Sciences

Entre le «fake news» et le délire

«J’ai reçu un document vidéo d’un ami récemment, par courriel. Il y est question de trous qui apparaissent dans la terre de plus en plus souvent, un peu partout dans le monde. J’aimerais bien savoir de quoi il retourne», demande Cécile Neault.

Le courriel reçu par notre lectrice décrivait la vidéo comme «terriblement impressionnante» et parlait d’une «explosion du nombre de cas […] depuis cinq ans». La vidéo en question, sur fond de musique nouvel âge, avance en effet qu’«avant 2010, ces dolines (sinkholes, dans le texte anglais, soit des trous qui se creusent «tout seuls» quand le sol s’effondre à un endroit) étaient relativement rares. Maintenant, il s’en forme presque chaque jour». À ce moment précis du film s’affiche un graphique montrant qu’il n’y aurait eu que 11 de ces trous qui seraient apparus partout sur la planète en 2010, contre presque 350 en 2015.

Voilà qui serait bien effrayant si c’était vrai, ou si au moins les sources derrières ces affirmations rocambolesques étaient ne serait-ce qu’à moitié crédibles. Mais voilà, on touche ici à ce qui fait que les fake news sont un problème sérieux de notre époque : pour juger de la valeur d’une histoire comme celle-là, il faut «remonter aux sources», comme on dit, ce que M. et Mme Tout-le-Monde n’ont pas toujours le temps de faire en semaine — ni même le samedi après-midi, entre la cinquième brassée de lavage et la casserole de sauce à spaghetti. Mais c’est précisément ce pourquoi je suis payé, alors voici les principaux points que j’ai relevés.

› La vidéo, en toute fin, recommande «pour en savoir plus» la lecture d’un livre de Pierre Lescaudron et Laura Knight-Jadczyk, qui sont deux auteurs spécialisés en… ésotérisme. Ça part pas bien, disons.

› Le graphique montrant une soi-disant explosion de ces sinkholes cite une source, soit le site Web sott.net, sur lequel les fausses nouvelles abondent. Par exemple, un article publié cette semaine laisse entendre que les sursauts gamma qui proviennent de l’espace pourraient être des signaux extraterrestres, «selon un astronome du MIT». Or on sait maintenant que ces sursauts naissent quand des étoiles massives s’effondrent sur elles-mêmes ou fusionnent avec d’autres. Et la source de la «nouvelle» est une hypothèse que l’astronome du MIT John A. Ball avait émise dans The Astrophysical Journal en… 1995. Le site sott.net la présente comme une nouveauté.

› La vidéo dure 13 minutes. En ce qui me concerne, c’est beaucoup plus qu’il n’en faut pour se fatiguer d’entendre de la musique nouvel âge, mais, surtout, il montre beaucoup, beaucoup d’images de ces sinkholes. L’intérêt est évidemment de renforcer l’impression que le phénomène est en explosion, mais, même si je n’ai pas eu le temps d’en retracer toutes les origines, j’en ai trouvé plusieurs qui ne cadrent pas bien du tout avec la trame narrative. Ainsi, tout de suite après le graphique montrant l’«explosion des cas» depuis 2010, on voit une image d’un gros trou au Texas ; or comme le montre le site du Bureau of Economic Geology du même État (voir les images superposées, ci-contre), cette doline s’est formée… en juin 1980. On y montre aussi, à 9:15, des images qui, vérification faite, sont une partie des «McCauley Sinks», une série de dolines bien connues dans l’Arizona et dont on trouve des traces dans la littérature scientifique remontant à au moins 1970.

› L’explication proposée pour expliquer cette «épidémie de trous» est, quant à elle, totalement abracadabrante. Il est avancé que c’est l’activité solaire qui, par le flux de protons que notre étoile nous envoie, ferait tourner la Terre sur elle-même (c’est faux); que l’activité solaire serait présentement aussi basse que lors du «minimum de Maunder» qui a causé un petit âge glaciaire à la fin du XVIIe siècle (c’est faux); que la rotation terrestre s’en trouverait ralentie (faux encore, elle se poursuit comme avant), ce qui rendrait sa forme plus sphérique (c’est faux) et que ce sont ces changements ouvriraient des trous dans la croûte terrestre. On y ajoute aussi une histoire de différence de potentiel électrique entre le noyau et la croûte terrestres (rien de tel n’a jamais existé) qui retiendrait fermement la croûte contre le noyau (rien à voir avec l’électricité, c’est la gravité qui fait ça) et qui, en s’affaiblissant en même temps que l’activité solaire, rendrait la croûte plus relâchée (bruit d’un détecteur de bullshit qui explose).

En fait, si c’étaient vraiment des fractures à grande échelle de la croûte terrestre qui étaient derrière ces dolines, il faudrait s’attendre à voir une activité volcanique accrue dans les régions où elles apparaissent, mais rien de tel n’a été observé. Et il n’y a pas plus de ces sinkholes qu’avant de toute manière. Il y en a toujours eu, pour des raisons qui tournent à peu près toujours autour du même thème : de l’eau souterraine qui, en circulant, emporte du matériel. Cela creuse des cavités nommées karsts qui, si elles finissent par s’effondrer, peuvent mener à des affaissements de terrain en surface. Par exemple, on sait que les McCauley Sinks sont situés dans une ancienne région marine où le sol contient beaucoup d’«évaporites», soit des matériaux comme du gypse et des sels que l’eau de mer laisse derrière elle en s’évaporant. Quand de l’eau circule ensuite dans ce genre de sol, elle dissout ces évaporites (qui sont très solubles) et les emmène avec elle.

Mine de rien, lit-on dans un document récent de la commission géologique américaine, ces conditions sont beaucoup moins rares que ce qu’on peut croire, englobant de larges pans de quelques États. Et c’est sans compter que l’activité humaine peut aussi avoir le même genre d’effet, par exemple à cause d’anciennes mines ou quand un tuyau percé coule pendant assez longtemps pour que l’eau lessive d’importantes quantités de sol. Bref, le fait qu’il y ait beaucoup de dolines n’est pas nouveau ni n’indique quoi que ce soit de particulier.

Sources :

› Jack B. Epstein, «National Evaporite Karst — Some Western Examples», U.S. Geological Survey Karst Interest Group Proceedings, 2005, goo.gl/rCJHTY
› James T. Neal et al., «Evaporite karst in the Holbrook Basin, Arizona», Land subsidence case studies and current research: Proceedings of the Dr. Joseph F. Poland symposium on land subsidence, 1998, goo.gl/cXc6Rw
› Michel Bakalowicz, «Karst et érosion karstique», Planet-Terre, École normale supérieure de Lyon, 2003, goo.gl/vCz7G5

Science

De burqa et de vitamines

«À cause de leur habillement qui les couvre de la tête aux pieds, les femmes musulmanes sont-elle privées de la vitamine que le soleil fournit?» demande Pierre Courteau, de Cap-Rouge.

