Histoire d’une battante

Petite, Hélène aurait pu, comme ses camarades de classe, rentrer de l’école et aller manger un bon sandwich à la confiture devant Bobino ou Marie Quat’Poches. Mais non. La jeune fille allongeait son parcours de marche jusqu’au sous-sol de l’église de la paroisse voisine pour aller s’asseoir au bout d’un long métier sur lequel sa maman tissait une jolie couverture.

Sa mère lui a montré très jeune à coudre et à tisser. Des activités qui, fait-elle remarquer, demandent du temps, de la générosité et de l’amour.

Sa mère, une femme forte, engagée et aimante, elle aimerait l’avoir encore à ses côtés. Surtout depuis qu’on lui a diagnostiqué un cancer du sein. Le gauche. « Celui tout près de mon cœur », illustre-t-elle.

« J’aurais tellement aimé qu’elle masse ma chevelure, moi assise par terre, et qu’elle me redise : Hélène, cela ne peut pas toujours mal aller... Ça va aller... Ça va aller. »

Ces doux souvenirs, la femme, mère et enseignante les raconte dans une lettre fort touchante adressée au cercle de Fermières Sainte-Famille de Granby. Elle les a dépoussiérés pour adresser sa gratitude à toutes ces femmes aux doigts de fée qui confectionnent « avec soin et amour » des coussins destinés aux patients qui, comme elle, reçoivent des traitements en oncologie au Centre hospitalier de Granby.

« Je mets mon coussin à chaque traitement derrière mon cou... Il supporte bien plus que mes muscles... Il me soutient par le souvenir chaleureux de mon enfance et celui, plus actuel, de votre cercle de femmes », leur a-t-elle avoué.

L’organisme ne pouvait recevoir un plus beau merci, que je lui ai fait remarquer.

Je ne peux pas dire que je connais Hélène. On s’est croisées une fois. C’était en janvier 2003. Je couvrais alors l’éducation pour La Voix de l’Est.

À l’époque, la commission scolaire pour laquelle elle travaillait planchait sur l’idée de diviser par cycle la clientèle des écoles primaires d’un petit patelin. Les parents souhaitaient conserver leurs écoles telles quelles et plusieurs profs, dont Hélène, les soutenaient dans leur bataille.

Elle se souvient avoir aimé mes « questions directes ».

« Personne ne voulait vous répondre, qu’elle m’a rappelé. Vous m’aviez jeté un regard et sans doute vous aviez pressenti par votre intuition que je pouvais me lancer. Je prenais la parole publiquement un peu contre mon employeur, mais vous avez eu raison d’insister. Plus de 16 ans plus tard, il m’arrive encore de me référer à ce que j’avais dit, une petite expression, un acronyme que je venais juste d’inventer. »

« C’est nous qui travaillons sur le terrain et qui savons ce qui est bien pour les enfants. Ce que j’aimerais dire aux commissaires c’est “Venez voir, venez dans nos classes !” Comme on le dit dans notre jargon, il faut y aller avec le GBS : le Gros Bon Sens », avait soutenu l’enseignante. Une battante.

Finalement le GBS, les commissaires en avaient fait preuve et la communauté avait pu conserver ses écoles de quartier.

C’était il y a 15 ans !

Selon les dernières statistiques, un Canadien sur deux recevra un diagnostic de cancer au cours de sa vie. Ça en fait du monde.

Qu’Hélène prenne donc le temps, en plein milieu de ses traitements de chimiothérapie, de me partager sa lettre de remerciements aux Fermières, ses souvenirs, ses réflexions, bref son histoire, m’a profondément touchée et inspirée.

C’est clair qu’elle peut donc en inspirer d’autres, ceux qui, comme elle, doivent faire face à la maladie. Pas question que je garde son témoignage pour moi toute seule alors !

Une telle preuve de résilience, de courage et d’espoir, ça se partage.

C’est juste le GBS, non ?

Je souhaite à Hélène, comme ce fut le cas contre les commissaires en 2003, de remporter une fois de plus sa bataille.