Cinq ans après le décès de Yannick Fournier, son père Alain Fournier et la conjointe de celui-ci, Josée Demontigny, dressent le portrait du jeune homme d’affaires et papa de deux enfants.

«Hé Padre! Comment tu ferais ça?»

CHRONIQUE / Cinq ans. Les années ont filé, personne ne peut dire le contraire. Le 16 octobre 2012, c’est déjà loin et si proche. Alain Fournier le sait trop bien. Il lui semble qu’hier encore, la sonnerie de son téléphone cellulaire retentissait et c’était Yannick, le rire dans la voix. Son fils n’avait pas besoin de se nommer. Il était le seul à l’appeler «Padre».

Yannick Fournier n’avait que 27 ans au moment de périr dans un écrasement d’avion à proximité de l’aéroport de Pickle Lake, au nord de l’Ontario. Deux autres personnes y ont également trouvé la mort. Fondateur et président de Nadeau Air Service, Michel Nadeau était aux commandes de l’appareil de type Renegade tandis que Bernard Mailloux était le directeur de la maintenance de l’entreprise établie à Trois-Rivières. 

Seul Jean Fournier a miraculeusement survécu à cette tragédie survenue un mardi soir. L’oncle de Yannick avait fait appel au trio pour aller récupérer avec lui l’avion dont il venait de faire l’acquisition, en Alberta. Parfaitement bilingue, son neveu et associé était ravi de lui servir d’interprète lors de la transaction. Du même coup, il allait assister à la réalisation d’un vieux rêve. Du haut des airs, personne n’aurait pu prédire que ça allait virer au cauchemar. 

Le Bureau de la sécurité des transports a conclu à une combinaison de facteurs pour expliquer l’accident: obscurité, manque de repères visuels, pilote victime de l’illusion du trou noir...

«Je ne t’en veux pas Jean.» C’est la première chose qu’Alain a dite à son frère qui l’a contacté de son lit d’hôpital, au Manitoba.

«Pour Yan, c’était un cadeau que mon frère l’amène avec lui», raconte Alain Fournier qui n’en pense pas moins aujourd’hui. L’aventure a très mal tourné, mais Jean n’y est pour rien. 

Prisonnier de la carlingue, la tête en bas et n’y voyant rien, l’oncle a entendu les derniers mots de son neveu qui a lâché: «Il fait donc bien noir ici... Attends un peu, je vais m’éclairer avec mon cellulaire...» 

La lumière n’est jamais apparue. Quelques minutes plus tard, la voix de Yannick a plutôt laissé la place à un lourd silence, profond et absolu.

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Le décès de Yannick Fournier a créé une onde de choc à Trois-Rivières où le jeune homme était copropriétaire des restaurants Maman Fournier et Vincenzo avec son père Alain, son oncle Jean et Mario Vincent, le cousin de ces derniers.

«J’ai perdu mon gars et mon associé. On pouvait s’appeler deux ou trois fois par jour. Yan aimait me demander: Hé Padre! Comment tu vois ça? Comment tu ferais ça? Je l’aiguillais et il m’écoutait.» 

Alain Fournier aime parler de son fils. Rencontré avec sa conjointe, Josée Demontigny, l’homme d’affaires va du rire aux larmes au rire en regardant des photos de famille, en faisant l’éloge de ses qualités de «businessman», de sportif et de rassembleur, en racontant, aussi, ses nombreuses pitreries. 

Rien n’est plus vivant que le souvenir de Yannick qui a laissé une fille et un garçon en héritage. Maliha et Liam avaient respectivement 4 ans et demi et 2 ans et demi quand leur père est décédé. Ils sont maintenant âgés de 9 et 7 ans. 

«Ce sont des beaux et bons enfants. Ils ont un degré de maturité plus élevé que d’autres enfants. Ils ont vécu une épreuve qu’ils ne sont pas supposés vivre à leur âge», rappelle Josée Demontigny qui me partage des réflexions tantôt amusantes, tantôt profondes des «amours de Yannick»...

Toutes les occasions sont bonnes pour parler de papa avec Maliha et Liam qui en redemandent à leurs grands-parents. Rien n’a été négligé pour adoucir leur chagrin. 

Josée Demontigny n’a pas tardé à réagir en apprenant la mort de son beau-fils. Ses enfants n’étaient que des bambins lorsqu’ils sont devenus orphelins de père. «C’était important de consulter pour savoir comment patauger avec tout ça», explique celle qui a contacté Deuil-Jeunesse, à Québec, un organisme qui vient en aide aux jeunes et aux familles confrontés au décès d’un proche. 

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Alexis Giesbrecht est l’épouse de Yannick. Originaire de l’Ouest canadien, la jeune maman a décidé de demeurer à Trois-Rivières où ses enfants ont pris racine. La famille Fournier veille sur celle qui, jour après jour, s’assure que la fillette et le garçon s’épanouissent avec le souvenir de l’amour paternel inconditionnel. 

Les petits-enfants d’Alain Fournier grandissent à vue d’œil. Liam est la copie conforme de son père: son regard, son sourire et, bien entendu, sa passion pour le hockey. La première fois que le garçon a marqué un but, à l’âge de 5 ans, il n’a fait ni une ni deux. Il s’est mis à crier à sa mère qui riait et pleurait, seule dans les estrades: «Maman! Maman! Texte papa en haut pour qu’il me voie!» 

Frère et sœur savent que papa a péri dans un grave accident d’avion. Ils comprennent ce qu’ils ont à comprendre à 7 et 9 ans. Leur maman et leurs grands-parents répondent à leurs questions au fur et à mesure qu’elles leur sont posées, tout simplement.

Et si un jour Maliha et Liam en expriment le besoin, Alain et Josée ont tout mis dans une boîte: les nombreux articles de journaux faisant état de l’écrasement, mais aussi, surtout, les innombrables messages de réconfort et cartes de sympathie qui ont été adressés à la famille de Yannick Fournier après sa mort.

«Plus tard, à 14, 15 ou 16 ans, si les p’tits cocos se demandent ce qui est arrivé à leur père ou qu’ils souhaitent lire les témoignages des gens à son endroit, on a tout gardé. C’est à eux. C’est leur papa.»