Le soleil ne «fournit» pas, à proprement parler, de vitamine. Cependant, la partie ultraviolette de son rayonnement transporte suffisamment d’énergie pour briser des liens chimiques dans certaines molécules — et c’est de cette manière que le soleil aide à fabriquer de la vitamine D. Nous avons un peu partout dans le corps une molécule poétiquement nommée 7-déhydrocholestérol, dont l’organisme se sert pour fabriquer des cholestérols. Quand les ultraviolets frappent les 7-déhydrocholestérol qui s’adonnent à se trouver dans notre peau, ils les brisent et les changent en «pré-vitamine D» — le corps se charge ensuite de compléter la transformation en «vraie» vitamine D. C’est pour cette raison que l’exposition de la peau au soleil est considérée comme une source importante de cette vitamine.

Il est évident que tout ce qui bloque le rayonnement solaire freine cette production, et plus la peau est cachée, moins elle peut fabriquer de vitamine D. Hormis quelques nuances importantes sur lesquelles je reviendrai tout de suite, des études ont démontré, sans grande surprise, que les femmes musulmanes qui portent le voile (surtout la burqa et le niqab, qui sont des voiles intégraux) ont en moyenne moins de vitamine D dans le sang que les autres. Par exemple, des endocrinologues américains ont analysé en 2009 le sérum (la partie liquide du sang) de 87 femmes vivant à Dearborne (Michigan), où vit une importante communauté musulmane. Les niveaux mesurés étaient plutôt bas pour toutes les participantes, mais davantage pour celles qui portaient le voile (4 nanogrammes par millilitre) que celles qui ne le portaient pas (8,5 ng/ml). Des résultats comparables ont été obtenus dans d’autres études, menées en Jordanie et en Inde.

Maintenant, la question est de savoir si le voile islamique peut vraiment être considéré comme un «problème» (je ne dis pas que c’est ce que M. Courteau avait en tête, mais, dans le contexte actuel, il s’en trouvera plusieurs pour sauter à cette conclusion), et la réponse est: non, pas vraiment.

Bien sûr, une carence en vitamine D vient avec une série de conséquences potentielles. Cela peut, par exemple, réduire la minéralisation des os et les rendre plus fragiles, cela peut provoquer des douleurs et une faiblesse musculaires (de même que des tressautements), cela peut causer de la pré-éclampsie chez les femmes enceintes et des malformations chez les enfants et, de manière générale, une carence en vitamine D augmente le risque de dépression. Bref, c’est pas jo-jo.

Mais si l’on décide de considérer le voile islamique comme un problème pour cette raison-là, alors il faut se préparer à gérer un sacré paquet d’autres soi-disant «problèmes». Les gens d’ascendance africaine, par exemple, doivent leur peau foncée à un pigment, la mélanine, dont la fonction est de bloquer les ultraviolets. Cela protège contre les coups de soleil, mais cela implique aussi que pour fabriquer une même quantité de vitamine D, leur peau doit être davantage exposée que celle des Blancs. Si bien que c’est sans grande surprise qu’une étude publiée en 2006 dans le Journal of Nutrition a trouvé que les Afro-Américains ont environ deux fois moins de vitamine D dans le sang que les «caucasien», soit 12 à 16 ng/ml contre 25 à 35 ng/ml (selon la saison).

Cela ne veut bien évidemment pas dire que la couleur de la peau est un «problème», mais simplement que les gens qui ont la peau foncée doivent s’assurer de compenser par l’alimentation.

Car l’exposition de la peau au soleil est loin d’être la seule source possible de vitamine D. Il existe toute une gamme de produits latiers enrichis de vitamine D, les viandes et les œufs en contiennent naturellement, et plusieurs sortes de poisson en sont d’excellentes sources. Et c’est une chance, d’ailleurs, parce que les musulmanes et les Noirs ne sont vraiment pas les seules personnes susceptibles de manquer de cette vitamine. Une étude albertaine parue l’an dernier montre en effet qu’environ 80 % des gens qui travaillent à l’intérieur et des travailleurs de nuit manquent de vitamine D, ce qui est beaucoup plus que ceux qui travaillent à l’extérieur (48 %). Notons qu’il y a un débat entourant le seuil à partir duquel on peut parler d’une carence en vitamine D, mais cela illustre que c’est beaucoup plus qu’une question vestimentaire.

Pour tout dire, en fait, deux dermatologues canadiens ont établi en 2015 qu’il est purement et simplement impossible de synthétiser assez de vitamine D uniquement par la peau en hiver à des latitudes et dans des climats comme les nôtres. Dans leur étude parue dans le Journal de l’Association médicale canadienne, Pavandeep Gill et Sunil Kalia ont consulté les archives d’Environnement Canada pour connaître l’indice ultraviolet d’heure en heure dans 13 villes, de 1991 à 2004. Et il appert qu’en janvier dans une ville comme Mont­réal, même pour quelqu’un qui a la peau pâle, il faut exposer le quart de son corps (visage, cou et bras en entier) pendant environ une heure au soleil, à l’extérieur, pour sécréter soi-même la quantité minimale de vitamine D dont le corps a besoin.

À la suite de quoi, j’imagine, il faut se rendre à l’urgence pour faire soigner son hypothermie et ses engelures — mais au moins, on peut alors dire aux médecins qu’on n’a pas besoin de vitamine D pour aujourd’hui...

Sources:
› Pavandeep Gill et Sunil Kalia, «Assessment of the feasibility of using sunlight exposure to obtain the recommended level of vitamin D in Canada», CMAJ Open, 2015, goo.gl/8kgXFd
› Daniel Sowah et al., «Vitamin D levels and deficiency with different occupations: a systematic review», BMC – Public Health, 2017, goo.gl/oMTMTH
› Susan Harris, «Vitamin D and African Americans», Journal of Nutrition, 2006, goo.gl/V1rFUz
› Raymond Hobbs et al., «Severe vitamin D deficiency in Arab-American women living in Dearborn, Michigan», Endocrine Practice, 2009, goo.gl/fXqbc8

Précision : une version antérieure de ce texte laissait entendre que les produits laitiers contiennent tous de la vitamine D. Or c'est faux : le lait est souvent enrichi de vitamine D, mais il n'en contient pas naturellement. Mes excuses.

Science

Qui a échappé de la peinture bleue dans la neige?

CHRONIQUE / «Bien que résidant à Québec depuis près de quarante ans, je n’ai appris qu’il y a deux ans que la capitale est, comme certains disent, une vieille dame qui ne dévoile ses charmes que lentement. Il n’y a que deux ans, en effet, que j’ai découvert le plus beau phénomène de la région : les glaces bleues. Alors la question qui vient tout naturellement est : comment se forment-elles? Faut-il une rivière sans plancton? J’ai aussi noté que ces glaces s’échouent surtout lors des grandes marées. C’est pour cette raison qu’elles peuvent passer quelques jours, ou semaines cette année, sur les amas de glaces qui longent le fleuve», demande Larry Tremblay, de Québec.

La lumière, comme on l’a vu maintes fois dans cette rubrique, est une «onde électromagnétique», soit de l’énergie électrique et magnétique qui se répand dans l’espace un peu comme le fait une vague à la surface de l’eau. Selon sa longueur d’onde — c’est-à-dire la distance entre deux vagues —, nos yeux percevront différentes couleurs. Ainsi, la plus grande longueur d’onde que l’œil humain peut voir se situe autour de 700 nanomètres (nm), ce qui donne du rouge. Un peu plus petit, et nous percevons de l’orange; des ondes encore un peu plus serrées donnent du jaune, et ainsi de suite jusqu’aux plus petites longueurs d’onde perceptibles, autour de 400 nm (violet).

