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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
François Legault
François Legault

Il n’y a pas de «mystère Legault»

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CHRONIQUE / Ses frustrations à l’égard d’Ottawa incitent-elles François Legault à renouer avec son rêve d’indépendance? Un collègue journaliste lui a posé la question jeudi.

Réponse du premier ministre caquiste : «Êtes-vous en train de me dire que vous pensez être capable d’organiser un référendum gagnant avant la fin de la pandémie? Je ne pense pas, moi. […] Est-ce que les Québécois sont prêts à voter Oui dans un référendum demain matin...?»

Et d’ajouter, presque de guerre lasse : «Je pense qu’avoir un parti et puis un gouvernement qui essaient de rendre le Québec plus autonome, de s’assurer qu’on puisse avoir plus de décisions prises au Québec, je pense que c’est la meilleure alternative encore.»

M. Legault n’a aucun attachement sentimental envers l’ensemble canadien. Chaque fois qu’il parle du Canada, il laisse entendre qu’il ne s’agit que d’une relative bonne affaire financière pour le Québec ou constate que les Québécois ne seraient pas majoritaires à dire Oui lors d’un troisième référendum sur l’indépendance.

D’où cette interrogation qui revient régulièrement depuis son élection : Et si les sondages indiquaient un jour que les Québécois étaient plus nombreux à souhaiter l’indépendance? Que ferait-il? Non pas dans ce mandat-ci, mais dans un autre (s'il est réélu).

Déroulons le fil de l’histoire récente pour mieux suivre le premier ministre Legault sur cette question.

En avril 2019, six mois après son arrivée au pouvoir, il n’avait pas aimé que le péquiste Pascal Bérubé l’interroge sur son degré d’attachement au Canada et que le libéral, Pierre Arcand, pose ensuite des questions sur le même thème. Là aussi, sa réponse s’était appuyée sur le fait que les Québécois ne voulaient pas entendre parler de souveraineté. Comme la semaine dernière. 

Mais il y avait ajouté l’argument financier. Un argument qu’il a repris pas plus tard que l’automne dernier. «Actuellement, on reçoit 13 milliards par année du gouvernement fédéral en péréquation», avait-il rétorqué au péquiste Bérubé, qui venait de le surnommer «capitaine Canada».

La semaine précédente, M. Legault avait dit à peu près la même chose à la solidaire Manon Massé.

On aura beau chercher, on ne trouvera qu’une seule exception à ce double message reposant à la fois sur le désir ou le non-désir des Québécois, et les finances publiques. En août 2019, interviewé sur les ondes d’une radio de Sept-Îles, François Legault avait en effet semblé livrer un jugement sur le fond.

Il avait estimé que la souveraineté n’était tout simplement plus un projet «moderne». «Je pense que la souveraineté du Québec, ce n’est plus un projet moderne», avait-il dit à l’animateur.

Mais parce que c’est le seul propos du genre qu’il ait tenu depuis son arrivée au pouvoir, il paraît être l’exception qui confirme la règle.

Oui, il y a bel et bien une continuité dans les réponses de M. Legault sur cette question — de ce qu’il dit depuis des années à ce qu’il a encore répété il y a quelques jours.

En fait, ce qu’il a exprimé repose sur la même logique ayant conduit — il y a 10 ans cette année — à la création de la Coalition avenir Québec. C’est en ce sens qu’il n’existe pas de «mystère Legault».

Puisque le premier ministre est très sensible à l’«opinion publique», le seul mystère qui existe concerne en fait la suite des choses. Mais ça, c’est le propre de l’avenir.

Que l’opinion publique bouge ou pas, cela dit, il continuera d’afficher haut et fort son exaspération à l’égard d’Ottawa le plus souvent possible. Il voit bien qu’elle a servi sa popularité jusqu’ici. 

Un dernier mot là-dessus : l’exaspération que M. Legault affiche à l’égard d’Ottawa ravit ceux qui croient que l’option souverainiste gagnera en popularité avec l’addition de contentieux et de conflits avec le fédéral. Elle désespère par contre des souverainistes qui estiment que cette option peut très bien se défendre en soi et pour qui le projet d’indépendance ne devrait pas se fonder sur l’idée d’un Canada qui serait par nature un ennemi.