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Marc Allard
Le Soleil
Marc Allard
Les Ju/’hoansi sont une des rares communautés dans le monde à subsister comme chasseurs-cueilleurs, comme c’était le cas de l’humanité entière il y a 12 000 ans, avant l'agriculture.
Les Ju/’hoansi sont une des rares communautés dans le monde à subsister comme chasseurs-cueilleurs, comme c’était le cas de l’humanité entière il y a 12 000 ans, avant l'agriculture.

Ils travaillent 15 heures par semaine. Pourquoi pas nous?

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CHRONIQUE / Au milieu des années 1960, un jeune anthropologue canadien du nom de Richard Lee est parti à la recherche des Ju/’hoansi, un groupe de chasseurs-cueilleurs qui vit dans la savane à la frontière de la Namibie et du Botswana.

M. Lee espérait trouver ces nomades pour comprendre comment nos lointains ancêtres vivaient avant l’avènement de l’agriculture, il y a environ 12 000 ans. Car les Ju/’hoansi étaient une des rares communautés dans le monde à subsister encore en chassant des animaux sauvages et en cueillant des fruits ou des tubercules. 

Après des jours de route en Land Rover, l’anthropologue et ses collègues ont finalement trouvé un groupe de Ju/’hoansi qui a accepté qu’un homme blanc s’incruste dans son quotidien.  

Jusque-là, les anthropologues, les historiens et les économistes assumaient que les chasseurs-cueilleurs passaient leur vie à se battre contre la nature pour survivre. Mais en étudiant ses nouveaux compagnons dans la savane namibienne, Richard Lee a fait un autre constat. 

Il a découvert que les Ju/’hoansi étaient bien nourris et vivaient plus longtemps que dans plusieurs sociétés agricoles. Il a aussi été surpris de constater qu’ils travaillaient environ 15 heures par semaine pour subvenir à leurs besoins. 

Résultat, les Ju/’hoansi jouissaient d’une abondance de détente et de loisirs. Ils avaient le temps de relaxer, de jouer de la musique, de créer de l’art, de fabriquer des bijoux, de se raconter des histoires, de jouer à des jeux de société et de papoter. Ils n’avaient pas besoin d’attendre les fins de semaine ou les vacances pour décompresser.

En 2020, les Québécois de 25 à 54 ans qui ont un emploi à temps plein ont travaillé en moyenne 38,8 heures par semaine, selon les plus récentes données de Statistique Canada. Près de la moitié des Québécois de 15 ans et plus (48 %) se sentent tendus en raison du manque de temps, selon un coup d’œil sociodémographique de l’Institut de la Statistique du Québec publié en 2018. 

Comment des chasseurs-cueilleurs, qui ne bénéficient pas de toutes les technologies et de la richesse des sociétés modernes, peuvent-ils travailler à ce point moins que nous? 

L’anthropologue sud-africain James Suzman, qui a lui-même étudié les Ju/’hoansi durant près de 30 ans, se penche sur cette question dans son récent livre sur l’évolution du travail, Work : A Deep History, From the Stone Age to the Age of Robots, où il raconte notamment les découvertes de Richard Lee.

Selon M. Suzman, le fossé entre nos heures de travail et celles des Ju/’hoansi s’explique en bonne partie par le fait que les Ju/’hoansi «se souciaient peu de l’accumulation de richesse ou du statut, et travaillaient presque exclusivement pour combler leurs besoins matériels à court terme», écrit-il.

Dans nos sociétés modernes, c’est l’inverse, explique James Suzman. On travaille sans relâche pour combler nos désirs insatiables. Nos conforts deviennent des nécessités et on aspire toujours à plus. 

C’est ce que des psychologues ont surnommé le phénomène du «tapis roulant hédonique». 

Rassurez-vous, James Suzman ne recommande pas de plaquer votre boulot, de vous bâtir un abri en forêt et d’essayer de vivre en autarcie. Je ne sais pas pour vous, mais je préfère travailler pour payer mon épicerie que de chasser le gibier et traquer les plantes sauvages. 

Quand même, James Suzman nous incite à apprendre de l’exemple des Ju/’hoansi. Il nous invite à nous demander : est-ce qu’on pourrait travailler moins si on limitait nos désirs? Est-ce qu’on pourrait avoir plus de temps à consacrer à nos proches et à nos loisirs si on se contentait de moins?

Ce sont là des questions à méditer, idéalement quand vous serez en congé.