Parmi les manifestants présents durant la manif à Québec, on peut y voir des opposants au projet de troisième lien.

Je ne suis pas allé marcher

CHRONIQUE / Je n’ai pas marché pour le climat. Ni applaudi, les yeux humides, au discours de la jeune militante à l’ONU puis à Montréal.

Je ne me reconnais pas beaucoup dans cette excitation collective. Dans cette obligation morale de marcher derrière l’égérie dans la parade du jour. 

Le culte des vedettes m’énerve quand il finit par occulter le reste. Rien à dire contre Greta Thunberg. Ni contre les idées qu’elle défend. Ni surtout contre cette génération inquiète qui a choisi de prendre la rue plutôt que de se taire. On peut au contraire admirer son engagement. 

Je n’ai juste pas besoin de vedettes, aussi méritantes soient-elles, pour comprendre l’utilité de la lutte au réchauffement de la planète. 

Pas plus que je n’ai besoin d’un gourou à vélo pour me dire de bouger ou d’un artiste pour me vendre une cause, un service ou un produit de consommation.

Je comprends que les vedettes et les happenings aident à la visibilité des causes. Permettent d’espérer un meilleur financement, d’infléchir des décisions publiques et de mieux passer les messages. 

Je ne condamne rien. C’est juste que ça m’énerve. Pour cette marche sur le climat, je me demande ce qu’il en restera lorsque les caméras se seront éteintes. 

Ne vous méprenez pas. 

Je crois moi aussi à une «urgence climatique», même si je ne suis pas certain du sens à donner au mot «urgence». 

De combien de temps disposons-nous? Faut-il compter en semaines, en années, en quelques décennies? Et pour arriver à quoi au juste? À conserver le «climat» et la qualité de vie d’aujourd’hui? À revenir à ceux d’hier ou du jour d’avant? 

J’avoue m’y perdre dans les cibles mouvantes de réduction de gaz à effet de serre (GES) dont on nous a abreuvées toute la semaine. 

Rio 1992, Kyoto 1997 repoussé en 2005, Paris 2015, le «Pacte pour la transition» de 2018 ciblant des résultats pour 2030, puis pour 2050 que les plus ambitieux voudraient «carboneutre». 

Faute d’avoir atteint les cibles passées, on en fixe de nouvelles qui nous ramènent en arrière pour mieux aller en avant. 

La mécanique de ces calculs m’échappe, perdue dans le bruit des agendas politiques, scientifiques et militants. 

Qui dit vrai sur l’état des lieux, sur les meilleurs moyens à prendre et les résultats réalistes à espérer. 

Je préfère ici les rapports scientifiques solides aux cris du coeur de sauveurs de planète autoproclamés, aussi bien intentionnés soient-ils. 

L’ennui est que même la science n’est pas toujours aussi exacte et définitive qu’on le voudrait. 

Il lui arrive de devoir réviser ses calculs et projections au gré de découvertes ou constats plus récents. Selon la source du moment, le tableau devient tout à coup plus sombre qu’on l’avait cru, ou un peu moins. 

Ce qui ne fait pas de doute cependant, c’est une tendance lourde à un réchauffement climatique amplifié par l’activité humaine. 

D’où cette volonté, largement partagée, d’essayer de la freiner. Et cette surenchère d’engagements «verts», de chiffres et de bons sentiments entendus cette semaine. 

C’est venu de tous les horizons politiques. 

Des partis fédéraux en campagne; de la mairesse de Montréal à l’ONU; du maire de Québec dans la rue; de l’Assemblée nationale où tous les partis ont convenu de l’existence d’une «urgence climatique», sans cependant pouvoir la définir.

Même les conservateurs, longtemps réticents à se commettre, ont fini par se donner un plan pour réduire les GES d’ici 2030. 

C’est venu de partout. Sauf du microclimat de la Beauce de Maxime Bernier. 

J’aurais aimé que l’agitation de la dernière semaine aide à résoudre quelques-unes des contradictions environnementales dans lesquelles sont empêtrés les acteurs publics : 

Troisième lien, «dézonage» agricole, pipeline, faveurs aux cimenteries polluantes, étalement urbain, gestion des déchets à la traîne, volonté d’augmenter les liaisons aériennes, etc. 

Ce fut tout le contraire. Une surenchère de contradictions.

La Ville de Québec a lancé une consultation publique pour «promouvoir l’agriculture urbaine» alors qu’on sait qu’elle a déjà donné sa bénédiction à du développement immobilier sur les terres agricoles des Soeurs de la Charité de Beauport. 

Puis le troisième lien. Notre cher troisième lien! Toutes les planètes sont depuis longtemps alignées pour dire que ce projet n’est pas un bon moyen d’atteindre l’objectif d’une réduction de la congestion et risque de peser sur l’environnement.

François Legault s’est obstiné à y voir un «projet vert», du seul fait que des voitures électriques et un transport collectif pourront rouler dans son tunnel à côté des Hummer et des pick up quatre cylindres sur l’autoroute de l’étalement urbain.

Et le Bloc d’applaudir à cet argumentaire, ce qui en dit long sur sa stratégie électorale et sa vision de l’environnement.

Cela dit, nous avons tous nos contradictions. Nous comme citoyens, autant que les acteurs publics à qui on reproche parfois de manquer de cohérence. 

Ça n’a empêché personne d’aller manifester sur le côté ensoleillé de la rue de ce vendredi de septembre. 

Mais pour plusieurs, on peut déjà prédire qu’on retrouvera bientôt leurs pancartes vertes jetées dans une ruelle à l’ombre, sur le chemin du retour. 

Je ne suis pas allé avec vous marcher pour dénoncer le réchauffement de la planète. 

Je préfère marcher seul. Sans cause ni personne à suivre. 

Marcher pour le plaisir, dans le soir, en écoutant Pierre Flynn. 

Loin de l’urgence du climat. Mais pas si loin non plus. 

«Sur ce rocher, dans les broussailles 

Au vent d’avril, je suis monté 

Il fait plus chaud sur la montagne

J’ôte la veste et le chandail». 

Paroles de la chanson Le Dernier homme, de l'album Sur la terre.