Je te salue Mariana

CHRONIQUE / Très peu de gens le savent, mais mes dents ne sont pas parfaites. Non. Je n’ai pas une occlusion idéale, comme on dit. Au contraire, je « souffre » d’une malocclusion de type classe II, division 1.

En français, ça veut dire que ma mâchoire inférieure est un peu trop reculée par rapport à ma mâchoire supérieure, ce qui fait que j’ai les dents d’en haut un peu plus avancées. Pas digne de Freddie Mercury ou encore de Bugs Bunny, mais comme... très peu de gens payés pour passer à la télé, finalement. Très peu, parce que la plupart ont les dents impeccablement alignées. Comme s’ils avaient tous consulté le même spécialiste travaillant avec le même moule.

Bon, hormis une poignée de célébrités qui arborent un diastème au niveau des incisives, la fameuse craque entre les dents dans laquelle on aimerait bien essayer de glisser un 2 $ et « qui fait donc leur charme », tous ont une merveilleuse dentition. Truc indispensable au HD comme au 4K, j’imagine. Et que dire de la blancheur...

Moi, j’ai la palette gauche qui pointe vers la droite et les canines du haut un brin proéminentes, mais vous savez quoi, je l’assume. Ce petit défaut de fabrication, il ne m’a jamais complexée.

Pourquoi alors sortir ma dentition douteuse du placard aujourd’hui ? Justement pour croquer à pleines dents dans ce fameux phénomène qu’est l’acceptation de soi.

Pas facile de s’accepter tel qu’on est, hein gang ?

Et là je m’adresse aux hommes comme aux femmes, car le fait d’être complexé n’est pas un concept exclusivement féminin. Je connais un homme qui ne porte jamais de shorts, même en pleine canicule, tellement il déteste ses genoux. Un autre vit dans le déni face à sa calvitie naissante, pendant que son grand chum fait une chasse maladive des poils qui osent lui pousser dans le dos.

Trop gros, trop petite. Trop de vergetures, de lobe d’oreille ou pas assez de fesses. La grosseur des seins. La longueur des jambes. L’absence ou non de chevilles, etc. On a tous, un jour ou l’autre, chialé sur un aspect de notre apparence physique.

Avoir le privilège de changer quelque chose qui nous gêne sur notre corps simplement en claquant des doigts, on le ferait tous. Personne, j’en suis certaine, ne dirait « Euh, non merci, sans façon ! »

Si c’est le cas alors, si cette réalité est généralisée, comment arriver à s’aimer pour vrai ?

En mettant l’accent sur ce qu’on a de beau. En mettant en valeur nos atouts. En arrêtant de se définir dans le regard des autres et, aussi, en cessant de se comparer aux autres qui, dans 99 % des cas, n’ont pas la même morphologie, le même mode de vie, les mêmes passions et, si vous n’êtes pas encore convaincus, pas la même génétique !

Ce que j’aborde est loin d’être un scoop. Je brasse ici une vieille soupe, mais on dirait qu’il faut toujours répéter la même cassette pour que le message finisse par passer.

Exactement ce qu’a voulu faire Mariana Mazza, la semaine dernière, en publiant une photo d’elle, nue, de dos, la mer comme décor sur sa page Facebook. Même si une photo vaut mille mots, fallait prendre le temps de lire le texte qui l’accompagnait pour comprendre le fond de sa démarche.

« Ça aiderait si on comprenait pleinement que tout ce qui compte, c’est l’attitude qu’on a envers nous. Plus qu’on ose et qu’on assume ce qu’on porte avec ce qu’on est et plus qu’on dégage le bonheur et la bonté », qu’elle écrivait, entre autres.

L’humoriste disait à Patrick Lagacé à la radio avoir de « solides belles jambes », de belles cuisses et de « belles fesses bombées, musclées ». Quand elle l’échappe dans le pain ou des plats de pâtes un mois ou deux, elle dit puffer au niveau du ventre.

Même chose pour moi. Et comme elle, je sais exactement quoi faire pour éviter de ressembler à Kermit la grenouille. « J’ai le contrôle sur comment grossir et maigrir, qu’elle a ajouté. Mon corps, j’ai appris à l’aimer et j’ai appris à bien m’habiller. Je pense que c’est ce qu’il faudrait éduquer aux enfants et aux jeunes : comment vous habiller pour mettre en valeur ce que vous aimez et pas : “J’veux m’habiller comme Ariana Grande !” T’es PAS Ariana Grande ! Sinon, on va être honnête avec toi : des leggings, c’est pas beau avec ta shape ! »

Oui, on devrait enseigner ça dans les écoles. L’économie et le civisme aussi, mais ça c’est un autre sujet.

À celles qui ne portent jamais de jupes pour cacher leurs mollets qu’elles jugent trop développés et ceux qui évitent les sandales pour dissimuler leurs orteils qu’ils considèrent comme trop croches, pensez 30 secondes à Safia Nolin.

La chanteuse a avoué avoir honte de son corps. De la tête aux pieds. C’est dur comme constat.

Malgré tout, dans le vidéoclip de sa toune Lesbian Break-up Song, elle est nue du début à la fin. Et plein d’autres femmes aussi. « J’ai été confrontée à mon désir de vouloir gratter où j’ai peur, d’aller vers ce que je fuis et d’y plonger tête première », qu’elle a écrit en en dévoilant les images pour la première fois.

Qu’on aime l’artiste ou pas, il faut applaudir l’audace de la femme d’oser affronter ses démons. Combien refusent encore de simplement porter un bikini ?

On conseille aux gens gênés de parler en public d’imaginer leur auditoire nu. L’image ferait rire. Pourquoi ? Parce qu’on est tous différents et que, encore du réchauffé qu’on a besoin de se faire resservir de temps en temps : personne, mais là personne, n’est parfait. Pourquoi alors perdre temps et énergie à constamment se comparer ?

Oser montrer sa nudité pour ouvrir les esprits, briser les tabous, célébrer la diversité des corps et faire la promotion de l’acceptation de soi ? Pourquoi pas, que je me dis !

L’important, c’est de s’aimer et de se donner la chance de se découvrir.