500 nm - et autour de 10 000 nm dans nos maisons, précise Bill Baloukas, un spécialiste de ces questions à l'école Polytechnique de Montréal. Or le verre ne laisse pas passer ce rayonnement-là, il l'absorbe, ce qui n'est pas l'idéal puisque l'énergie peut alors plus facilement être transmise vers l'extérieur. Pour l'éviter, on recouvre la fenêtre d'une couche ultrafine de métal (ce peut être de l'aluminium ou d'autre chose, ça varie selon le fabricant) qui réfléchit l'infrarouge lointain au lieu de l'absorber, et qui est assez mince pour être presque parfaitement transparente.
Voilà pour le principe général, qui est fort simple. En pratique, cependant, les choses peuvent se compliquer pour la peine. «Ça dépend du type de bâtiment qu'on a et de ce qu'on veut faire», dit Louis Gosselin, chercheur en génie mécanique à l'Université Laval.
Les gros bâtiments, par exemple, ont plus de misère à évacuer leur chaleur qu'à la garder. Dans ce genre de cas, il peut être plus intéressant de réfléchir le proche infrarouge, qui nous vient du Soleil, afin de l'empêcher d'entrer - cela réduit la facture de climatisation en été, mais empêche ce rayonnement de chauffer la bâtisse en hiver. Il est aussi possible d'avoir un revêtement qui fait les deux.
Enfin, note M. Gosselin, le fait que chaque fenêtre est faite de deux vitres séparées par un gaz ajoute à la complexité de l'affaire, mais cela permet en même temps aux ingénieurs de changer l'effet du revêtement en choisissant sur quelle face ils le placent.