En général, la glace est soit transparente, soit blanche. Il arrive qu’en figeant, la glace capture une grande quantité de petites bulles d’air, ou que beaucoup de fissures se forment à l’intérieur. Dans ce genre de cas, la glace prend une couleur blanche ou blanchâtre. La lumière, en effet, dévie légèrement à chaque fois qu’elle passe d’un milieu à un autre, qui a une densité différente — comme la glace (dense) et l’air des bulles ou des fissures (peu dense). Et non seulement va-t-elle dévier, mais les différentes longueurs d’onde qui la composent vont prendre des directions légèrement différentes les unes des autres. Dans une glace où il y a suffisamment de bulles ou de fissures (comme dans les glaçons que l’on fait au congélateur, par exemple), cela va en quelque sorte mélanger toutes les couleurs ensemble, ce que nos yeux perçoivent comme du blanc. Notons que c’est pour la même raison que les flocons, qui sont translucides au microscope, apparaissent blancs dans un banc de neige, et que les gouttelettes, elles aussi transparentes lorsque considérées une par une, forment ensemble des gros nuages blancs.

Mais il peut aussi arriver que la glace soit suffisamment exempte d’impuretés et de défauts internes pour laisser passer la lumière. C’est d’ailleurs une caractéristique assez singulière de l’eau : elle absorbe bien (voir très bien) la plupart des ondes électromagnétiques, sauf une petite bande qu’elle laisse passer et qui correspond grosso modo à ce que nos yeux sont capables de voir. Cela peut survenir à cause des conditions de formation de la glace, ou à cause de celles qui prévalent par la suite — dans les glaciers, par exemple, le poids de la colonne de neige exerce une telle pression que l’air s’en trouve expulsé et que les flocons sont forcés de fusionner.

Quand la glace est pure et lisse, il y a alors deux possibilités. Si la glace est mince, elle semblera transparente. Et je dis bien «semblera», parce que même si la glace laisse passer la lumière, elle en absorbe toujours une petite partie, et cette partie varie selon la longueur d’onde. La différence est relativement mince, mais, dans la lumière visible, la glace est meilleure pour absorber les plus grandes longueurs d’onde que les plus courtes. Si bien que si elle est suffisamment épaisse, la glace va retirer la plupart des rouges, orangés et jaunes, ainsi qu’une bonne partie des verts, pour ne laisser passer que les bleus et les violets — mais l’œil humain est moins sensible à ces derniers. D’où la couleur que M. Tremblay a vue.

Le phénomène survient également pour la glace mince, mais la teinte que cela donne n’est pas assez forte pour être perçue.

Notons que c’est un peu le même phénomène qui explique pourquoi les trous dans la neige semblent parfois bleutés, eux aussi : la lumière qui arrive dans ces trous est déviée dans tous les sens, comme il arrive toujours dans la neige, mais si elle «rebondit» et passe à travers assez de flocons, elle perdra ses plus grandes longueurs d’onde.

Sources :
— s.a. Snow Characteristics, National Snow and Ice Center/University of Colorado, 2017, goo.gl/kUw7aP
— s.a. «What color is an iceberg?», Ocean Facts, NOAA, s.d., goo.gl/FHtbfB

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QUE FAIRE AVEC LA DROGUE SAISIE?

«J’aimerais savoir comment on dispose des drogues saisies, comme le fentanyl, entre autres. Comment sont-elles détruites? Ça fait longtemps que je me pose cette question!» demande Yvonne Payette, de Drummondville.

On rencontre souvent, dans cette chronique, des histoires qui prennent des tournures insoupçonnées — c’est comme ça quand on va au fond des choses. Mais dans ce cas-ci, autant vous le dire tout de suite, il n’y en a pas : la plupart du temps, ces drogues-là sont brûlées, tout simplement.

Comme les drogues confisquées sont des éléments de preuve devant les tribunaux, l’État doit conserver les produits d’une saisie tant que le procès n’est pas terminé et que les délais d’appel ne sont pas échus, explique Étienne Doyon, porte-parole de la police de Québec. Mais après, «on fait une demande à Santé Canada [qui gère la Loi réglementant certaines drogues et autres substances, NDLR] pour les détruire et, au bout du compte, c’est brûlé à l’incinérateur de Québec», dit-il.

D’un endroit à l’autre, évidemment, les modalités peuvent évidemment varier. Aux États-Unis, certains corps de police ont leur propre four crématoire ou font affaire avec des entreprises qui en exploitent. D’autres vont faire brûler les drogues dans des centrales thermiques ou même dans des cuves d’aciérie (!), mais il demeure que c’est généralement la combustion qui attend les substances illégales confisquées.

Science

L’arbre qui ne voulait pas perdre ses feuilles

CHRONIQUE / «Il y a quelques semaines, votre journal décrivait le processus par lequel les feuillus perdent leurs feuilles en automne. Or en ce début de décembre, on voit cette année des arbres qui portent encore des feuilles, et même des vertes, dans la région de Montréal comme à Montmagny. Est-ce normal?» demande Benoît Buteau.

«C’est sûr qu’on a eu une coloration et une sénescence des feuilles assez tardive cette année, répond d’emblée Alain Cogliastro, chercheur au Jardin botanique de Montréal. Et c’est exacerbé chez certaines espèces exotiques comme le tilleul cordata et le chêne des marais, parce que ce sont des arbres qui viennent du sud, où la saison de croissance est plus longue. […] Mais la marcescence [NDLR le fait de garder ses feuilles mortes], ça fait partie des possibilités chez certaines espèces de chênes et de hêtres, alors on ne peut pas vraiment dire que c’est anormal.»

Pour les feuillus des climats tempérés, perdre ses feuilles avant l’hiver est une question de survie. Contrairement aux résineux — à l’exception du mélèze laricin, bien sûr —, dont les «aiguilles» contiennent des anti-gels et sont couvertes d’une sorte de cire protectrice, les feuilles décidues n’ont rien pour résister aux températures sous zéro. Alors comme leurs cellules sont remplies d’eau et que l’eau prend de l’expansion en gelant, le froid hivernal ferait fendre les cellules des feuilles, qui ne seraient ensuite plus bonnes à rien. En outre, les décidus perdent beaucoup d’eau par leurs feuilles, eau qu’ils ne peuvent pas remplacer en hiver.

Pour éviter ce gaspillage,ces arbres-là vont, à l’automne, récupérer les substances nutritives contenues dans leurs feuilles (d’où leur changement de couleur) et éventuellement les perdre. La baisse de luminosité et de température va donner le signal, qui culminera par la mort des cellules qui fixent les feuilles sur les branches.

Ainsi, les automnes chauds comme celui de cette année «vont permettre le maintien des feuilles chez les espèces non indigènes provenant de régions plus clémentes, alors que chez les indigènes, celles qui sont les plus marcescentes (les hêtres et les chênes) présenteront ce caractère de manière encore plus marquée», dit M. Cogliastro.

