Brigadier scolaire, Robert Durand a été happé la semaine dernière devant une école primaire de Trois-Rivières.

Très chanceux malgré tout

CHRONIQUE / Robert Durand ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour la conductrice alors que dans cette histoire, c’est lui qui a failli y laisser sa peau.

«J’espère que la femme n’est pas trop traumatisée? Elle m’a vu revoler, c’est sûr.»

Fort probablement en effet. Elle a également dû entendre, comme lui, le bruit de freinage après l’impact.

Hospitalisé à l’unité des soins intermédiaires de l’Hôpital du Sacré-Cœur, à Montréal, le brigadier scolaire se remet lentement de ses blessures et s’estime «très chanceux» dans sa malchance.

Retraité de la fonction publique fédérale, l’homme de 68 ans est brigadier scolaire depuis septembre. Ce casanier de nature s’est laissé tenter par ce travail qui répondait à son besoin de prendre l’air et de bouger davantage.

Depuis la rentrée, Robert a remplacé ici et là à Trois-Rivières jusqu’à ce qu’on lui offre un poste à proximité de chez lui, devant l’école Notre-Dame-du-Rosaire, dans le secteur ouest de la ville.

C’était parfait. «J’allais pouvoir retourner dîner à la maison.»

Le lundi 25 novembre, le brigadier était fièrement au rendez-vous avec son manteau jaune fluo et un panneau d’arrêt à la main, heureux d’assurer la sécurité des élèves. Quelques jours plus tard, soit vendredi, vers 15 h 15, il était étendu au sol, gravement blessé.

Robert Durand venait de faire traverser des enfants et s’apprêtait à répéter l’exercice avec d’autres jeunes marcheurs lorsqu’en traversant la voie, il a été happé par une automobiliste.

«La dame m’a dit qu’elle ne m’avait pas vu, qu’elle avait le soleil dans la face. C’est possible. Je sais qu’à cette heure-là, le soleil est bas. Est-ce qu’il y avait du soleil cette journée-là, je ne pourrais pas le dire...»

Il y a un va-et-vient constant sur cette rue comme sur la plupart des artères avoisinant les écoles primaires, augmentant du coup les risques de comportements dangereux.

Je passe par ici plusieurs fois par semaine. J’ai le réflexe de lever le pied à l’approche de l’établissement scolaire. Aux heures de pointe, ça grouille d’écoliers sur le trottoir.

Les habitués comme moi savent à quel endroit exact se trouvent les panneaux indiquant que la vitesse permise est limitée à 30 km/h, mais plus encore (soyons honnêtes), sur quelle rue perpendiculaire se cache la voiture banalisée. Selon mes observations qui n’ont rien de scientifique, la police vient régulièrement faire son tour dans cette zone scolaire. Vous êtes avertis.

Perdue dans mes pensées, en train d’écouter la radio ou de parler sur mon cellulaire, en mode mains libres, il m’est déjà arrivé d’être distraite, de ralentir plus tard que plus tôt. J’ai eu chaud à quelques reprises. Un constat d’infraction est vite arrivé, mais pire encore, un accident comme celui qui aurait pu être fatal pour Robert Durand.

Je retiens la leçon.

Avant de revenir sur ses pas pour faire traverser d’autres écoliers, l’homme se souvient d’avoir regardé de chaque côté de la rue.

«Je n’ai jamais vu d’auto. Le dernier souvenir que j’ai, c’est que ça fait bang, je suis par terre et il y a du monde autour de moi. J’ai été chanceux, il y avait un médecin parmi eux.»

Frappé sur le côté droit, Robert ne pense pas avoir perdu connaissance. Si c’est le cas, il a rapidement retrouvé ses esprits.

Christiane Deschênes se rend chaque jour au chevet de son mari, Robert Durand, hospitalisé à Montréal.

Blessé au niveau des genoux et des côtes, le brigadier a dû être opéré, lundi, à la colonne vertébrale. Des plaques de métal ont été posées dans le bas de son dos afin de souder les vertèbres fracturées.

On n’aime jamais ça entendre dans la même phrase les mots «colonne vertébrale» et «fractures». Robert bouge le bout de ses orteils avant d’ajouter, confiant: «Jusqu’à maintenant, la mobilité va bien. Probablement que je ne garderai presque pas de séquelles.»

Dossier à suivre pour celui à qui on administre de la morphine afin de soulager ses douleurs.

Robert Durand s’attendait à ce qu’on le fasse lever de son lit peu après ma visite, au lendemain de son opération qui a duré trois heures.

Son visage affiche des éraflures, mais l’homme n’a subi aucune commotion cérébrale.

«Je suis un ancien fonctionnaire. Je n’ai pas de tête!», ajoute le retraité qui, même mal en point, garde son sens de l’humour.

Son épouse ne peut s’empêcher de sourire à cette blague. Christiane Deschênes respire et dort un peu mieux même si elle est fatiguée par tous ces allers et retours entre Trois-Rivières et Montréal.

La femme avoue avoir paniqué en recevant l’appel d’un policier lui annonçant que son mari venait d’être transporté d’urgence à l’hôpital, happé aux abords de l’école où il travaillait depuis quelques jours seulement. Par chance, fait remarquer le brigadier scolaire, il n’y avait pas d’enfants à ses côtés au moment de l’impact.

Robert Durand est resté calme en réalisant ce qui venait de se produire. «Si je respire, ce n’est pas si grave que ça», s’est dit l’ancien enquêteur de l’assurance-emploi.

«Je n’ai pas un tempérament nerveux.»

Pas le genre non plus à éprouver de la colère à l’endroit de l’automobiliste qui l’a frappé.

«C’est peut-être une distraction, mais je suis sûr que ce n’est pas volontaire.»

À l’heure où on se parle, Robert Durand souhaite reprendre son travail de brigadier. «Mais on devra me fournir un nouvel uniforme. L’autre est déchiré.»

Robert ne sait pas si l’accident a fait naître en lui la peur d’exercer un métier qu’il aime, mais qui comporte des risques. «Je vais voir quand je vais retourner sur le coin de la rue.»

Pour le moment, sa priorité consiste à se remettre sur pieds. Ça prendra le temps qu’il faudra.

«Imagine, cet hiver, je vais rester chez moi, pas obligé de me faire geler. Ça pourrait être pire!»

Il rit à nouveau de sa réflexion à laquelle Christiane réplique tout de go, en prenant doucement la main de son homme: «Arrête donc de dire des niaiseries!»

Elle sourit à son tour.

De soulagement.