Antoine Faulkner est fier d’avoir franchi les portes de l’université malgré un trouble du déficit de l’attention. Le jeune homme de 21 ans traite du sujet sur une page Facebook qui est suivie par plus de 75 000 personnes.

Sur la page (et dans la tête) d’Antoine

CHRONIQUE / Il n’y a pas si longtemps encore, Antoine Faulkner n’aurait jamais cru cela possible. Lui, sur les bancs de l’université? Pour devenir enseignant par surcroît?

Un exploit aux yeux de l’étudiant qui n’en est pas à une surprise près.

Le jeune homme de 21 ans s’est longtemps pensé seul sur sa planète. Il compte aujourd’hui quelque 75 000 abonnés qui le lisent et l’écoutent avec intérêt.

Ça aussi, Antoine n’en revient pas.

Des ados se reconnaissent à travers son parcours. Des parents comprennent mieux leurs enfants et des enseignants, leurs élèves.

Antoine n’est pas un influenceur qui utilise les médias sociaux pour partager ses goûts en matière de mode, musique, jeux vidéo, cinéma, voyages ou récents gadgets électroniques. Ce n’est pas comme ça qu’il souhaite accrocher notre attention.

L’étudiant à l’Université du Québec à Trois-Rivières a créé une page Facebook dans laquelle il aborde sous tous ses angles, sans faux-fuyant, un sujet à première vue pas très excitant ni glamour: le TDAH.

Antoine privilégie le ton humoristique pour décrire le trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité, ses symptômes, ses obstacles, ses défis et ses forces. Oui, ses forces.

On l’oublie souvent malheureusement, mais sous le TDAH se révèle un esprit débordant de créativité qui ne demande qu’à s’exprimer.

Ses publications remportent un vif succès, lui qui dans le passé, s’est davantage heurté à des difficultés, voire à l’échec.

Antoine se pince et se félicite. Parler de lui et du TDAH est le meilleur antidote contre le doute et le découragement qu’éprouve souvent celui ou celle qui se croit incapable de réussir.

Originaire de Repentigny, il a toujours voulu être enseignant et a la ferme intention d’obtenir son diplôme dans quatre ans.

«Ce n’est pas parce que j’ai des troubles d’apprentissage que je ne suis pas capable de persévérer dans la vie.»

Antoine n’a pas toujours pensé ainsi.

Enfant, il était l’écolier qui gigote continuellement la jambe pour essayer de se concentrer, le garçon verbomoteur qui coupe la parole avec des réflexions hors contexte, le sportif inépuisable qui trouve difficilement le sommeil, l’ami qui a du mal à gérer ses émotions, le fils qui s’oppose aux consignes, qui est désorganisé, lunatique, facilement déstabilisé par un imprévu…

Depuis qu’il a l’âge de 8 ans, Antoine Faulkner a le fameux acronyme associé à son nom. Au TDAH se sont également greffés le trouble de l’opposition et un tempérament impulsif.

«Un cocktail explosif», me confirme Antoine avec un grand sourire... et une pensée affectueuse pour ses parents qui ont toujours été d’un grand soutien.

«Ils ont rushé. Je n’écoutais pas. Je pouvais dire des trucs que je regrettais ensuite. Disons que je n’étais pas la personne la plus facile à vivre.»

«Calme-toi!» et «As-tu pris tes pilules?» sont deux phrases qu’il a souvent entendues. Tout comme: «Peux-tu me répéter ce que je viens de dire?»

Si un prof se tournait vers lui avec cette question piège, c’est parce qu’il se doutait qu’Antoine allait bafouiller une mauvaise réponse. L’élève silencieux avait la tête ailleurs que dans la classe.

Le «H» dans TDAH n’est pas seulement réservé aux jeunes turbulents. L’hyperactivité est également cérébrale. Il suffit parfois d’un seul mot pour qu’Antoine, dont la curiosité est insatiable, se perde dans ses pensées.

Antoine a dû travailler fort, tout le temps et sans relâche pour franchir chacune des étapes du monde scolaire. D’interminables soirées à étudier. Au diagnostic du TDAH se sont également ajoutées une dyslexie et une dysorthographie qui se manifestent par des difficultés au niveau de la lecture et de l’écriture. Rien pour faciliter les apprentissages.

Longtemps aidé par la médication, Antoine a également eu droit à du soutien professionnel et continue de bénéficier de mesures d’accommodement pour faciliter la poursuite de ses études, dont du temps supplémentaire pour faire ses examens dans un local prévu à cet effet.

C’est à l’âge de 18 ans, peu après son arrivée au cégep où il a étudié en sciences humaines, qu’Antoine Faulkner a eu envie de créer une page Facebook qu’il a tout simplement intitulée «La page TDAH».

«J’étais tanné de me sentir seul.»

Plutôt que de s’isoler davantage, le gars allumé et jamais à court de projets a eu envie de réunir des gens vivant la même réalité que la sienne. Le mot s’est rapidement passé. Les personnes touchées de près ou de loin par le TDAH cliquent en grand nombre sur les capsules vidéo d’Antoine qui brille dans l’art de transformer le négatif en positif.

«Les gens qui ont un TDAH sont des passionnés! Quand on a une idée, on va jusqu’au bout. C’est ce que je veux mettre de l’avant.»

Antoine Faulkner se réjouit d’avoir eu la bonne idée de démystifier le trouble du déficit de l’attention sur une page qui ne sert pas uniquement à ceux et celles qui la consultent.

Motivé par les messages qu’il reçoit chaque semaine, le futur enseignant se plonge dans ses livres et s’applique à mettre en place des stratégies efficaces pour gérer son temps, ses tâches et sa tête. Le TDAH, c’est un défi de tous les jours.

«Aujourd’hui, je m’accepte comme je suis!»

Et cela lui réussit très bien.