Un autre facteur qui a pu jouer, poursuit le chercheur, est la chute brutale que les températures ont connue dans le sud du Québec en novembre. Imaginez : du 1er au 9 novembre, la station météo de l’aéroport Jean-Lesage a enregistré des maximums de 7 à 14 °C presque tous les jours. Puis dans la nuit du 10, le mercure est descendu jusqu’à - 8 °C, puis autour de - 10 °C les deux nuits suivantes. Bien sûr, je me trouve ici à comparer des maximums et des minimums, ce qui exagère les contrastes — les minimums du début de novembre tournaient généralement autour de 0 °C —, mais pour les arbres, cela reste une chute très marquée des températures.

Ce qui a donc pu arriver, propose M. Gogliastro, c’est qu’«il y avait probablement encore de la photosynthèse qui se faisait dans les arbres qui avaient encore leurs feuilles, même si ça devait tourner au ralenti. […] Et le gel brutal qui est arrivé ensuite a pu empêcher les éléments nutritifs de retourner dans l’arbre» en les figeant, littéralement, dans les feuilles. Cela expliquerait pourquoi M. Buteau — comme M. Cogliastro, d’ailleurs — a pu observer des feuilles encore verdâtres en décembre : la chlorophylle, c’est-à-dire la substance qui permet aux plantes de capter l’énergie solaire et qui leur donne leur couleur verte, avait gelé avant d’avoir le temps de se dégrader et de retourner dans l’arbre.

Maintenant, comment se fait-il que certaines essences soient plus marcescentes que d’autres? Ici, répond M. Cogliastro, «on n’a que des hypothèses. Pour l’instant, on croit que cela permettrait à l’arbre de récupérer plus d’éléments nutritifs».

Le fait est, dit-il, que la marcescence s’observe surtout chez les jeunes spécimens. Comme la lumière est une denrée rare dans les sous-bois, les jeunes troncs pourraient avoir intérêt à conserver leurs feuilles plus tard afin d’en ralentir la décomposition, et ainsi se garder plus d’«engrais» au printemps, quand les arbres recommencent à croître. «Mais il y en a qui disent que les jeunes spécimens, on les trouve surtout dans les sous-bois où ils sont plus à l’abri du vent, et que ce serait à cause de ça qu’ils gardent davantage de feuilles», indique M. Cogliastro.

Dans la même veine de conservation des nutriments, les chênes et les hêtres ont plus tendance à garder leurs feuilles jusqu’à l’hiver que les autres arbres. Or ce sont des essences «qui poussent souvent sur des sols minces et assez pauvres», dit le botaniste, si bien qu’il serait a priori logique pour eux de se montrer aussi économes.

Mais la preuve reste à faire : ce ne serait pas la première hypothèse qui semble logique à s’avérer fausse. Et puis, ajoute M. Coglia­stro, «je ne suis pas sûr que ça donne un bilan extraordinaire, puisque les feuilles doivent être dégradées par des microbes et que ça va prendre un cycle complet avant que l’arbre puisse commencer à récupérer ses éléments nutritifs». Mais d’un autre côté, de petits avantages peuvent faire une grosse différence dans certaines circonstances.

Notons qu’il est également possible que le fait que garder les feuilles mortes sur les branches protège les bourgeons contre le froid. Il existe aussi des travaux qui suggèrent que les feuilles serviraient à éloigner les brouteurs comme le cerf de Virginie, qui mangent beaucoup de bourgeons pendant l’hiver.

Autre source :
- Michael Snyder, Why Do Some Leaves Persist on Beech and Oak Trees Well Into Winter?, Northern Woodlands, 2010, goo.gl/oXHi5Z

Science

Une petite pilule qui marche pas avec ça?

«Je souffre d’arthrite et j’ai fait quelques recherches sur Internet. J’aimerais savoir : parmi les herbes et les plantes médicinales (grappe noire, saule blanc, bardane, griffes du diable, collagène, canneberge, etc.), lesquelles sont les meilleures?» demande Yolande Plamondon, de Pont-Rouge.

Ce que l’on désigne sous le nom d’«arthrite» peut avoir essentiellement deux sources. Ce peut être une maladie auto-immune dans laquelle le système immunitaire s’attaque au cartilage des articulations — on parle alors d’arthrite rhumatoïde. Ou ce peut être le résultat de la simple usure de ce cartilage (et même des os) avec le vieillissement, ce qui s’appelle «arthrose». Mais dans les deux cas, il s’agit d’un problème de cartilage qui cause des douleurs (parfois sévères) aux articulations.

Je ne suis pas parvenu à trouver des études sur toutes les herbes et substances dont parle Mme Plamondon. Mais voici tout de même quelques cas qui suffiront à dégager une tendance assez nette, je pense.

L’actée à grappe noire

Il s’agit d’une plante que les Amérindiens utilisaient dans leur médecine traditionnelle. Historiquement, cependant, on s’en servait surtout pour les douleurs menstruelles et les symptômes de la ménopause. Il semble qu’il y ait eu quelques résultats mineurs dans le soulagement des articulations, mais disons qu’il est assez parlant que le Centre national en santé alternative et complémentaire (États-Unis) ne présente pas cette plante comme un remède possible à l’arthrite. En outre, l’Association britannique de recherche sur l’arthrite (ARUK), dont le site contient une excellente revue de littérature scientifique sur chacun des principaux traitements «alternatifs», n’a pas jugé bon d’inclure la grappe noire dans sa liste.

La griffe du diable (Harpagophytum procumbens)

C’est une plante originaire du sud de l’Afrique qui doit son nom à la forme de son fruit, orné de petits crochets. Elle est utilisée comme antidouleur et/ou comme anti-inflammatoire, mais on n’a pas de résultat concluant pour l’instant. L’ARUK lui donne une note de 3 sur 5 en matière d’efficacité pour l’arthrose, ce qui implique qu’il y a eu des résultats prometteurs, mais qu’ils sont contredits par des études négatives. Sans compter le fait que cette plante peut avoir des effets secondaires nocifs chez certaines personnes.

Saule blanc (Salix alba)

L’écorce de saule, c’est bien établi, contient une substance nommée salicine, qui fut l’«inspiration historique», pour ainsi dire, de l’aspirine et qui agit grosso modo de la même manière. On peut donc l’utiliser comme un anti-inflammatoire et pour diminuer la douleur. Cependant, les deux molécules sont différentes et ce n’est pas pour rien : la salicine est beaucoup moins efficace que l’aspirine (acide salicylique). Le site MedLine Plus, de la Librairie nationale de médecine des États-Unis (une autre excellente source d’information scientifique crédible et à jour sur les herbes médicinales) indique que l’écorce de saule est «possiblement efficace» pour les maux de dos, mais que les preuves sont «insuffisantes» pour les douleurs articulaires.

Le collagène

Il ne s’agit pas d’une plante, mais d’une protéine fibreuse qui sert de «ciment» pour tous les organismes vivants. C’est ce qui tient nos cellules ensemble, et on en trouve pas mal dans le cartilage des articulations, ce qui peut a priori sembler bien intéressant pour les arthritiques. Cependant, l’ARUK cote son efficacité pour l’arthrite rhumatoïde à 1 sur 5 (aucune preuve, ou alors quelques évidences faibles contredites par plusieurs études n’ayant trouvé aucun effet) et à 2 sur 5 (preuve faible, provenant souvent d’une seule étude qui laisse des «doutes importants») pour l’arthrose.

