Jean-François Cliche
Le Soleil
Jean-François Cliche

COVID-19 : des nouvelles des chats et des maringouins…

SCIENCE AU QUOTIDIEN / Les connaissances sur la COVID-19 évoluent très vite. Même s’il en reste beaucoup à apprendre sur le virus, les publications savantes se succèdent à un rythme effréné depuis quelques semaines. Alors même si mes collègues du Centre Déclic, de Québec Science et moi-même tentons de vous fournir quotidiennement les réponses les plus à jour possible aux questions que vous nous envoyez, il arrive que de nouvelles études deviennent disponibles après la publication de nos réponse.

Il n’y a rien eu jusqu’à présent qui contredise les réponses que nous vous avons données (c’est parfois même plus des confirmations qu’autre chose), mais j’ai quand même trouvé dans tout cela quelques mises à jour qu’il est intéressant de faire. Les voici.

Le plasma des guéris

Le 15 mars, j’écrivais qu’il était en principe possible d’utiliser le plasma (la partie liquide du sang) de gens guéris de la COVID-19 afin de traiter des patients gravement atteints, parce que leur plasma sanguin contient des anticorps efficaces contre la maladie. L’histoire de la médecine est pleine d’exemples de la sorte, mais je notais aussi qu’il n’y avait encore aucune étude en bonne et due forme publiée sur la sérothérapie (le nom de ce type de traitement) pour la COVID-19 en particulier.

Eh bien il y en a maintenant au moins deux, même si elles sont petites. L’une est parue dans le Journal of the American Medical Association le 27 mars et portait sur 5 patients dans un état critique. L’autre a été publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences le 18 mars, sur un échantillon de 10 patients «sévèrement atteints». Toutes deux ont constaté une nette amélioration de l’état de leurs patients

Il demeure difficile d’utiliser ce genre de traitement à grande échelle mais à part ça, oui, il semble ça marche aussi bien qu’on pouvait s’y attendre.

Animaux de compagnie

Nous vous disions le 26 mars que les chats et les chiens n’étaient pas des vecteurs de la COVID-19, ou du moins que même dans le pire des cas, ils en étaient des vecteurs extrêmement improbables. Cela reste vrai, mais une étude parue la semaine dernière dans Science a conclu que le virus semble parfaitement capable de se multiplier chez le chat — mais pas le chien. Quelques jours plus tôt, la revue savante Nature publiait des résultats très comparables.

Alors si le virus peut survivre et se reproduire à l’intérieur du chat, cela ouvre en théorie (et insistons sur l’aspect théorique) la porte à une transmission à l’humain. Cependant, nuance le microbiologiste de l’Institut Armand-Frappier (INRS) et spécialiste des coronavirus Pierre Talbot, il n’y a rien là-dedans qui devrait faire paniquer les propriétaires de chat. «Ce n’est pas parce que les chats sont susceptibles au SRAS-CoV2 [ndlr : le nom du virus qui donne la COVID-19] qu’ils vont le transmettre facilement à leur maîtres», dit-il.

Il y a toutes sortes de raisons qui pourraient faire que les chats portent le virus sans pour autant infecter l’humain. On ignore encore tout de cette question, mais on peut imaginer par exemple que leurs voies respiratoires sont plus vulnérables que les nôtres, ou que comme ils sont beaucoup plus petits que les humains, ils ne peuvent tout simplement pas émettre autant de gouttelettes infectieuses que nous, ni les projeter sur la plupart des surfaces que nous touchons le plus (comptoirs, poignées de porte, rampes, etc.).

Ce sera à suivre, donc.

De sang et de moustiques

Mardi dernier, j’écrivais qu’il était très, très improbable que la COVID-19 soit transmise par les moustiques parce que la «pompe» qui leur sert à aspirer n’injecte pas le sang des victimes précédentes dans celui des nouvelles. Il existe tout de même une possibilité pour qu’un moustique pique une personne infectée et en pique une autre tout de suite après, ce qui peut faire passer un peu de sang de l’un à l’autre. Mais même à ce compte, me signalait le virologue de l’UQAM Benoît Barbeau, les chances de contamination à la COVID sont pratiquement inexistantes.

Or en plus de cela, m’a signalé le chercheur de l’Université Laval Sylvain Moineau la semaine dernière, il semble que ce coronavirus ne circule pas (ou en tout cas très peu) dans le sang. Une étude parue au début du mois dans Nature a en effet regardé différentes parties du corps pour voir s’il y avait d’autres endroits de réplications hors des voies respiratoires, et n’a trouvé «aucun virus dans le sang et l’urine». Ce qui rend donc encore plus invraisemblable la possibilité déjà infinitésimale d’une transmission par les moustiques.

Et ça, c’est un dossier qu’absolument personne n’aura à suivre cet été — et c’est tant mieux...