Se sachant en fin de vie, Mélissa Fay souhaite vivre du temps de qualité avec sa famille et ses amis.

Le choix de Mélissa

CHRONIQUE / Mélissa Fay amorce son dernier droit. Elle le sait. Son mari et leurs deux enfants aussi. Ils ne se cachent rien tous les quatre. Maman prépare doucement sa fin de vie.

Atteinte d’un cancer incurable qui ne lui laisse aucun répit, la femme de 36 ans consacre le temps et l’énergie qui lui restent à savourer chaque petit et grand moment avec les siens.

L’espoir d’une guérison a fait place à l’acceptation.

«Après plusieurs semaines de réflexion, à m’être isolée de tout mon monde, pour ne pas être influencée, j’ai décidé d’arrêter de me battre. Pour moi, vivre, ce n’est pas survivre. Je sais que plusieurs d’entre vous allez me juger. Que plusieurs d’entre vous auraient tout essayé, tous les traitements possibles pour essayer de remporter cette guerre contre le cancer. Mais moi, je tire ma révérence. Je n’ai plus de qualité de vie et ça ne reviendra plus jamais comme c’était...»

C’est ainsi que commence le texte coup de poing que Mélissa vient de publier sur son blogue qu’elle a créé en mai dernier pour mieux comprendre et exprimer ses émotions face à cette épreuve.

«La décision la plus difficile de ma vie!» est le titre de ce qui sera son dernier texte. Mélissa y règle ses comptes avec le cancer tout en nous partageant son dialogue intérieur, sans filtre, avec lucidité et sensibilité.

Difficile de ne pas être bouleversé par cette femme qui s’éloigne de la colère pour exprimer sa reconnaissance envers ses «plus parfaites 36 années»...

Mélissa a eu une enfance heureuse, a rencontré l’homme de sa vie, a mis au monde deux merveilleux enfants, a eu une carrière stimulante, s’est entourée d’inséparables amis...

Elle n’a aucun regret, que de la fierté.

Comme leurs parents, Molly et Nolan font preuve de beaucoup de courage. «Ils sont tellement compréhensifs», soulignent Mélissa Fay et Frédérick Lemire.

Des milliers de lecteurs ont parcouru son texte. Mélissa ne s’attendait pas à autant de réactions. Les nombreux messages qu’on lui achemine agissent sur elle comme un puissant baume sur le cœur.

Des personnes également malades lui écrivent. Des conjoints. Des parents. Des hommes et des femmes en parfaite santé aussi.

«Depuis que je partage mon histoire, il n’y a que du positif qui en ressort. Je sens vraiment que ça aide les gens. Plusieurs me disent que je les fais réfléchir. Je ne réponds pas à tout le monde, mais je lis tout le monde.»

Le visage gonflé par la cortisone, Mélissa a demandé à ne pas être photographiée durant l’entrevue, préférant me remettre des portraits où elle se voit sous des jours meilleurs, avec ou sans ses cheveux.

La routine de janvier a repris même si le sapin de Noël trône toujours, majestueusement, dans un coin du salon. La lumière du jour, éblouissante ce matin-là, se faufile à travers les stores baissés, obligeant Mélissa à porter des lunettes de soleil.

Assise dans un fauteuil lui permettant d’étendre ses jambes qui n’ont plus la force d’avant, la jeune femme ressent continuellement des étourdissements. Tout naturellement, elle poursuit la conversation sur la vie, la mort et cette vague d’amour sur laquelle elle se laisse porter en pensant à ses enfants.

Molly, son «mini-moi» qui a notamment hérité de sa force de caractère, est âgée de 11 ans. Nolan, le «petit clown hyper doué», a 8 ans. Ils étaient à l’école lors de mon passage à la maison où leur père, Frédérick Lemire, est le parfait proche aidant, souligne Mélissa avec tendresse.

«Proche aimant», s’empresse-t-il de la corriger gentiment.

Mélissa avait 33 ans au moment d’apprendre qu’elle était atteinte du cancer du sein, un diagnostic qui a nécessité une mastectomie partielle du sein gauche. Il s’en est suivi une série de traitements préventifs – chimiothérapie et radiothérapie – pour celle qui a progressivement repris son travail de webmestre à l’Agence du revenu du Canada.

À pareille date l’an dernier, la maladie semblait chose du passé. En avril, Mélissa et Fred sont partis en amoureux sous le soleil des Caraïbes. Cette semaine de rêve était plus que méritée.

Affectée, au retour, par des problèmes de digestion, la résidente de Shawinigan a d’abord cru qu’elle avait ramené un virus sans conséquence dans ses bagages. Mais les douleurs au ventre ne sont pas allées en diminuant. Mélissa avait terriblement mal aux côtes et de la difficulté à respirer. «Je suis rentrée à l’urgence.»

Avant d’en ressortir avec un diagnostic de cancer du sein métastatique de stade 4…

Des cellules cancéreuses s’étaient propagées au niveau du foie, des métastases qui ont récemment atteint le cerveau. Mélissa a subi une opération pour stopper leur progression, mais elle ne se fait pas d’illusion.

«Dans mon esprit, il me reste quelques mois.»

Chaque jour et chaque heure serviront à faire le plein de souvenirs avec ses proches.

«J’ai besoin de ces quelques mois pour finaliser ma boucle... On ne sait pas quand la grosse souffrance arrivera.»

Mélissa, Frédérick et leurs enfants reviennent tout juste d’un voyage en République dominicaine. Une décision de dernière minute qui a pu être prise grâce à une collecte de fonds organisée ces derniers mois par l’entourage de la petite famille éprouvée.

C’est de là-bas que Mélissa a écrit son dernier texte. Un premier jet rédigé sur son cellulaire pendant que Fred et les enfants étaient sortis pour une visite.

«Ça m’a pris du temps avant de peser sur le piton. Je le trouvais moins positif que mes autres textes. J’avais peur de me faire juger, mais en même temps, je voulais que les gens me comprennent.»

Mélissa prépare son départ pour mieux reprendre le contrôle de sa vie.

Elle désire, le jour venu, obtenir l’aide médicale à mourir. La jeune femme souhaite repousser ce moment le plus tard possible afin de pouvoir faire tout ce qu’elle doit planifier d’ici là.

Mélissa veut, avant toutes choses, écrire à l’avance des cartes d’anniversaire pour ses enfants, de même qu’enregistrer des vidéos qu’ils pourront écouter à différentes étapes de leur vie.

«Je sais ce que je veux leur dire, mais ça va être dur à faire...»

Mélissa essuie ses larmes puis, souriante, ajoute avoir déjà prévu un karaoké pour la réception qui suivra ses funérailles.

Tous ceux et celles qui la connaissent ne seront pas surpris qu’elle ait eu une telle idée.

En mai dernier, au lendemain d’un grave diagnostic de cancer, Mélissa Fay a créé un blogue dans lequel elle partage ses émotions face à la maladie.

«Je veux que ce soit un party, une célébration de ma vie!»