Gilles Vandal
Donald Trump n’avait pas été confronté, encore, à une véritable crise.
Donald Trump n’avait pas été confronté, encore, à une véritable crise.

Un échec en leadership

CHRONIQUE / Traditionnellement, les politicologues et autres commentateurs politiques évaluent le leadership d’un président américain par sa capacité à gérer une crise internationale. Donald Trump n’avait pas été confronté, encore, à une véritable crise. En janvier, il fut près d’en vivre une avec l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani. Mais cette crise était provoquée par lui-même. La riposte militaire iranienne, montrant que Téhéran pouvait frapper directement des bases américaines, amena Washington à y penser deux fois avant d’enclencher un conflit avec l’Iran.

Aujourd’hui, avec l’arrivée d’une pandémie de coronavirus, l’administration Trump est confrontée à sa première véritable crise mondiale. Or, à l’exception de Fox News et de quelques stations de radios conservatrices, tous les médias américains à l’unisson critiquent fortement la performance de Trump dans la gestion de cette crise depuis le début de 2020. Selon eux, le président américain a démontré un leadership complètement inepte et contreproductif.

Jusqu’ici l’attitude de Trump fut exactement à l’inverse de celle de George W. Bush en 2001. Avant les attentats du 11 septembre, Bush était ridiculisé dans la presse américaine pour son leadership inepte. Mais sa réaction très appropriée face au terrorisme transforma la perception du public à son égard. Il démontra comment un président devait gérer une crise. En 2001, Bush fut à la hauteur de la situation. Les Américains eurent alors le sentiment qu’ils avaient un vrai dirigeant.

Le coronavirus est apparu en Chine au début de décembre 2019. Le centre américain de contrôle des épidémies fut avisé du problème le 3 janvier 2020. Dès le 8 janvier, une équipe de ce centre s’est rendue à Wuhan pour évaluer la situation. Toutefois, le gouvernement américain a attendu presque deux mois avant de réagir. Trump refusait de voir le danger. Il a presque tout mal fait.

Trump semble être très mal préparé à affronter la crise du coronavirus. Au lieu de s’être montré très proactif dès le début de la crise et de mobiliser les immenses ressources américaines, il a fait l’inverse en proposant au début de février de couper dans ses services de santé. De plus, comme il voulait minimiser le problème, il multiplia les déclarations erronées concernant cette épidémie. Pire encore, il ne cessait de déprécier les agences américaines et de nier l’expertise des scientifiques sur le sujet.

Concentré sur sa réélection, Trump a constamment sous-estimé le potentiel d’une grave crise de santé publique aux États-Unis. Lorsque des membres démocrates du Congrès ont demandé en janvier la mise en place d’un plan d’action pour protéger les États-Unis contre le développement d’une pandémie, il accusa à plusieurs reprises les démocrates de vouloir politiser le coronavirus en propageant de fausses rumeurs. Ainsi, le coronavirus entrait dans la théorie des complots dont Trump est un adepte.

Ainsi, selon Trump, le coronavirus devenait essentiellement un canular inventé par les démocrates, une affirmation qu’il n’a cessé de répéter pendant plusieurs semaines. Fox News, les stations radiophoniques conservatrices et même certains membres de la famille de Trump, ont ensuite amplifié son message par des déclarations scandaleuses à l’effet que les démocrates chercheraient à propager le virus pour obtenir un avantage politique.

Par la suite, il a refusé de reconnaître le danger, tweetant régulièrement et faisant des déclarations à l’effet que l’épidémie était totalement sous contrôle et qu’elle disparaîtrait au début d’avril avec l’arrivée des chaleurs. Constamment, il est intervenu pour saper les avertissements émis par les fonctionnaires de sa propre administration sur le danger potentiel de l’épidémie en fournissant de fausses assurances.

Jusqu’à la fin février, les seules mesures adoptées par l’administration consistèrent à fermer les frontières avec la Chine et à avertir les Américains de ne pas aller dans ce pays. Cette directive va exactement à l’encontre des « directives de l’Organisation mondiale de la santé qui ne recommandait pas de freiner les voyages ou le commerce ». En fait, les restrictions imposées par Trump visent essentiellement à consolider sa base partisane.

Au lieu de fournir régulièrement des informations précises sur l’évolution de la crise et de donner la parole aux scientifiques, il s’est contenté d’affirmer, pendant presque deux mois, que les États-Unis n’avaient pas à s’inquiéter du coronavirus, restant sourd aux soubresauts de la Bourse et au ralentissement économique partout dans le monde.

Or maintenant que la crise frappe les États-Unis, Trump change de discours. La responsabilité de la présente crise proviendrait de l’administration Obama qu’il accuse faussement d’avoir restreint les tests contre les épidémies et le processus de développement de tests antivirus. Or c’est exactement le contraire de ce que l’administration Obama a fait.

L’Ebola

En 2015-2016, à la suite de l’épidémie d’Ebola qui frappa l’Afrique, l’administration Obama était convaincue qu’une future pandémie était inévitable. L’administration américaine devrait donc s’y préparer en conséquence. Aussi, l’administration Obama demanda à une série de scientistes d’effectuer différentes simulations économiques, politiques, et au niveau des services de santé en cas d’arrivée d’une telle pandémie. Or, l’administration Trump a mis de côté toutes ces simulations.

Au lieu de fustiger l’ancienne administration Obama, Trump aurait dû suivre son exemple. En décembre 2013, l’équipe d’Obama se montra très proactive dès l’éclosion de l’épidémie Ebola. La réponse de Washington, sous l’impulsion d’Obama, fut si rapide et efficace qu’une pandémie fut évitée. Obama considérait préférable de contenir l’épidémie en Afrique que de devoir l’affronter aux États-Unis.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.