Les risques sont minimes que «Bella» se retrouve un jour sur la page Facebook administrée par Johanne Bernier qui vient à la rescousse des chiens et chats perdus. De leurs maîtres aussi.

Chien perdu, chat trouvé

Quand ce n’est pas Minou qui manque à l’appel, c’est Pitou qui est parti en cavale.

Si vous êtes un habitué des réseaux sociaux, vous l’avez remarqué aussi. Il se passe rarement une journée sans qu’une photo d’un museau surgisse sur votre écran avec la mention «disparu».

On se croirait le jour de la marmotte avec tous ces messages visant à nous informer qu’un tel recherche désespérément son fidèle compagnon pendant qu’un autre a réussi à agripper un animal de compagnie laissé à lui-même.

Avant, on apposait le portrait de l’ami à quatre pattes sur un poteau de téléphone pour mobiliser le quartier. Aujourd’hui, sa truffe est partagée telle une alerte Amber sur nos cellulaires.

Bref, ça n’arrête pas. Les refuges peuvent bien être débordés.

Johanne Bernier confirme l’impression générale. «C’est incroyable le nombre de chiens et de chats perdus! J’ai des nouveaux cas chaque jour.»

Surtout en cette période de l’année.

La saison des déménagements est amorcée avec, malheureusement, son lot d’abandons. Il y a également toutes ces personnes bien intentionnées mais qui, par inexpérience, négligence ou malchance, découvrent avec stupeur que leur canin ou félin s’est poussé par la porte-fenêtre laissée entrouverte.

Johanne Bernier administre la page Facebook «Animaux perdus/trouvés Mauricie/Centre-du-Québec» qui compte plus de 5000 abonnés. C’est ici que sont diffusés les avis pour retracer le Fido en fugue ou permettre à un Mistigri amaigri de rentrer sagement à la maison.

En plus de son travail dans une résidence pour personnes âgées, la femme de Trois-Rivières passe une cinquantaine d’heures par semaine à éplucher et à transmettre les signalements qui lui tombent sous la main. Au besoin, elle se déplace sur le terrain pour mener les recherches.

Toutes ces heures consacrées à tenter de réunir l’homme, la belle et la bête sont entièrement bénévoles.

«J’aime les animaux.»

On avait deviné.

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Un chihuahua et un teckel m’accueillent en jappant dans la cour clôturée d’un duplex à deux pas du centre-ville. C’est ici qu’habite celle qui ne veut pas montrer son visage sur la photo illustrant cette chronique.

Johanne Bernier a déjà fait l’objet de menaces, du genre «Je vais te casser les jambes», après avoir fourni de l’information permettant de retracer un animal soi-disant trouvé, mais volé.

La femme a du flair pour déceler sur Internet le chien ou le chat «à vendre» qui, dans les faits, est toujours recherché par ses véritables propriétaires. Telle une détective privée, elle recueille les preuves au grand dam de celui qui se défend: «Je l’ai trouvé. Je le garde.»

Or, ça ne fonctionne pas comme ça et c’est écrit noir sur blanc sur le site de la Société protectrice des animaux: si vous avez trouvé un animal errant, vous devez le signaler immédiatement et le remettre sans délai.

Mais revenons à nos moutons.

Avec les années, Johanne Bernier a développé une expertise certaine dans l’art de retrouver les toutous qui ont pris la poudre d’escampette. Elle a adapté une technique développée par les chasseurs qui peuvent perdre la trace de leurs chiens entraînés pour pister le gibier mort ou blessé.

Les conseils de la dame s’appliquent à tous, même au caniche qui a pris le large dans une ruelle.

Laisser un de vos vêtements à l’endroit où «Princesse» a été vue la dernière fois. Mettez de la nourriture aussi, peu importe qui la mangera.

«Le but est d’ancrer le chien au même endroit.»

Le maître doit revenir sur les lieux de la disparition à heures spécifiques, généralement quand le chien a l’habitude de sortir faire ses besoins ou d’avoir sa ration.

Si celui-ci a sauté la clôture pendant que vous étiez occupé à désherber votre plate-bande, vous procédez de la même façon, à une exception.

Vous laissez un vêtement et son coussin sur la galerie, mais pas la bouffe. «Il sait que ses croquettes sont à l’intérieur de la maison. Il va rester couché sur la galerie.»

Johanne Bernier soutient que le taux de réussite est élevé. Des gens lui écrivent pour lui annoncer que leur fugueur est entré à 3 h du matin.

Parlant d’oiseau de nuit, elle fait remarquer que le chat en fuite rapplique souvent à la noirceur. Mettre sa litière souillée sur le perron peut le convaincre de rentrer au bercail. Les félins vagabondent moins loin que la race canine.

Johanne Bernier a déjà été appelée à intervenir pour un chien qui venait d’échapper à la surveillance de sa nouvelle maîtresse. Dans sa panique, le pauvre animal s’est réfugié dans un boisé pour ne plus vouloir en sortir.

«La pire chose à faire, c’est de courir après pour essayer de l’attraper. Il risque de nous échapper et de changer de secteur.»

Il lui aura fallu cinq jours, à raison de six heures par jour, avant de repérer le chien. Patiemment, sans jamais le fixer dans les yeux et en se mettant à sa hauteur, elle a réussi à s’en approcher.

Les saucisses à hot-dog et des carottes ont été d’une aide précieuse pour lui mettre la patte dessus.

Quand le chien a finalement croisé le regard de la dame, il a baissé la garde et ça a cliqué entre eux.

«J’ai eu droit à des coups de langue.»

En terminant, très mauvaise idée que d’amener Pitou, la fin de semaine prochaine, aux festivités de la Saint-Jean.

Inutile d’insister, votre ami qui ne se sépare jamais de vous n’apprécie pas le spectacle. Il a peur des pétarades comme de l’orage.

Johanne Bernier constate que plusieurs cas de chiens perdus sont signalés au lendemain des feux d’artifice. Ce qui lui fait dire...

«Pour leur sécurité, les toutous restent à la maison, bien tranquilles, à l’abri du bruit et de l’agitation.»