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Bref, le portrait n’est pas jojo, hein? Il demeure malgré tout possible, remarquez bien, que certaines herbes aient un effet bénéfique réel sur l’arthrite, efficacité qu’il s’agirait maintenant de prouver sur le sens du monde. Mais les exemples précédents illustrent un thème qui revient malheureusement très souvent dans le monde de la «santé naturelle». Les premières études à paraître sur une herbe ou quelque autre substance «naturelle» vont souvent leur trouver des bienfaits, mais elles sont habituellement petites et leur méthodologie est faible. C’est normal, puisque les études préliminaires servent davantage à «tester le concept» qu’à prouver quoi que ce soit : avant d’investir de grosses sommes dans un essai clinique d’envergure, mieux vaut avancer à petits pas.

L’ennui, c’est que très souvent, plus les études deviennent sérieuses et solides, plus l’efficacité de ces herbes diminue, parfois jusqu’à disparaître complètement — mais l’industrie continue ensuite de brandir les premières dans son marketing. Or contrairement aux compagnies pharmaceutiques, les fabricants de «produits de santé naturelle» n’ont pas à prouver l’efficacité de leurs pilules avant de les mettre sur le marché, du moins pas au Canada. On leur demande simplement de prouver un usage passé de la molécule, quelque part dans le monde, quelque part dans l’Histoire humaine, et le tour est joué. Voilà pourquoi on trouve tant de produits «naturels» aux bénéfices douteux, sinon inexistants, sur le marché.

Santé Canada a commencé récemment à revoir ce système. Il est à espérer que l’on contraindra bientôt cette industrie à prouver l’efficacité de ses herbes avant de les vendre.

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Sources :

  • National Institute of Health, Herbs and Supplements, MedlinePlus, s.d., goo.gl/192PCE
  • ARUK, Complementary and alternative medicines report, s.d., goo.gl/7gm7Ah

Science au quotidien

L’ABC du «kh»

CHRONIQUE / «Comment se fait-il que l’être humain utilise des sonorités qui varient tellement d’une langue à l’autre? J’ai des amis amérindiens qui ne prononcent pas de sons «v» ou «r». Je pense aussi au son «ng» en vietnamien et aux sons gutturaux des langues arabes. Qu’est-ce qui fait qu’une langue priorise des sons qu’une autre va complètement ignorer?» demande Pierre Gendron, de Québec.

Quand on parle, explique la phonéticienne de l’Université Laval Johanna-Pascale Roy, il se passe deux choses différentes. D’abord, nous faisons vibrer nos cordes vocales. Et ensuite, nous modulons les sons produits en les faisant résonner avec les cavités buccale et/ou nasale — cavités dont nous changeons la forme avec notre langue et nos lèvres. Notons que l’on utilise également des sons dits sourds, qui se prononcent sans y mettre de la voix (les cordes vocales ne vibrent pas). Le son «s», en est un exemple, de même que les «sons gutturaux arabes» dont parle M. Gendron, sons qu’on écrit souvent par les lettres «kh» et que les linguistes appellent poétiquement les consonnes fricatives vélaires.

Évidemment, cela nous fait une très vaste gamme de sons disponibles pour parler, mais il y a tout de même des contraintes qui interviennent dans les sons qui finissent par être utilisés dans une langue donnée. D’abord, la base de la base avec les langues, c’est qu’elles servent à communiquer et qu’elles cherchent généralement à le faire aussi efficacement que possible. D’un point de vue phonétique, cela implique que les sons que nous utilisons pour parler (les phonèmes) doivent idéalement être bien différents les uns des autres puisqu’autrement, le risque de confusion entre deux mots est plus élevé.

Par exemple, illustre Mme Roy, «dans la plupart des langues du monde, on a trois voyelles qui reviennent tout le temps. C’est d’abord le “i”, que l’on prononce avec la langue très à l’avant. […] Ensuite, contraste total, quand on recule notre langue complètement, on va séparer le conduit vocal en deux cavités, une en arrière et une en avant, et la résonnance dans ces deux cavités, en plus du fait qu’on va projeter les lèvres vers l’avant, va faire “ou”. Et enfin, on peut ouvrir complètement la cavité buccale, et c’est “a” qui va sortir.»

Il y a bien sûr d’autres sources de contrastes entre les phonèmes, mais l’idée demeure la même : faire des mots distincts les uns des autres.

Au-delà de ça, cependant, il reste qu’aucune langue ne retient tous les phonèmes possibles. Chacune n’utilise qu’une partie des sons que l’humain est capable de faire, et il y a deux choses à considérer, ici.

La première est qu’il est possible que des langues privilégient certains sons plutôt que d’autres pour des raisons… comment dire… disons «objectives». Ainsi, on sait qu’un air chaud et humide favorise la transmission des fréquences plus basses (des sons plus graves), ce qui favorise les voyelles, dont la fréquence est plus basse que celle des consonnes. Et des études ont trouvé que les langues parlées dans ce genre de climat utilisent, en moyenne, plus de voyelles, dit Mme Roy. De même, en étudiant des populations khoïsan, une famille de langues dans le sud de l’Afrique caractérisées par des sons de claquements de langue (des «clics», littéralement), on s’est rendu compte que beaucoup de ces gens-là ont une forme de palais particulière qui rend la prononciation du «t» plus ardue, mais qui facilite les «clics».

On a aussi trouvé des variantes génétiques impliqués dans le traitement de la hauteur des sons (aigu ou grave) ; les porteurs de cette variante sont également locuteur d’une famille de langue utilisant les tons, soit des langues où l’on peut faire varier la hauteur des syllabe pour produire des mots différents. Bref, il se peut que d’une langue à l’autre, la géographie, la génétique et l’anatomie aient fourni des terreaux plus fertiles pour certains sons que pour d’autres. Ce sont toutefois là des résultats assez récents et, même si certains sont assez bien appuyés, «il faudra voir ce qu’il restera de ces hypothèses dans 20 ans», avertit Mme Roy.

Systèmes en évolution

Et la deuxième chose à considérer, c’est que les langues sont des systèmes toujours changeants, sujets à toutes sortes de tendances socio-historiques. Il ne faut donc pas comprendre les contraintes géographiques ou anatomiques comme des restrictions absolues : une personne qui n’a pas un palet identique aux khoïsans peut quand même apprendre leurs langues, c’est une question de pratique. Et de la même manière, c’est souvent le prestige social qui va faire qu’une langue va retenir ou abandonner une prononciation, signale Mme Roy.

Le «r» roulé qui fut longtemps prononcé dans la région de Montréal en est une belle illustration. À mesure que le Québec a été plus exposé au français international à partir de la seconde moitié du XXe siècle, le «r» roulé (les linguistes l’appellent apical alvéolaire) a cédé la place au «r» qu’on prononce dans la gorge — pour les phonéticiens, c’est une vibrante uvulaire, quand je vous dis que ces gens-là sont des poètes, il faut vraiment me prendre au pied de la lettre.

