Marie-Pierre Lefebvre a lancé un avis de recherche dans l’espoir de retrouver sa grand-mère biologique.

Grand-mère biologique recherchée

Pierre Lefebvre n’a jamais exprimé le souhait de retrouver sa mère biologique. Pas ouvertement en tout cas.

«Tu feras ça quand je serai mort.»

C’est ce qu’il a répondu, le ton blagueur, à sa fille qui s’était permis de lui dire: «Fais-le donc papa!»

Marie-Pierre entrait dans l’adolescence. Avec sa mère, elle ne ratait jamais les retrouvailles de Claire Lamarche où des gens se présentaient à la caméra dans l’espoir de retracer un parent, un enfant, un ami...

Touchée par ces appels à tous en direct, la jeune fille aurait tellement aimé que son père se décide, lui aussi, à tenter sa chance.

Mais non.

Pierre Lefebvre changeait de pièce lorsque commençait l’émission de télévision, préférant vaquer à d’autres occupations que d’assister à ce condensé d’émotions dans un enchaînement de gros plans.

Sa fille n’insistait pas.

«Mon père ne parlait jamais de son adoption. Je ne sais pas pourquoi. Il avait ses raisons et je ne posais pas de questions.»

Est-ce qu’il en aurait été autrement si l’homme avait su ce qui allait se passer peu de temps après cet épisode sur une route enneigée de l’Abitibi où vivait alors la petite famille?

Lui seul le sait.

«Mon père est décédé dans un accident de voiture le 28 janvier 1994, à l’âge de 41 ans.»

Pierre Lefebvre a été adopté à l’âge de 9 mois et avait 41 ans lors de son décès.

Vingt-quatre ans plus tard, Marie-Pierre recherche la mère biologique de celui-ci. Or, si son souhait est tout à fait justifié, les retrouvailles avec cette grand-mère inconnue ne sont pas chose faite.

La femme de Trois-Rivières détient peu d’information sur les origines de son père, encore moins sur celle qui l’a enfanté.

«Je ne sais même pas si elle est vivante ou non.»

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C’est ce samedi 16 juin qu’est entrée en vigueur la nouvelle loi 113 sur l’adoption. Les modifications qui sont apportées au Code civil lèvent le secret sur des renseignements longtemps restés confidentiels.

Une personne adoptée a notamment la possibilité de faire une demande pour connaître son nom d’origine et l’identité de ses parents biologiques décédés depuis plus de douze mois.

Si ces derniers sont toujours vivants, ils bénéficient d’un délai d’un an pour inscrire un refus de divulgation (qui prend fin le jour de leur décès). À ce stade-ci, l’enfant adopté doit patienter jusqu’au 16 juin 2019 pour demander à avoir accès à son dossier.

Sauf avis contraire, Marie-Pierre Lefebvre ne peut invoquer ces nouvelles dispositions pour en apprendre un peu plus sur cette grand-mère qui aurait 83 ans aujourd’hui.

«Mon père étant décédé, je n’ai malheureusement aucun droit de recherche officiel. Je ne suis que la petite-fille, et non l’enfant directement adopté.»

Ses options sont limitées. Elle peut toujours laisser son nom au Mouvement Retrouvailles, ou encore aux Services aux origines de la Mauricie et du Centre-du-Québec, mais rien ni personne ne peut lui garantir que la mère de son père ou un membre de la famille, une tante par exemple, se manifestera.

Il lui reste donc Facebook.

C’est ce que Marie-Pierre a fait, en janvier dernier, sous les encouragements de sa fille Éléonore, 15 ans, qui semble avoir repris les paroles de sa mère au même âge.

«Vas-y maman! Fais-le. Tu n’as rien à perdre.»

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L’émission de Claire Lamarche n’existe plus depuis longtemps, mais à l’ère des réseaux sociaux, quelque 6400 «Colombo» ont déjà relayé l’avis de recherche qui commence comme suit: «Mon père s’appelait Pierre Lefebvre. Il serait né le 13 octobre 1952, à l’hôpital Sainte-Marie de Trois-Rivières, sous le nom de famille Lajoie (Yves, mais je ne suis pas certaine)...»

Pierre Lefebvre a été adopté à l’âge de 9 mois par un couple de Saint-Boniface aujourd’hui décédé, Adrien Lefebvre et Rollande Désilets. Celle-ci aimait son fils plus que tout, mais a donné peu de détails sur l’arrivée du garçon dans sa vie.

Pendant plusieurs mois après l’adoption, sa mère biologique, qui avait seulement 17 ans lors de l’accouchement, prenait régulièrement de ses nouvelles par l’entremise des religieuses.

«Comment il va? A-t-il commencé à marcher?», demandait l’adolescente dans des lettres auxquelles elle avait l’habitude de joindre un cadeau.

Marie-Pierre est persuadée de ceci: «Elle ne voulait pas se séparer de son bébé. Elle a dû le donner contre son gré.»

Les parents adoptifs de Pierre Lefebvre ont fini par couper les ponts. Quant aux documents entourant la naissance de leur fils, il ont été détruits, ce qui n’est rien pour aider sa fille qui n’a aucune autorisation écrite attestant que son père lui a permis d’amorcer les recherches après son décès.

«Je suis dans le néant.»

Cette grand-mère s’est-elle déjà confiée sur l’enfant qu’elle a mis au monde il y a 65 ans? Sait-elle ou a-t-elle su que son fils a perdu la vie?

Marie-Pierre Lefebvre est consciente que ses démarches pourraient bouleverser l’existence de cette femme qu’elle ne juge pas. Bien au contraire. Elle-même maman de trois enfants, la Trifluvienne n’ose imaginer ce que cette mère a pu ressentir en abandonnant son bébé dans les bras de quelqu’un d’autre.

«C’est horrible! Ça a dû lui arracher le coeur.»

Pour Marie-Pierre, retrouver sa grand-mère, c’est découvrir à qui elle pourrait ressembler. Connaître son identité, c’est également avoir accès à ses antécédents médicaux, à son propre bagage génétique.

«Si mon père n’était pas mort dans un accident d’auto à 41 ans, est-ce qu’il serait mort de l’Alzheimer? Aurait-il eu des problèmes cardiaques? Un cancer? Je n’en ai aucune idée.»

Marie-Pierre est en droit de se poser toutes ces questions. Pour elle, pour ses enfants, pour les enfants de ses enfants.

Sauf que les réponses tardent à venir même si son avis de recherche a été partagé des milliers de fois.

«Je comprends que mes chances sont minces, que je suis peut-être trop tard, mais peut-être qu’un membre de sa famille est au courant de l’existence et de la mise en adoption de mon père.»

Un début de réponse se trouve peut-être ici aussi. On ne sait jamais.