Entre les lignes

Mes pommettes

CHRONIQUE / On marchait de l’Australie vers l’Afrique l’autre jour — au Zoo de Granby — et en voyant des parents forcer comme des bœufs pour faire avancer leur poussette dans le chemin enneigé, les roues allant dans tous les sens sauf le bon, je n’ai pu me retenir d’affirmer à quel point je ne m’ennuyais pas « pantoute ! » de cette époque.

Celle des habits de neige rigides qui transforment les petits en étoiles de mer coussinées. Celle des sièges de bébé, du sac à couches et du parc Fisher-Price qui nous fait ressembler à des mulets. Celle où une sortie en famille demande la location d’une remorque U-Haul.

— C’était-tu si pire que ça ? m’a alors demandé mon ado, perplexe.

— Nooooon ! C’est juste que j’aime-vraiment-beaucoup-ça que vous soyez autonomes et que vous voyagiez léger, que je lui ai répondu, un sourire dans la voix. Des fois, c’est drainant quand vous êtes p’tits. Et l’hiver, avec les poussettes qui n’avancent pas, les bottes à velcro qui tombent, les tuques trop chaudes, les mitaines mouillées et le nez qui coule, c’est sportif. Je ne recommencerais pas.

Deux semaines plus tard — la vie est ainsi faite —, je me surprenais à m’ennuyer du moment où mes filles vivaient dans un monde imaginaire où le jeu et le plaisir prenaient toute la place dans leur tête. Je regrettais ce temps où, simplement en leur disant que j’allais compter le nombre de secondes nécessaire pour faire quelque chose, elles s’empressaient à le faire. J’ai poussé ma luck récemment avec ma petite de neuf ans en lui demandant d’aller chercher quelque chose pour moi au deuxième étage. « Vas-y, mon ti-chat. Maman va compter combien de temps ça te prend ! », que je lui ai lancé avec l’enthousiasme d’une cheerleader des Cowboys de Dallas.

Les yeux qu’elle m’a faits ! J’ai vite remisé mon stratagème inefficace dans la cave. À côté du p’tit pot.

Je me suis aussi ennuyé de la facilité qu’on avait, dans le temps, à chasser leurs ennuis, leurs peurs, leurs chagrins ou leurs angoisses. J’ai regretté les fois où le « becquer bobo » faisait la job. Où la diversion changeait tout.

J’ai souhaité que revienne ce temps où, pour les débarrasser d’un malaise quelconque, je faisais semblant de le prendre dans ma main la plus habile pour le lancer de toutes mes forces par la fenêtre. Geste que je posais de façon théâtrale et que j’accompagnais parfois d’un tour sur moi-même et du mot « Dehooors ! », prononcé très fort. C’était d’une efficacité désarmante. Je ne compte plus le nombre de maux de ventre et de cauchemars qui sont atterris face première dans le trottoir devant chez nous.

Mais c’est fini. Mes trucs ne fonctionnent plus. Les filles ont vieilli. La grande est en pleine adolescence. La petite, elle, vient de franchir l’âge de raison. Et en vieillissant, toutes deux ont, à leur façon, développé de petits maux qui, à une époque pas si lointaine, se manifestaient davantage chez les adultes.

Paraît que la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre. Moi, j’ai donné naissance à deux pommettes anxieuses.

C’est merveilleux de voir grandir et vieillir nos enfants, mais maudit que c’est déchirant de les voir se tourmenter. De voir la détresse dans leurs beaux grands yeux bleus. Pas facile, comme parents, de se battre contre des monstres invisibles. Ô que je me suis souvent sentie démunie! J’ai même déjà rêvé qu’un simple prout sur la bedaine les fasse rire aux larmes, chassant du coup toutes leurs inquiétudes... pour la vie.

Heureusement, divers spécialistes existent pour nous aider à aider nos enfants. Il ne faut pas avoir peur de faire appel à eux. Selon moi, un bon parent est celui qui sait s’entourer des bonnes personnes quand son champ de compétences atteint ses limites.

Un pédiatre qui pratique à la clinique de l’adolescence à l’hôpital Sainte-Justine me disait récemment que 80 % des demandes de consultation concernaient désormais des problèmes d’anxiété de toutes sortes. Je le crois.

Les statistiques aussi le disent que les ados québécois sont deux fois plus anxieux qu’il y a six ans. Plus les filles même. L’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire, une étude réalisée en 2016-2017 auprès de 62 000 jeunes dans 465 écoles secondaires publiques et privées de la province, dévoile que les problèmes de santé mentale sont en hausse depuis 2010-2011 : la proportion d’élèves qui ont un diagnostic de trouble anxieux est passée de 9 % à 17 %. Chez les filles ça monte à 23 %. Chez les garçons ça atteint 12 %.

Avec de l’anxiété dans leur petit baluchon, mes filles font partie de ces statistiques.

Je me console toutefois en me disant qu’on en sait plus aujourd’hui pour les aider. On est plus outillés comme parents. Mais, oui, le temps de garnir notre fameux coffre à outils, c’est long et laborieux. Un mauvais bout à passer. Je le sais, un jour, je vais me surprendre à m’ennuyer de cette époque.

La vie est ainsi faite.

Entre les lignes

Le pouvoir de la liqueur brune

CHRONIQUE / Le phénomène n’a rien à voir avec le fait qu’elle soit technicienne en nutrition, mais de nous deux, ma sœur est la plus granola. La bouffe santé, les fruits et légumes bien élevés, ça l’a toujours intéressée. Elle n’est pas végétarienne, mais elle tend vers ça. Avec un chum végé, le virage se fait naturellement.

