« Quand vous donnez une tablette ou un smartphone à votre enfant, en réalité, c’est comme si vous lui donniez une bouteille de vin ou un gramme de cocaïne », affirme Mandy Saligari, une spécialiste des dépendances.

Direct dans le mur

CHRONIQUE / « Quand vous donnez une tablette ou un smartphone à votre enfant, en réalité, c’est comme si vous lui donniez une bouteille de vin ou un gramme de cocaïne. »

Dans l’art de distribuer des claques en pleine face aux parents, on peut dire que Mandy Saligari, une spécialiste des dépendances (addictologue, comme le disent si bien les Français), remporte la palme.

Elle n’y va pas avec le dos de la main morte, comme dirait l’autre.

Ses paroles sont tirées d’un reportage diffusé la semaine dernière sur TV5Monde et intitulé Quand les écrans sont une drogue. Un topo aussi fascinant qu’effrayant.

Je vous raconte.

C’est une marque alimentaire britannique qui, pour promouvoir les repas en famille, a décidé de faire une petite expérience. Elle qui se voulait légère s’est finalement avérée troublante.

Quatre tournages similaires ont eu lieu dans autant de familles à l’heure du repas. Des familles où les enfants sont assis à la table, les yeux rivés sur leur tablette, pendant que les parents préparent le repas. Le but était d’observer ce qui ferait décrocher les petits de leur écran, pendant qu’autour d’eux, la réalité change.

Au début, les parents, tout bonnement, changent les cadres accrochés au mur dans la pièce. Les enfants ne bronchent pas. Après, les mamans sont remplacées par des inconnues qui portent la même couleur de vêtements. Les enfants ne lèvent jamais les yeux. Les frères et sœurs, assis à la table avec les enfants captivés par une application quelconque, sont aussi échangés par des inconnus. Rien.

Ce n’est qu’au moment où le Wi-Fi est volontairement coupé dans la maison que les petits cobayes prennent conscience de ce qui vient de se passer.

La surprise est totale.

Pendant tout ce petit cirque, qui a peut-être duré maximum sept minutes, ils n’ont rien vu, rien entendu. Une bien triste réalité qui préoccupe les spécialistes des dépendances, dont Noel Janice Norton. Selon elle, les effets de tous ces écrans sur le cerveau et l’apprentissage sont similaires à ce qui est observé avec les autres substances créant une dépendance, comme les drogues. « Plus les enfants passent de temps devant leurs écrans, moins ils regardent les autres dans les yeux, souligne-t-elle. Et sans regard direct, on ne lit plus les codes sociaux, donc on n’apprend plus à vivre en société. »

Aïe, aïe, aïe ! Ça fait peur.

Dans la liste des choses qu’un parent souhaite pour ses enfants, apprendre à vivre en société doit être quelque part dans son top 5, entre savoir faire bouillir de l’eau et faire un budget, non ?

En tout cas, dans le nôtre, c’est le cas.

Comme si ce n’était pas assez, les optométristes du Québec viennent de faire part de leurs inquiétudes face à la santé des yeux de nos petits. Trop souvent devant leurs écrans, ils sont de moins en moins exposés à la lumière naturelle, nécessaire au développement de l’œil et à la prévention de la myopie.

Visiblement, nos descendants se dirigent en plein dans le mur !

Comme on avait une petite idée sur le fait que l’utilisation d’écrans à outrance, peu importe le format, n’a rien de bon (ça leur fait perdre un temps fou !) on a décidé mon chum et moi qu’ils étaient interdits à nos filles la semaine. La tablette peut servir pour faire de petites recherches à l’heure des devoirs, mais c’est tout. La télé ? Elles peuvent seulement l’écouter quand une troupe de leur école de danse défend sa place avec fougue à un concours national de hip-hop. Sinon, c’est non. Mais maudit qu’il faut répéter !

Avec les résultats de ce reportage, je me dis toutefois qu’il ne faut pas lâcher.

Au terme du topo, un psychiatre parlait de comportements de certains enfants absorbés par leur tablette, comparables à ceux notés chez plusieurs toxicomanes. Ils repoussent le moment de se laver, de manger, de dormir, etc., disait-il. Ils s’isolent. Du coup, la voix de mes filles se faisait entendre dans mes oreilles : « Tantôt, maman ! » « Pas tout de suite ! » « Demain ! » « Pas besoin ! »

Assises devant YouTube, elles repoussent, procrastinent, oublient. Elles deviennent sourdes et aveugles. Si, en plus, leur torrieux d’iPad est pour devenir une dépendance au même titre que le hasch ou la coke, on va resserrer la vis, je vous en passe un papier. (Je sais, je sais : on est les premiers à blâmer. C’est toujours bien pas le voisin qui leur a acheté ces machines...)

Cette semaine, curieusement, j’ai interviewé deux personnes, de deux générations différentes et de milieux différents qui ont, un jour, touché le fond à cause de la drogue. Aujourd’hui encore, chacune porte en elle des marques profondes. Pire, les deux ont vu la mort de très près.

Merde, personne ne veut ça pour ses enfants.

Pas vrai que nos seuls souvenirs d’eux vont se résumer en une photo sur un ostifi de fond d’écran !