Notre chien est toujours le plus beau, le plus fin et le plus gentil, mais il reste un chien.

Attention, chien (pas toujours) gentil!

CHRONIQUE / J’ai un chien, le plus gentil des toutous. C’est un goldendoodle, le croisement entre un golden retriever et un caniche. Une peluche vivante de 15 kilos qui répond aux commandes «assis-couché-reste-pirouette». C’est une femelle, une dépendante affective, une thérapeute qui s’ignore.

Mon chien adore jouer avec les amis chiens. Sauf avec le yorkshire-terrier.

Pour une raison qui m’échappe, il se métamorphose en une bête féroce en présence de ce chien à peine plus gros qu’un écureuil. Un jour, j’ai dû m’excuser auprès d’une dame âgée qui marchait tranquillement en notre direction avec son animal de compagnie.

En apercevant ce minuscule congénère à quelques pas de nous, mon chien s’est étranglé au bout de sa laisse que je tenais solidement à deux mains pour l’empêcher de bondir sur sa proie. Frustré, il s’est mis à aboyer et à grogner comme jamais auparavant. J’avais beau lui ordonner de se calmer, rien à faire. La honte.

«Désolée madame! Je ne sais pas ce qui lui prend. Mon chien ne ferait pas de mal à une mouche!»

Je n’ai pas réussi à rassurer la femme qui, sans rien dire, a froncé les sourcils, a pris le yorkshire dans ses bras et a changé de côté de rue.

J’aurais fait pareil à sa place. Mon chien a beau être le plus gentil des toutous, il reste un chien. Mignon et imprévisible.

Si je vous raconte cette banale anecdote, c’est pour parler de l’humain qui oublie trop souvent qu’il est responsable des agissements de son chien. Partout et tout le temps. Peu importe la race ou le croisé. Du chihuahua au goldendoodle en passant par le pitbull. Surtout le pitbull.

C’est dommage pour lui, mais ce dernier a mauvaise presse. À tort, dénoncent les uns. À raison, rétorquent les autres. En avoir un, je doublerais de prudence pour lui donner la chance de rétablir sa réputation de chien dangereux qui ne le quitte pas d’une semelle.

On en a eu la preuve cette semaine à Trois-Rivières, avec le témoignage d’une femme qui a été blessée en voulant protéger son chien de l’attaque d’un chien «de type pitbull» qui s’était échappé de la cour d’une résidence.

Quelqu’un a manqué à ses devoirs ici, et ce n’est certainement pas cette dame qui marchait avec son braque de Weimar tenu en laisse. Lui aussi a été gravement mordu.

Ce qui m’amène à vous raconter la fois où un chien à la gueule patibulaire a attaqué mon goldendoodle.

C’était en plein hiver. Il faisait un froid polaire dans ma paisible banlieue. Habillée comme un ours, je suis sortie me balader avec mon pitou que j’avais exceptionnellement habillé d’un manteau pour chien.

Vous allez me dire qu’un chien n’a pas besoin d’un parka pour se protéger du froid. Peut-être, mais cette fois-là, c’est heureusement le vêtement qui a été déchiré par les crocs du molosse sans maître et hors de contrôle.

Le chien en question était sorti de nulle part, plus précisément d’un garage dont la porte était demeurée grande ouverte. Un oubli.

Toujours est-il qu’en nous voyant marcher au loin, le cabot a couru au milieu de la rue pour foncer directement sur nous. Tenue en laisse contrairement à l’ami qui n’en était pas un, ma chienne avait déjà deux prises contre elle quand le traître en a profité pour lui sauter sur le dos.

Paniquée, j’ai crié à l’aide. Sans réponse et sous l’effet de l’adrénaline, j’ai balancé un coup de pied au fou furieux agrippé au manteau de mon chien couché au sol, totalement dominé et terrorisé.

Vraisemblablement surpris par l’impact de ma botte, il a lâché sa prise pour retourner là d’où il venait, comme si de rien n’était.

Quand j’ai sonné à la porte de la maison, c’est une grand-mère (ou peut-être la gardienne) d’un bambin de 2 ou 3 ans qui est venue me répondre.

La femme ne s’était jamais rendu compte que le maître canin des lieux venait de fuguer par la porte d’en arrière pour s’en prendre dangereusement au premier venu dans son champ de vision.

Elle s’est excusée. Ne comprenait pas. Son chien n’avait pas l’habitude d’être méchant. Et blablabla.

Je ne me souviens pas si elle m’a dit qu’il ne ferait jamais de mal à une mouche, mais je suis certaine d’avoir froncé les sourcils en tournant les talons avec mon pitou tremblant à mes côtés. La promenade était terminée.

Ça m’a pris six mois avant d’emprunter de nouveau cette rue où il y a eu plus de peur que de mal. D’autres n’ont pas eu ma chance et gardent de profondes cicatrices de leur rencontre fortuite avec un chien imprévisible.

N’empêche que depuis cet épisode dont je me serais passée volontiers, je redoute, et souvent sans raison valable il est vrai, les chiens qui se promènent librement dans les sentiers pédestres ou sur les terrains qui ne sont pas clôturés.

C’est moche, mais c’est comme cela.

En fait, je me méfie des propriétaires qui échappent à leur obligation de surveiller leur animal en permanence, d’assumer les dommages que celui-ci peut causer et qui, surtout, refusent d’admettre qu’un chien, même le plus gentil des toutous, reste un chien.