Avec l’aide du chien Bouboule et des autres membres de sa famille, Karine Leblanc St-Ours accueille des chatons abandonnés qui ont besoin d’un toit avant de trouver une maison pour la vie.

Les orphelins de Karine

Une fois par jour, minimum, Karine Leblanc St-Ours entre dans une pièce de sa maison réservée à des sans-abri.

Se sachant épiée, elle s’assoit sur le plancher et attend. Cinq, dix, voire trente minutes. Ce n’est jamais pareil. Ça dépend des portées

Il lui arrive de consulter son portable pour passer le temps et montrer qu’elle n’est pas pressée de s’en retourner. Habituellement, ça marche. Un museau moustachu finit par s’approcher sur la pointe des pattes, imité par un deuxième et un troisième. Karine se laisse renifler, puis se relève comme si de rien n’était. Ni vue ni connue.

Avec un peu de chance, à sa prochaine visite dans quelques heures, les chatons se laisseront frôler du bout des doigts. Demain, elle pourra peut-être en prendre un dans ses bras et après-demain, l’entendre ronronner dans le creux de son cou.

Inutile de mettre de la pression. La confiance se gagne lentement, mais une fois acquise, elle est absolue.

Les chiens et les chats en difficulté ont aussi leurs familles d’accueil pour les aider à reprendre du poil de la bête avant d’être mis en adoption par une Société protectrice des animaux.

Depuis 2012, Karine et son conjoint, Bobby-Kent Duval, ont hébergé une soixantaine de pensionnaires, surtout des chatons errants ou abandonnés par l’humain dans une boîte en carton.

Récupérés par la SPA Mauricie, ils sont à peine sevrés, parfois malades et très souvent jamais socialisés. Ces chiens et chats partent de loin. Ils ont tout à apprendre, à commencer par se faire dorloter.

Bouboule m’attend à la porte d’entrée. Avec son regard irrésistible de golden retriever, le chien se laisse caresser derrière les oreilles avant de marcher sur mes talons.

«Bouboule», c’est pour les boules de poil qu’il avait au moment d’être adopté, à l’hiver 2013. Le pauvre était dans un état physique et psychologique lamentable.

«Il errait depuis six mois quand la SPA a réussi à l’attraper. Il était magané... On pense que Bouboule a été battu. Il avait terriblement peur en tout cas, au point d’hyperventiler et de tomber pratiquement dans les vapes. Quand la visite arrivait, il allait se cacher dans la garde-robe. Au début, il ne voulait pas manger. J’avais beau lui sortir les saucisses à hot-dog et le bacon, rien ne marchait.»

Heureusement, c’est chose du passé. À force de patience, Karine a fait un miracle. Le chien n’est plus le même. Une boule d’amour. Un puits sans fond.

C’est avec lui que je suis montée à l’étage pour faire la connaissance des quatre chatons nouvellement arrivés dans la chaumière. Apprécié pour sa gentillesse, Bouboule a le mandat de se laisser sentir tranquillement et rassurer les pensionnaires qui feront éventuellement connaissance avec les deux autres chiens de la maison, Eska en tête.

C’est grâce à cette femelle husky si Karine et les siens sont devenus une famille d’accueil. La chienne leur a été confiée avec ses six chiots qui venaient d’être jetés à la rue, en plein centre-ville de Trois-Rivières.

Les petits n’avaient pas fini de téter leur mère. Il fallait les laisser vieillir encore un peu, dans un lieu plus tranquille qu’un refuge, avant de leur trouver un foyer permanent.

«Mais elle, elle reste avec nous», a décidé Bobby en croisant le regard de la chienne qui avait terriblement besoin d’être maternée aussi.

Eska a aujourd’hui environ 9 ans et suit son Bobby partout, tout le temps. Elle est devenue la meilleure amie de l’homme qui, pour lui exprimer à son tour sa gratitude, a fait tatouer l’empreinte de sa patte sur sa main gauche.

Karine Leblanc St-Ours tape dans ses mains alors que je suis accroupie près d’elle, à essayer d’attirer un chaton en train de m’observer. J’ai sursauté. Pas lui.

Elle m’explique: socialiser un futur animal de compagnie suppose de l’éveiller aux bruits ambiants, aux odeurs et aux objets. Ça peut vouloir dire passer l’aspirateur dans la même pièce que lui, claquer la porte, laisser le chien japper en sa présence, actionner le mélangeur, lui faire monter et descendre les escaliers, le prendre dans ses bras un peu maladroitement, comme le ferait un enfant de 4 ans susceptible de devenir son futur meilleur ami.

«On veut que les chatons s’habituent. Un jour, ils seront séparés et adoptés. Ils seront alors en zone connue.»

À force de lire sur le sujet, de suivre des cours et de poser des questions, Karine a développé sa propre expertise en comportement animal. Elle comprend leur langage, ce qui facilite de beaucoup le passage de ses pensionnaires de sa maison à la vôtre.

Si votre minou a été adopté à la SPA et qu’il n’a pas détruit votre canapé, c’est qu’il a peut-être appris les bonnes manières auprès de celle qui a les chatons à l’oeil le jour où ils sortent de la pièce pour aller explorer le reste de sa maison.

«Je m’assure qu’ils font leurs griffes à la bonne place.»

La SPA fournit tous les articles de base (nourriture, bols, litière, soins vétérinaires), mais être une famille d’accueil, c’est donner du temps et des soins sans compter.

C’est aussi recevoir de l’affection. Au centuple.