Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Il y a un an, la parachutiste Lylianne Loyer a miraculeusement survécu à un plongeon de quelque 1500 mètres (5000 pieds) d’altitude. Sportive, elle reprend peu à peu ses activités, dont l’escalade.
Il y a un an, la parachutiste Lylianne Loyer a miraculeusement survécu à un plongeon de quelque 1500 mètres (5000 pieds) d’altitude. Sportive, elle reprend peu à peu ses activités, dont l’escalade.

Tombée du ciel

CHRONIQUE / Chuter dans le vide. Qui ne s’est pas déjà réveillé en sursaut, soulagé de constater que ce n’était qu’un mauvais rêve? Lylianne Loyer est réellement tombée du ciel avant de s’écraser sur le sol.

Le cauchemar de tout parachutiste, la voilure qui s’ouvre mal. Pire encore, le parachute de secours qui refuse également de se déployer.

Lylianne a survécu à cette descente vertigineuse puisqu’un an plus tard, elle est au bout du fil pour raconter ce qui lui est arrivé et donner ce conseil à ceux et celles qui, pour toutes sortes de raisons, peinent en ce moment à remonter la pente.

«Persévérez! Des fois, on ne pense pas à quel point nous pouvons réussir lorsqu’on est positif.»

Originaire de la région de Lanaudière, Lylianne a déjà habité à Québec et en Gaspésie avant de s’établir à Montréal où je l’ai rejointe.

Le 10 août 2019, la jeune femme (qui ne fait pas ses 31 ans) n’en était pas à sa première expérience du haut des airs. Il s’agissait de son troisième saut de la journée au centre de parachutisme Adrénaline, à Trois-Rivières.

Cette adepte de sensations fortes, qui comptait une quarantaine de sauts depuis le printemps 2018, était en Mauricie pour parfaire sa formation.

À quelque 1500 mètres (5000 pieds) d’altitude, Lylianne devait s’élancer hors de l’avion, ouvrir son parachute et effectuer une série de virages dans l’œil de la caméra de son instructeur, demeuré sur la terre ferme.

Au troisième saut donc, la voilure ne s’est pas ouverte correctement. Jetez un coup d’œil à la photo accompagnant cette chronique, vous allez vite comprendre... La parachutiste a aussitôt fait les manœuvres pour déclencher le parachute de secours qui, horreur, ne s’est pas ouvert du tout.

«Je me souviens d’être dans le ciel et d’avoir fait une prière. J’ai dit «mon Dieu, je ne veux pas mourir!»

Lylianne s’entend encore crier.

«Je pense que je capotais», dit-elle en s’excusant d’utiliser cette expression qui, au contraire, illustre parfaitement comment tout le monde se serait senti à sa place.

Lylianne n’a aucune idée de la vitesse exacte de sa chute hors de contrôle, mais à la lumière de la vidéo qu’elle a pu visionner par la suite, son plongeon aurait atteint les 80 kilomètres à l’heure.

La parachutiste a eu le temps d’entrevoir la cime des arbres. On l’a retrouvée au sol, inconsciente, mais vivante.

Transportée d’urgence à l’hôpital de Trois-Rivières, Lylianne est restée dans le coma pendant cinq jours. Victime d’un traumatisme crânien sévère, la jeune femme s’est réveillée avec «un trou» dans la tête. Il fallait libérer le sang qui s’était accumulé près du cerveau.

«On m’a enlevé l’os du crâne, du côté droit. C’était très étrange. J’avais l’air d’une extraterrestre.»

Lylianne a dû porter un casque de hockey en permanence en attendant qu’on lui remette l’os manquant, deux mois et demi plus tard. Cette délicate opération n’était pas sans risque.

«J’ai fait un mini AVC. Je ne pourrai plus jamais refaire de la plongée sous-marine.»

La voilure du parachute de Lylianne Loyer ne s’est pas déployée correctement. Le parachute de réserve n’a pas fonctionné... La jeune femme est tombée dans les arbres avant de frapper le sol.

Également sur la liste de ses blessures, une rate affaissée et huit vertèbres endommagées, dont une fracturée.

«J’ai été chanceuse dans ma malchance. J’aurais pu rester paralysée.»

Ceci étant dit, Lylianne tient à préciser que sa remise sur pied n’est pas le résultat «d’un coup de baguette magique».

Hospitalisée pendant trois mois à l’Hôpital juif de Montréal, la jeune femme est retournée vivre chez ses parents, à Joliette, afin d’y poursuivre sa réadaptation interrompue en mars dernier. Pandémie oblige.

Lylianne a porté le corset en raison d’importants maux de dos. La douleur était telle au début que cette fille qui adore bouger a dû se résigner à rester immobile et à se déplacer à l’aide d’un fauteuil roulant.

Moins d’un an plus tard, elle a recommencé à faire de l’escalade, un de ses sports préférés.

«Je sais que mon corps est capable, mais il ne faut pas que je lui en demande trop non plus.»

Sage décision de celle qui, par ailleurs, a entrepris des démarches légales contre le centre de parachutisme.

«J’ai failli mourir. J’ai eu des blessures. J’ai perdu une année de ma vie. Oui, je veux les poursuivre. Le parachute d’urgence ne s’est pas ouvert. Je ne voudrais pas qu’il arrive une situation semblable à d’autres personnes.»

Lylianne Loyer n’est pas très grande – «Je mesure 5 pieds et un pouce» - mais sa ténacité est illimitée.

«Psychologiquement, ça va super bien. Dès que je suis sortie de l’hôpital, j’ai étudié l’espagnol pour passer le temps. Ça m’a beaucoup aidée d’être active mentalement.»

Au fil des mois, les pertes de mémoire et les maux de tête se sont dissipés.

En riant, la parachutiste m’annonce qu’à l’approche du 10 août, elle a l’intention de se gâter. « Je vais m’acheter un gâteau!»

Lylianne Loyer a repris le travail. Au plus fort du confinement, elle a été préposée à l’entretien ménager dans un centre hospitalier.

Malgré tous ses efforts et ses bonnes intentions, elle a dû quitter cet emploi après quelques semaines. Son dos ne pouvait pas supporter la charge physique imposée. Depuis, elle travaille à la réception d’un hôtel de Val-Morin, dans les Laurentides.

Dans un avenir pas trop lointain, Lylianne aimerait se porter volontaire dans une plantation d’arbres. Munie d’une pelle, elle en mettra en terre sans compter. Une forêt poussera afin que du haut des airs, on puisse un jour l’admirer.

Victime d’un traumatisme crânien sévère, Lylianne Loyer a subi une délicate opération en raison du sang qui s’était accumulé près du cerveau. On a dû lui retirer un os de son crâne qui a été replacé depuis.

C’est le souhait de la parachutiste avec reconnaissance pour les arbres qui ont amorti sa descente infernale.

«C’est grâce aux sapins si je suis encore en vie.»

Et à sa capacité de se relever d’un saut dans le vide.