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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Le premier ministre Justin Trudeau était aux côtés de François Legault, lundi, pour confirmer près de 100 millions $ de fonds publics pour une usine d’assemblage de bloc-batteries de 185 millions $ du constructeur québécois d’autobus et de camions électriques Lion.
Le premier ministre Justin Trudeau était aux côtés de François Legault, lundi, pour confirmer près de 100 millions $ de fonds publics pour une usine d’assemblage de bloc-batteries de 185 millions $ du constructeur québécois d’autobus et de camions électriques Lion.

Je pardonne, tu pardonnes, il pardonne...

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CHRONIQUE / Depuis plus d’une génération et même plus, les concepts de «droite» et de «gauche» sont devenus chaque année toujours plus flous. Malgré tout — et ce n’était pas sans logique —, lorsque la Coalition avenir Québec, créée il y a 10 ans cette année, a avalé l’Action démocratique du Québec, il était évident pour plusieurs que le nouveau parti de François Legault serait de «droite».

Oui, la CAQ est évidemment plus à droite que Québec solidaire. Il reste tout de même quelque chose de ces notions.

Mais la CAQ fait partie de ces formations puisant à la fois à droite et à gauche — ou à ce qu’on associe ou associait généralement à la droite et à la gauche.

Dans 10 jours, le ministre Eric Girard présentera son troisième budget. Il y a deux ans, lors de son tout premier exercice du genre, son gouvernement a mis fin à une injustice dont l’Assemblée nationale causait depuis une dizaine d’années sans que rien ne se passe, soit la bonification pour de nombreuses femmes de l’exemption des pensions alimentaires pour enfant à charge. Derrière cet énoncé technique, des femmes monoparentales à l’aide sociale étaient injustement pénalisées jusque-là. 

Cette bonification était clairement une mesure de gauche — au sens classique du terme. Il est honteux que les trois gouvernements précédents aient laissé traîner ce dossier.

L’«interventionnisme»

Sur le plan économique en général, le gouvernement Legault est proprement interventionniste. Une façon de faire qui, au Québec, était associée à la social-démocratie à l’époque de Bernard Landry. À droite, on conspuait souvent l’«interventionnisme».

Le gouvernement Legault a démontré bien avant la pandémie qu’il est de cette école. Là encore, dès son premier budget, en mars 2019, il a prouvé qu’il croit en l’État, ainsi qu’en son pouvoir d’intervention en matière économique.

Même sans tenir compte des obligations particulières conférées par la pandémie en matière de soutien à des entreprises et à des secteurs, on ne s’étonne donc plus des aides accordées par le gouvernement Legault en général. Nous avons tous enfin compris qu’il n’est pas adepte du laisser-aller économique. Et c’est tant mieux, car peu de gouvernements le sont. Dans le marché international, ils doivent rivaliser les uns et les autres pour attirer ou conserver des entreprises.

C’est dans cette foulée que s’inscrivent les fameux «prêts pardonnables» aux entreprises dont on parle beaucoup ces jours-ci.

Le premier ministre Justin Trudeau était aux côtés de François Legault, lundi, pour confirmer près de 100 millions $ de fonds publics pour une usine d’assemblage de bloc-batteries de 185 millions $ du constructeur québécois d’autobus et de camions électriques Lion.

Le soutien de Québec passe par un «prêt pardonnable», c’est-à-dire qu’une partie de l’aide n’aura pas à être remboursée si l’entreprise parvient à atteindre certains objectifs de croissance d’emplois. Ottawa y est allé d’une formule semblable.

Ce type de prêts d’État est assez répandu aux États-Unis. Au Québec, il s’est répandu sous l’impulsion du ministre Pierre Fitzgibbon.

S’il pose des questions quand il est octroyé à un géant comme le Français Alstom pour qu’il modernise l’ex-usine de Bombardier à La Pocatière, il n’en pose pas vraiment pour une entreprise comme Lion.

Le prêt pardonnable n’est ni bon ni mauvais en soi par rapport à d’autres outils d’aide. Chaque dossier est un cas d’espèce.

Cela étant, il est temps que cette forme de soutien soit paramétrée et que ses conditions d’obtention soient connues de toutes les entreprises.

Un mot encore pour insister sur le fait que l’interventionnisme économique n’est plus depuis longtemps ni de «droite» ni de «gauche». Même s’il a longtemps été associé à la social-démocratie chez nous, voire au «modèle québécois», il est le fait de gouvernements qui se situent partout sur le spectre politico-économique.