D’ailleurs, nous avons d’autres belles illustrations, au Québec, du fait que la prononciation est une chose fort malléable. Je me souviens très bien avoir entendu des gens prononcer «h’hallucinais» ou même «kh’hallucinais» — avec un «son guttural» proche de l’arabe — au lieu de «j’hallucinais». Et qui n’a jamais entendu un Bleuet parler de «Honquière» ou même «Khonquière» pour signifier «Jonquière», alors que ni le «h» ni le «kh» ne font partie des phonèmes français!

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Science

La recette du parfait coucher de soleil

«Demeurant à Saint-Michel-de-Bellechasse, nous avons souvent l’occasion de voir de magnifiques couchers de soleil. Par contre, certains soirs, aucun intérêt. Alors qu’est-ce qui fait que le ciel est magnifique un soir donné et parfaitement banal le lendemain? Quels facteurs (saison, couvert nuageux, température, etc.) entrent en ligne de compte?» demande Jean Turgeon.

La lumière, comme on l’a vu plusieurs fois dans cette rubrique, est une onde électromagnétique — soit de l’énergie électrique et magnétique qui se propage dans l’espace un peu comme une vague à la surface de l’eau. Quand la distance entre les crêtes et les creux de ces «vagues» (la longueur d’onde, comme disent les physiciens) tourne autour de 700 nanomètres, nos yeux perçoivent du rouge. Une longueur d’onde un peu plus courte donne du orange, encore un peu plus courte et nous voyons du jaune, et ainsi de suite jusqu’à la plus courte longueur d’onde perceptible par l’œil humain, soit le violet (environ 380-400 nm).

Maintenant, l’atmosphère terrestre contient une foule de molécules et de particules de tailles variables. Et certaines d’entre elles peuvent teinter la lumière avant qu’elle ne parvienne jusqu’à nous.

En effet, quand un photon croise une particule qui est nettement plus petite que sa longueur d’onde, il se produit un phénomène nommé diffusion de Rayleigh, du nom d’un physicien anglais du XIXe siècle. En effet, loin d’être les «petites billes dures et uniformes» que l’on se figure parfois, les molécules gazeuses et les microparticules de l’atmosphère ont des charges électriques qui ne sont pas réparties également partout. À cause de cela, le passage de la lumière (qui est justement, répétons-le, de l’énergie électrique et magnétique) va les faire bouger, si elles sont suffisamment petites, au même rythme que les crêtes et les creux de «vagues». Et, ce faisant, l’énergie du photon, qui se dirigeait dans une direction particulière, va être rediffusée dans un peu toutes les directions — pas uniformément, mais disons que ça part quand même pas mal partout.

Ainsi, si une partie de la lumière est «déviée» dans toutes les directions, on comprend aisément qu’il y en a moins qui se rend jusqu’à un point donné, par exemple jusqu’à un observateur qui contemplerait un coucher de soleil.

Or, le phénomène ne se produit pas également pour toutes les couleurs : la diffusion de Rayleigh est beaucoup plus efficace pour les longueurs d’onde les plus courtes. Pour ceux qui veulent faire quelques petits calculs, disons que la lumière diffusée est inversement proportionnelle à la quatrième puissance de la longueur d’onde. Pour les autres, il n’y a qu’à savoir que par rapport aux rouges, la diffusion de Rayleigh enlève trois fois plus de verts et cinq fois plus de bleus, grosso modo.

Plus la couche d’air que la lumière traverse est épaisse, plus l’effet de cette diffusion est prononcé. Et à la brunante, la lumière voyage dans à peu près 40 fois plus d’air qu’au zénith, ce qui enlève suffisamment des longueurs d’onde les plus courtes pour teinter fortement de rouge ou d’orangé la lumière restante. Voilà qui explique les couleurs spectaculaires que prennent parfois les couchers de soleil. Bien lire : parfois...

Autre sorte de diffusion

Car la diffusion de Rayleigh n’est pas la seule chose qui se produit quand la lumière du Soleil passe dans l’air. Quand les photons croisent des particules plus grosses que leur longueur d’onde, une autre sorte de diffusion — dite «de Mie» — survient, qui a pour effet de diminuer également l’intensité de toutes les longueurs d’onde. Cela ne teinte donc pas la lumière, mais ne fait que l’atténuer. Des gouttelettes d’eau peuvent aussi dévier une partie de la lumière, la vapeur d’eau va elle aussi réduire l’intensité lumineuse uniformément pour toutes les couleur, et il en va de même pour les particules de poussière et de pollution.

Bref, tout ça pour dire que l’idéal pour contempler un beau coucher de soleil est d’abord d’avoir un air aussi clair et sec que possible. Non seulement cela laisse passer plus de lumière, ce qui rend le spectacle plus brillant, mais l’humidité et les poussières peuvent aussi embrouiller le fin détail de la réflexion de la lumière sur les nuages — lesquels sont un autre ingrédient important de la recette du parfait coucher de soleil.

Idéalement, les nuages doivent être assez haut dans le ciel parce que s’ils sont trop bas, ils vont souvent simplement obstruer tout le firmament, et parce que l’air est habituellement plus clair en altitude qu’au ras des pâquerettes. En outre, et c’est un point important pour les photographes je pense, les nuages en altitude ont souvent quelque chose de visuellement plus complexe que les cumulus «ouatteux» et les stratus brumeux qui peuplent la basse atmosphère — encore qu’avec un peu de chance pour les angles, un coucher de soleil plombant le côté d’une grosse colonne de cumulus doit être pas mal non plus.

Cela vient du fait qu’en haute atmosphère, les nuages se forment habituellement à la jonction entre deux couches d’air de température et d’humidité différentes. Par contraste, les cumulus et les stratus apparaissent quand une masse d’air chaud s’élève à partir du sol et que son humidité se condense en montant. Une masse d’air qui s’élève crée une aspiration et l’air qui arrive de cette manière est souvent chargé d’humidité et/ou de saletés.

Notons enfin qu’il y a d’autres phénomènes qui peuvent rendre les couchers de soleil mémorables (ou banals), car l’atmosphère est un mélange très complexe, mais disons que ce sont là les deux principaux.

Sources:
- Stephen F. Corfidi, «The Colors of Sunset and Twilight», Weatherwise, 1996/2014
- Les Cowley, «Sunsets», Atmospheric Optics, s.d., goo.gl/xfsmef

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La science au quotidien

Homosexualité, iPhone, et autres théories

«Je sais que c’est un sujet un peu épineux, mais c’est aussi tellement humain… Qu’est-ce que l’homosexualité? D’où vient-elle? Pourquoi est-elle à ce point rejetée alors que la plupart des homosexuels(les) ont un beau savoir-vivre et une riche personnalité?» demande Lucille Bouillé.

L’humanité n’a jamais été particulièrement bonne pour «gérer» sa propre diversité, que ce soit sur le plan sexuel, ethnique ou autre. Ce n’est pas une fatalité, remarquez bien, mais je ne vois pas d’autre raison pour expliquer le rejet historique quasi global de l’homosexualité.

