Portrait d’une famille nombreuse et heureuse. Devant: Zacharie, Thomas, Justin, Elliot, Coralie et Léa. Derrière: Claude Nadeau, Raphaël, Cédric, bébé Xavier dans les bras d’Andréanne, Noémie et Stéphanie Philibert. Absents: Oliviey et Joey.

Treize fois maman, peut-être quatorze

Faire un enfant, cela va de soi pour plusieurs. Deux aussi. Trois? Pourquoi pas. Quatre, à la limite. Mais... treize?

Stéphanie Philibert a treize enfants comme dans treize grossesses et treize accouchements.

Sa famille n’est pas complète pour autant. La femme de 42 ans rêve de bercer un quatorzième rejeton même si, contrairement aux autres fois, l’étape de la conception ne coulera pas de source.

La naissance du petit dernier a nécessité une césarienne d’urgence suivie, à la suggestion du médecin, de la ligature des trompes.

«Je commence à être vieux aussi», s’est également permis de lui rappeler son mari, Claude Nadeau, âgé de 54 ans.

Épuisée par de longues heures de travail, Stéphanie, ou plutôt sa tête, a dit oui à cette délicate intervention, mais son coeur pensait non.

Rapidement, elle a regretté de ne pas avoir écouté sa petite voix. Désolé, son chum ne pouvait pas deviner que sa blonde n’était pas rendue à la même place que lui.

Bref, le couple se tourne aujourd’hui vers la fécondation in vitro pour laisser la vie avoir le dernier mot. Un embryon a déjà été congelé. Il attend d’être implanté.

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Le bébé de la famille, Xavier, a 10 mois. Le plus vieux, Oliviey «avec un y», a 22 ans. Entre les deux: Andréanne, 20 ans, Joey, 19 ans, Raphaël, 16 ans, Cédric, 14 ans, Noémie, 13 ans, Zacharie, 11 ans, Thomas, 10 ans, Justin, 8 ans, Elliott, 6 ans, Coralie, 4 ans, et Léa, 2 ans.

Le compte est juste. Ça fait bien treize. Neuf gars et quatre filles. Une moyenne d’un nouveau-né aux dix-huit mois. Le temps d’enfanter, d’allaiter et, go, c’est reparti.

Les trois aînés sont issus d’une union précédente et ont quitté la maison de Princeville pour le travail ou l’université. Les dix autres habitent sous le même toit avec maman et papa.

Aucun doute là-dessus, Stéphanie Philibert et Claude Nadeau sont fertiles et compatibles. Elle rêvait d’une marmaille qui grouille. Lui pareillement. Le frigoriste de métier a douze frères et soeurs. Clairement, il a aimé son expérience au point de la répéter.

Ce portrait de famille est à des années-lumière du selfie d’aujourd’hui. Spontanément, on se dit qu’il y a anguille sous roche. Les parents adhèrent probablement à une religion qui s’invite dans leur chambre à coucher. La question se pose en tout cas.

«On se la fait tellement demander celle-là! Les gens ont beaucoup de misère à croire qu’on puisse faire autant d’enfants quand on a le choix.»

Si Stéphanie et Claude ne sont pas obligés, alors pourquoi? «On est bien en gang! On donne et on reçoit beaucoup d’amour. Et j’aime les voir grandir, leur inculquer des valeurs. C’est valorisant! Avoir treize enfants, ce n’est pas l’enfer. Ça demande juste un peu plus d’organisation.»

Peu convaincus par cette réponse pourtant simple à comprendre, certains cherchent à connaître leur revenu familial, s’imaginent qu’ils se mettent riches avec les allocations familiales ou, encore, se permettent de juger le fait que la maman de treize enfants travaille à l’extérieur de la maison.

C’est récent. «Je suis serveuse dans un restaurant.»

Ces deux dernières années, la femme originaire de La Tuque étudiait en soins infirmiers. À l’hiver, la championne de la conciliation a décidé de prendre une pause du cégep pour mieux se lancer dans le processus de procréation assistée. Servir des repas ailleurs que chez elle lui permet de rembourser les frais élevés découlant de son projet d’avoir un quatorzième enfant.

Déterminée la fille. Ça doit être parce qu’elle a l’habitude de se lever de bonne heure.

Ses journées débutent à 4h du matin. Ou de la nuit. Selon.

«J’en profite pour plier du linge en regardant parfois une série à la télé. Je prépare les lunchs aussi.»

La machine à laver tourne quatre à cinq fois par jour. La maman n’hésite pas à faire la tournée des friperies pour y dénicher de superbes aubaines. Chaque semaine, elle doit également prévoir l’achat de quatorze pains tranchés qui sont engloutis en plus des six miches faites maison. Coût de l’épicerie hebdomadaire: 500 $.

Dans l’entrée d’auto, une fourgonnette à 15 places est prête à trimbaler tout ce beau monde. Le garage annexé au bungalow n’existe plus. Claude Nadeau l’a converti en trois chambres, pour un total de neuf qui sont réparties au sous-sol et au rez-de-chaussée.

Parfaitement consciente que déroger à sa routine est à ses risques et périls, la mère de famille applique mieux que quiconque le concept du lâcher-prise. Elle sait que le ménage est toujours à recommencer et que des dizaines de fois par jour, elle n’y échappera pas... On va l’interpeller de tous bords tous côtés à grands cris de «Mamaaan!»

Stéphanie Philibert aime sa vie réglée au quart de tour, ce qui ne l’empêche pas de se tromper en appelant un enfant pour souper. Tous les noms y passent, y compris ceux des deux chiens, avant de tomber sur le bon.

Les Philibert-Nadeau n’ont pas assez d’avoir treize enfants et d’en souhaiter un quatorzième, ils ont adopté un boston terrier et un énorme bouvier bernois.

«Je suis excessive dans tout», admet la femme qui dit pouvoir compter sur le soutien d’un conjoint qui s’implique autant dans les tâches qu’auprès des enfants. L’été dernier, peu de temps après la naissance de Xavier, Claude Nadeau est parti en camping avec les neuf plus vieux pour permettre à Stéphanie de se reposer avec bébé.

Ils ont tous dormi dans la même tente, géante il va sans dire. Et le plaisir qu’ils ont eu. «À refaire!», promet le papa qui comprend l’exaspération de son épouse lorsqu’elle dit: «Je suis tannée qu’on passe pour des extra-terrestres. Nous sommes une famille comme les autres.»

Une famille avec des enfants qui s’amusent, se chamaillent, se réconcilient, s’aiment et recommencent sans compter.