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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Le docteur Jacques Diamond vient d’avoir 100 ans. Le chiropraticien a pris sa retraite à 96 ans et 5 mois.
Le docteur Jacques Diamond vient d’avoir 100 ans. Le chiropraticien a pris sa retraite à 96 ans et 5 mois.

Le monument silencieux

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CHRONIQUE / Vivre jusqu’à 100 ans et en relative bonne santé, c’est de plus en plus un objectif atteignable. Prendre sa retraite à l’âge de 96 ans et 5 mois, on ne parle pas du tout de la même chose. Sauf en ce qui concerne Jacques Diamond, seul dans sa catégorie.

Si la fragilité de la vieillesse n’avait pas fini par le rattraper, le docteur en chiropratique aurait continué de descendre l’escalier menant à son bureau, au sous-sol de sa maison. Il s’appliquerait à soulager les maux de tête, les raideurs au cou, les tensions aux épaules, les douleurs au dos... Et bien plus encore.

Celui qui, même centenaire, peut se vanter de ne pas avoir besoin de lunettes ni d’appareil auditif a dû se laisser convaincre d’arrêter de travailler en juillet 2017, après une carrière échelonnée sur quelque 68 années.

«Il y en a qui prennent leur retraite à un âge bien plus jeune que vous!», lui ont répété ses proches en sachant pertinemment à quel point il avait encore du plaisir à exercer sa profession.

De sa première à sa dernière journée de travail, le docteur Diamond avait hâte d’aller à la rencontre de ses patients qu’il prenait le temps d’écouter avant de traiter leurs symptômes.

Les plus fidèles ont été au rendez-vous pendant plus de 40 ans. Une amitié est née avec certains d’entre eux.

«Comment vas-tu? Parle-moi de toi!», disait-il à chaque personne qui le consultait.

Jacques Diamond avait eu cette délicatesse à mon égard lors de notre première rencontre, en 2011.

Il venait d’avoir 90 ans et pratiquait son métier avec le même enthousiasme qu’à ses débuts, en 1949, après ses études au Collège Palmer, aux États-Unis.

L’homme m’avait raconté son histoire entre deux patients «à ajuster», en prenant soin aussi de me partager quelques judicieux conseils pour vieillir en santé.

Il savait notamment éviter les pièges du stress et ses contrecoups sur le corps.

«C’est ici que ça se passe, entre les deux oreilles. Je suis un type de nature très positive. Je ne m’en fais pas pour rien et ça m’a toujours bien servi.»

Dix ans plus tard, alors qu’on parle chaque jour des séquelles physiques et psychologiques de la pandémie, cette recommandation prend tout son sens.

«Jacques savait écouter au-delà des mots. Il se souciait de ses patients et de leur santé dans sa globalité», souligne André-Marie Gonthier, professeur retraité au département de chiropratique de l’Université du Québec à Trois-Rivières, le seul établissement en Amérique du Nord où le programme de doctorat est offert en français.

Le docteur Diamond a eu 100 ans le 12 février et sa famille chiropratique de partout au Québec a tenu à souligner l’exceptionnelle longévité de sa carrière, quitte à le faire en ligne en raison de la crise sanitaire actuelle.

Pour l’occasion, une tablette a été offerte à ce bâtisseur qui n’a jamais utilisé d’ordinateur, préférant faire confiance à sa propre mémoire et noter ses observations à la main, sur des petites fiches identifiées au nom de chacun de ses patients.

L’homme a souri en guise de remerciement aux membres de sa confrérie qui sont apparus dans l’écran entre ses mains.

Sa nièce Lise Diamond était présente aux côtés de celui qui, depuis peu, vit dans un CHSLD de Trois-Rivières.

«Vous pouvez leur parler. Les gens vous voient et vous entendent aussi», lui a gentiment expliqué la proche aidante.

La colonne vertébrale n’a pas de secret pour son oncle, mais les nouvelles technologies, un peu plus. Cela peut se comprendre. Il vient d’avoir 100 ans après tout.

Les chiropraticiens Monique Fournier et Richard Giguère ont organisé cet hommage virtuel envers leur senior, un «monument silencieux», a ajouté André-Marie Gonthier avec admiration.

On avait prévu une flûte de champagne pour le chiro et ses invités à distance, dont Sylvie Des Ruisseaux, directrice générale de l’Association des chiropraticiens du Québec.

«Vous ne vous appelez pas Diamond pour rien. Vous êtes un diamant pour la profession!»

Ces derniers jours, le doyen a reçu quelque 200 courriels de bonne fête. Des témoignages de reconnaissance lui sont également parvenus de la France.

Caroline Julien s’est adressée à lui en direct de la tablette, avec respect et affection.

«Vous êtes le premier centenaire à qui je souhaite bon anniversaire!»

La jeune femme était une étudiante au doctorat en chiropratique de l’UQTR la première fois qu’elle a rencontré le docteur Jacques Diamond.

Quelques années plus tard, la chiropraticienne a eu le privilège de le remplacer pendant l’un de ses rares congés. C’est comme ça qu’elle a pu rencontrer ses patients depuis plus de 40 ans, les soulager pour lui.

«J’étais en début de pratique et tellement impressionnée!»

Quand, à son tour, le doyen a eu besoin de traitements en chiropratique, c’est vers elle qu’il s’est naturellement tourné.

«Et quand vous veniez à la clinique, vous m’appreniez encore des choses!», lui a-t-elle rappelé.

Le chiro a souri de nouveau, sans rien ajouter.

«Je fais ça par amour pour le monde», m’avait confié le docteur Diamond il a dix ans, avec le souhait de demeurer «utile le plus longtemps possible», avait-il aussi mentionné, les yeux brillants comme sur cette photo.

Objectif atteint. Il continue de servir. Par son exemple.