Cela dit, voilà qui nous donne déjà un point de départ pour aborder LA grande question de Mme Bouillé: d’où vient-elle, cette attirance, pour les gens du même sexe? Car si elle est aussi largement réprouvée, cela implique forcément qu’elle soit présente partout, dans toutes les cultures et à toutes les époques. C’est toujours le fait d’une minorité, soit, mais peu importe que l’on cherche dans une société occidentale ou non occidentale, on trouve toujours quelques pourcents (moins de 5%, généralement) de gens qui sont principalement attirés par le même sexe — une proportion qui grandit pas mal si on tient compte du fait que l’attirance n’est pas toujours exclusivement hétéro ou homosexuelle. Il y a donc manifestement quelque chose d’universel dans cette affaire. Mais quoi, au juste?

Pour l’instant, on n’a pas de réponse définitive à cette question. Comme l’a bien illustré la porte-parole d’un groupe LGBT américain récemment, «les théories sur l’origine de l’homosexualité, c’est comme les iPhone: il en sort un nouveau modèle chaque année».

La seule chose qui semble bien établie, c’est que l’attirance pour un sexe ou l’autre n’est pas un choix, contrairement à ce que certains groupes d’inspiration religieuse laissent entendre. Un hétérosexuel ne peut pas choisir d’être attiré par le même sexe, c’est une évidence, et l’inverse est tout aussi vrai.

Il semble que dès l’enfance, gais et lesbiennes sont proportionnellement plus nombreux à ne pas se conformer à leur genre: certains futurs gais sont des garçons moins masculins, voire s’habillent en fille, et certaines futures lesbiennes sont plus tomboys. Et cela arrive même dans les familles qui appliquent à la lettre les normes de genre. Ce n’est évidemment pas une règle absolue, chose qui n’existe pas dans les comportements sexuels humains, mais tout cela suggère fortement que ce n’est pas la personne qui décide de son orientation sexuelle, mais bien l’orientation qui, avec l’âge, s’«éveille» en elle.

En outre, on trouve dans les études sur les fondements biologiques de l’homosexualité plusieurs éléments qui soutiennent cette idée, bien que les résultats ne soient pas toujours bien clairs. Il peut s’agir de gènes, mais il se peut aussi que les causes soient développementales.

Ainsi, en comparant des jumeaux identiques (qui partagent exactement les mêmes gènes) et des non identiques (qui ne sont pas plus pareils que des frères et sœurs), plusieurs études ont trouvé que lorsqu’un jumeau identique est homosexuel, l’autre a autour de 24% de chances de l’être lui aussi, contre seulement 15% de «concordance» chez les jumeaux non identiques. Ce genre d’écart est en plein ce que cherchent les études de jumeaux, parce que cela suggère fortement que les gènes jouent un rôle là-dedans. Des études subséquentes ont aussi identifié quelques gènes qui semblent être en cause.

Mais tout cela montre aussi qu’il doit forcément y avoir autre chose dans le portrait, puisqu’un jumeau identique homosexuel a quand même 76% des chances que son frère ou sa sœur ne partage pas ses préférences. C’est considérable.

Une autre avenue possible est que ce soient les processus qui différencient les sexes pendant le développement qui ne se déroulent «pas comme prévu». On sait par exemple que le niveau de testostérone auquel un fœtus est exposé va «structurer» son cerveau d’une manière plus masculine ou plus féminine. Et cette structure va se maintenir toute la vie durant.

On a d’ailleurs trouvé quelques petites différences entre le cerveau des «hétéros» et celui des «homos». Il existe au centre de notre cervelle une structure nommée hypothalamus, qui régule toutes sortes de choses, comme les cycles circadiens, la faim et, parlez-moi d’un bel adon, le désir sexuel. Dans les années 90, une étude a trouvé qu’une sous-région nommée «troisième noyau interstitiel de l’hypothalamus antérieur» (NIHA-3) était deux fois plus grosse chez les hommes hétérosexuels que chez les gais — dont le NIHA-3 était plus proche de celui des femmes hétéros. La clef de l’énigme pourrait en partie se trouver là.

Mais il faut bien garder à l’esprit, ici, que l’orientation sexuelle — et plus largement, l’attirance sexuelle — est selon toute vraisemblance déterminée par une foule de facteurs. Il n’y a pas un gène de l’homosexualité, comme il n’y a pas un niveau d’hormones qui fait systématiquement basculer tout le monde du même côté. Cela expliquerait pourquoi, malgré tous les efforts de recherche, on ne trouve que des bouts d’explication — et pourquoi l’attirance pour le même sexe est une question de degrés, pas une chose qui est 100% présente ou 100% absente. 

Source: J. Michael Bailey et al., «Sexual Orientation, Controversy and Science», Psychological Science in the Public Interest, 2016, goo.gl/xxCBMp

Science

Géométrie du lac Saint-Jean

CHRONIQUE / «L’été, au chalet que nous avons au lac Saint-Jean, nous assistons à de merveilleux couchers de soleil qui se noient dans le lac. Alors je me demande: quelle doit être la dimension d’un lac pour voir le soleil se coucher dans l’eau? J’ai souvenir que la traversée à la nage du Lac-Saint-Jean entre Péribonka et Roberval est d’une distance d’environ 32 km, mais existe-t-il une règle pour déterminer la distance en fonction d’un indice de courbure de la Terre? Et comme cette courbure n’est pas la même partout sur la planète, est-ce que cela change quelque chose?» demande Bernard Tremblay, de Sainte-Foy.

Il est vrai que la Terre n’est pas une sphère parfaite, étant légèrement «aplatie» aux pôles, mais la différence n’est pas énorme: son rayon à l’équateur est de 6378 kilomètres, alors qu’il est de 6357 kilomètres aux pôles. Pour le degré de précision dont on a besoin ici, cet écart de 0,3% peut être complètement ignoré, et je ferai pour la suite comme si la planète était sphérique.

Maintenant, quand on songe à tout cela en termes de «courbures» en trois dimensions comme semble le faire M. Tremblay, le problème peut sembler horriblement compliqué. Et il est vrai que cela pourrait l’être si on tentait de le résoudre en passant par là — ce que les mathématiciens appellent géométrie non euclidienne. Mais heureusement, il existe une manière infiniment plus simple de procéder. En fait, la seule chose dont on a besoin, c’est de ce bon vieux théorème de Pythagore que tout le monde apprend au secondaire.

Imaginons, en effet, une ligne qui partirait du centre du cercle et qui se rendrait jusqu’au pied de quelqu’un, comme le montre la figure ci-contre. Figurons-nous ensuite une ligne qui partirait des yeux de notre observateur et qui se rendrait jusqu’à l’horizon, soit le point le plus éloigné atteignable par une ligne droite (ce qui se trouve au-delà de ça est «caché» par la courbure de la Terre). Et ajoutons-y enfin une troisième ligne, qui part de cet horizon et qui retourne au centre de la planète.

Qu’est-ce qu’on obtient, en bout de ligne? Rien de plus compliqué qu’un triangle rectangle, dont on connaît déjà la longueur de deux côtés: l’un est égal au rayon de la Terre, et l’autre à ce même rayon plus la taille de l’observateur. Or le théorème de Pythagore — le fameux a2 = b2 + c2 — permet justement de trouver la longueur d’un triangle, très facilement d’ailleurs, si l’on connaît celle des deux autres côtés.