Ma sœur brosse ses dents et lave ses cheveux, ses vêtements et sa vaisselle avec des produits écolos. Elle ne mange presque pas des sucreries, ne boit de l’alcool et des boissons gazeuses qu’à l’occasion et fait attention à la quantité de gluten qu’elle ingurgite. Mais, il n’en a pas toujours été ainsi...

Entre les lignes

Tranche de vie

CHRONIQUE / Au bien-cuit de mon ami Patrick pour ses 50 ans, j’ai été estomaquée d’apprendre que depuis presque autant d’années, il mangeait toujours la même chose au déjeuner : une toast au beurre de peanut avec une demi-banane. Chaque fois le même menu. Depuis près d’un demi-siècle. On appelle ce phénomène de la fidélité culinaire.

J’ai donc eu une pensée admirative pour lui l’autre matin, alors que je me trouvais on ne peut plus monotone d’attendre devant mon grille-pain à quatre fentes que rebondisse ma tranche de St-Méthode au kamut. Encore.

Entre les lignes

Non aux poules mouillées!

La tournée mondiale du Festival du film de montagne de Banff s’est arrêtée à Granby la semaine dernière. Ce soir-là, le Palace était plein à craquer de tripeux de plein air prêts à recevoir en pleine face une avalanche d’images et d’histoires spectaculaires de gens allés au bout de leur rêve. Moi, je suis sortie de là déçue.

Pas que les films n’étaient pas intéressants. Au contraire. Neuf nous ont été présentés. Du lot, trois — un petit, un moyen et un gros — abordaient sensiblement le même thème.

Entre les lignes

Si on se couchait moins niaiseux !

CHRONIQUE / Quand le mercure chute de façon phénoménale, vous remarquerez qu’il y a toujours quelqu’un, quelque part, pour dire qu’il fait « un froid de canard ! » Mais d’où sort cette drôle d’expression ?

Dire qu’il fait un froid de canard ferait allusion au temps glacial qu’il fait normalement au moment de la chasse aux canards, l’automne et l’hiver, en Europe. Quand le froid s’installe, les oiseaux s’envolent vers le Sud, vers leurs quartiers d’hiver situés en Espagne ou en Afrique. Pendant cette migration, ils sont toutefois la cible de chasseurs. Comme ceux-ci doivent attendre de longues heures au grand froid qu’un oiseau se pointe dans l’eau gelée des marais ou des étangs pour boire ou se reposer, ils ont, croit-on, imaginé cette expression.

Chroniques

Une autre façon de dire « Je t’aime »

CHRONIQUE / La ligne terrestre à la maison, on n’y répond presque plus. Et encore moins quand le numéro sur l’afficheur ne sonne de cloche à personne.

Mais un soir à l’heure du souper (un classique !), à ma grande surprise, mon chum a décidé de décrocher. Ma stupéfaction a fait un bond supplémentaire quand il m’a demandé si je connaissais mon numéro d’assurance sociale par cœur. La série de neuf chiffres, MA série de neuf chiffres, il l’a ensuite répétée à son interlocuteur !

Entre les lignes

Crier au loup

CHRONIQUE / Un lecteur m’a fait part d’une jolie pensée du Dr Wayne Walter Dyer la semaine dernière.

Un grand-père discutait avec son petit-fils et lui expliquait la chose suivante : « Il y a deux loups qui hurlent en moi, disait-il. Le premier est rempli de colère, de haine, de rancune et, essentiellement, de vengeance. Le second est rempli d’amour, de bonté, de compassion et même de miséricorde. »

Entre les lignes

Merci, merci !

CHRONIQUE / C’est rare qu’on voie ça, mais dernièrement, j’ai chaleureusement remercié le policier qui m’a remis une contravention pour excès de vitesse. Deux fois plutôt qu’une, en fait.

Ce midi-là, j’ai quitté le bureau par le même chemin que j’emprunte jusqu’à trois fois par jour, cinq jours par semaine. L’école primaire dont nous sommes voisins, je sais qu’il faut passer devant len-te-ment. Allez savoir pourquoi, cette fois-là j’avais la tête ailleurs ; j’ai eu le pied un peu trop pesant, mais je ne m’en suis aperçue seulement une fois le nez devant l’auto-patrouille.

Entre les lignes

Curieux fouineurs

CHRONIQUE / Dans la tête de plusieurs, le journaliste est une personne qui a toujours le nez fourré partout. C’est un être qui cherche à tout savoir sur tout. Un curieux de nature. Une fouine. Dans mon cas, pour la fouine, on repassera.

Curieusement, je ne semble pas intéressée par les mêmes choses que mes compatriotes.

Entre les lignes

Mon ami... Mary Poppins

CHRONIQUE / « Maman, il serait temps que tu reviennes. Papa est vraiment gossant. En plus, il a passé la journée avec une de tes robes sur le dos et a insisté pour que je l’appelle Claudine. Il a dit que ça allait être notre petit secret. Reviens pis ça presse. »

Cet « appel à l’aide », je l’ai lu sur Facebook au retour des Fêtes. Il était accompagné d’une photo, celle d’un beau bébé joufflu de sept mois, l’air tristounet, tenant une pancarte sur laquelle on pouvait lire le mot HELP. Le E inversé.