Ceux qui veulent jeter un œil au petit calcul qu’il faut faire peuvent se référer au calcul montré plus bas. Mais pour les autres, il n’y a qu’à savoir ceci: plus une personne est grande (ou est juchée sur une promontoire élevé), plus son horizon est éloigné. Dans l’exemple que j’ai calculé ci-contre, un gaillard mesurant 2 mètres (6 pieds, 6 pouces) qui se tiendrait sur une plage juste au bord du lac Saint-Jean verrait 5 kilomètres devant lui. Et cette mer intérieure du Québec est bien assez grande (24 kilomètres par 44) pour que le soleil «se couche dedans», pour ainsi dire.

Fait intéressant, cette histoire de hauteur signifie que si notre gaillard a une conjointe qui mesure 1,50 mètre, alors, aux yeux de celle-ci, l’horizon se trouve à 4,4 kilomètres. Et si le couple a un enfant qui ne fait que 1 mètre, pour lui l’horizon n’est qu’à 3,6 kilomètres.

Évidemment, il existe autour du lac Saint-Jean de petits promontoires relativement proches de l’eau — rien de bien haut puisque le lac est entouré de basses terres, mais cela peut donner 10-15 mètres d’élévation par rapport au niveau de l’eau. Et à 15 mètres du sol, l’horizon se trouve à 13,8 kilomètres, pour peu que l’air soit suffisamment clair et sec pour que l’on voit aussi loin — mais ça, c’est une autre histoire.

Source: Matthew Conroy, «How far away is the horizon», Math 120, s.d., University of Washington, goo.gl/YgsrUy

Science

Le pot de plus en plus fort

CHRONIQUE / «Lorsque j’étais adolescent, le pot que je fumais à l’occasion contenait tout au plus 2 % de THC, ce qui était suffisant pour rendre euphorique en plus d’être payant pour les restaurants Ashton aux petites heures du matin, mais ce n’était pas assez fort pour faire une crise d’anxiété. Par contre, la dernière fois où j’ai consommé de la marijuana (à 27 ans), c’était dans les premières années où on trouvait ce qu’on appelait à l’époque le fameux “Québec Gold” qui pouvait contenir jusqu’à 20 % de THC. Je me rappelle vaguement de la crise de panique qui s’est ensuivie, et je n’ai pas de misère à croire que le cannabis peut représenter des risques pour des jeunes plus fragiles. Or, dans tout le débat autour de la légalisation du pot, je ne me souviens pas avoir entendu quel pourcentage de THC allait être permis pour la vente de cannabis. Ce détail peut faire toute la différence… Ai-je manqué quelque chose?» demande Robert Leclerc, de Québec.

Comme toutes les plantes, la marijuana est composée d’une foule de molécules différentes, dont la plupart n’ont aucun effet sur notre cerveau. Ce que l’on appelle THC, acronyme pour tétrahydrocannabidiol, est l’ingrédient actif de la mari, la partie de la plante qui a un effet euphorisant.

Certaines personnes contestent l’idée que le pot d’aujourd’hui soit vraiment plus fort que celui de l’«époque des communes», mais le fait est qu’il existe beaucoup de données pour le prouver. Par exemple, une étude parue l’année dernière a analysé plus de 38 000 échantillons de cannabis saisi par la police américaine de 1995 à 2014, et a trouvé une augmentation constante de sa teneur en THC — de 4 % en moyenne à 12 % maintenant. Soulignons qu’il s’agit là de moyennes, ce qui implique évidemment des variations, et que cette étude a trouvé des teneurs supérieures à 25 % dans certains cas extrêmes.

Bien sûr, plus la mari contient de THC, plus l’effet est fort, mais cela vient avec des risques plus élevés aussi — crises de panique comme M. Leclerc en témoigne. Le pot est aussi un déclencheur connu de psychoses chez les schizophrènes et sa consommation fréquente à l’adolescence pourrait nuire au développement du cerveau.

Maintenant, le projet de loi déposé en avril par le gouvernement Trudeau pour légaliser le cannabis n’impose pas, à proprement parler, de limite aux teneurs en THC. Mais tout indique que cela viendra rapidement: le texte de loi contient des passages qui donnent au conseil des ministres le pouvoir de règlementer «la composition, la teneur, la concentration, la puissance, la pureté ou la qualité ou toute autre propriété du cannabis ou d’une catégorie de cannabis [mon soulignement]».

En outre, dans un document publié cette année, le Groupe de travail sur la légalisation et la réglementation de la marijuana (mis sur pied par Santé Canada) reconnaît que «les produits à concentration élevée [en THC] présentent plus de risques» et, parmi les manières de les réduire, propose d’imposer une limite à la teneur en THC.

Il serait donc assez étonnant que le fédéral n’agisse pas en ce sens. Reste à voir où il placera le seuil légal…

Source: Mahmoud A. El Sohly, Changes in Cannabis Potency over the Last Two Decades (1995-2014) — Analysis of Current Data in the United States, Biological Psychiatry, 2016

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«De combien d’éoliennes aurions-nous besoin pour obtenir les produits de consommation qui nous sont familiers?» demande Alphonse Willème.

J’interpréterai ici cette question comme revenant essentiellement à se demander de combien d’éoliennes on aurait besoin pour remplacer la production totale d’Hydro-Québec. Alors, prenons l’exemple de la première phase du parc éolien de la Seigneurie de Beaupré, inauguré en 2013. Il compte 126 éoliennes occupant 130 km2 de territoire et pouvant générer 272 mégawatts (MW) de puissance maximale.

Dans la plus pure des théories, c’est-à-dire si le vent soufflait toujours de manière forte et constante, ce parc éolien est capable de produire en un an: 272 MW X 24 h/jour X 365 jours/an = 2400 gigawatt-heure (GWh) environ. Pour remplacer la production d’électricité d’Hydro, qui était de 172 500 GWh en 2013, il faudrait donc 172 500 ÷ 2400 = presque 72 parcs éoliens comme la première phase de la Seigneurie de Beaupré.

Cependant, le vent ne souffle pas toujours fort, et encore moins de façon constante. Il y a toujours des périodes où il vente moins, voire pas du tout, si bien que les éoliennes ne produisent jamais autant qu’elles en sont théoriquement capables. Ainsi, d’après des chiffres d’Hydro-Québec, il y avait en 2016 près de 3300 MW de puissance éolienne «installée» (ou «théorique») au Québec, mais la société d’État n’a acheté que pour 8635 GWh d’énergie éolienne, soit environ le tiers du maximum théorique.

Pour remplacer toute l’électricité d’Hydro, il ne faudrait donc pas multiplier par 72 la phase 1 de la Seigneurie de Beaupré, mais bien par 72 x 3 = 216. Avec la même densité qu’à Beaupré, toutes ces éoliennes occuperaient près de 30 000 km2, soit une superficie à peu près équivalente à celle de la Gaspésie en entier — en présumant bien sûr que toute la région se prête bien à la production éolienne, mais c’est une autre histoire…