Gilles Vandal
La Tribune
Gilles Vandal
Donald Trump utilise son QI comme si ce dernier représentait une valeur nette. Pour lui, QI équivaut à intelligence. Or, cette attitude est à l’opposé de la sagesse.
Donald Trump utilise son QI comme si ce dernier représentait une valeur nette. Pour lui, QI équivaut à intelligence. Or, cette attitude est à l’opposé de la sagesse.

L’obsession de Trump concernant son intelligence

Depuis qu’il est devenu président, Donald Trump affiche au grand jour trois obsessions. Dans les trois cas, sa personnalité narcissique l’amène à vouloir sauver essentiellement les apparences, et non préserver la substance. D’abord, il déteste viscéralement Barack Obama et veut effacer toute trace de son héritage. Il ne se passe pas une journée sans qu’il n’effectue une sortie intempestive contre son prédécesseur. Il est excessivement frustré de constater l’adulation que l’on porte à Obama tant aux États-Unis que dans le reste du monde.

Sa deuxième obsession concerne la richesse. Affirmant continuellement être richissime et faire partie du club des grands milliardaires, il ne veut pas que l’on connaisse la réalité. Aussi refuse-t-il de dévoiler ses déclarations de revenus, violant ainsi une règle établie en 1970 pour tous les candidats briguant la présidence américaine. Devenu président, il refuse au Congrès l’accès à ses déclarations de revenus, allant ainsi à l’encontre du droit de vérification du Congrès.

Sa troisième obsession concerne son intelligence, son quotient intellectuel, son IQ comme il aime le dire. Selon lui, il serait un véritable génie. Grâce à son intelligence, il n’a de cesse d’affirmer qu’il en sait plus que tous les experts, et ce, dans tous les domaines. Les observateurs de longue date de Trump notent que sa vantardise par rapport à son QI élevé est un thème récurrent chez lui depuis des décennies. Il l’affiche comme une décoration intérieure, un lustre qu’il aurait entre les deux oreilles.

Cette obsession l’avait amené à questionner l’intelligence de Barack Obama. Il considérait que ce dernier n’avait pas l’intelligence pour être président. Comme il l’avait fait pour le certificat de naissance d’Obama, il exigeait sans cesse que Columbia et Harvard rendent publics les relevés de notes d’Obama en plus d’affirmer que ce dernier avait été admis dans ces universités prestigieuses que grâce aux politiques inclusives à l’égard des minorités.

Très peu visible sur le campus de Fordham, où il effectua ses deux premières années d’études universitaires, comme sur celui de Wharton, où il termina les deux dernières, Trump n’a même pas sa photo dans les annuaires. Pourtant, il affirmait déjà en 1973 et en 1976 dans The New York Times être un premier de classe. Il le répéta ensuite pendant des décennies dans des livres, des revues et sur des sites Web.

Les camarades de classe de Trump ne l’ont jamais perçu comme se démarquant intellectuellement. Ceux de Wharton se souviennent de lui comme étant essentiellement une sorte de « pro fasciste » qui n’avait rien de génial ni d’exceptionnel. Cependant, en 2015, il menaça de poursuivre en justice les deux universités où il avait étudié si ces dernières publiaient ses relevés de notes.

Cette obsession d’être perçu comme le plus intelligent reflète en réalité la peur d’être considéré comme inintelligent, stupide ou farfelu. Cette obsession de son QI découle vraisemblablement d’un besoin de projeter une image de réussite, en dépit de ses faillites multiples et des critiques que lui attire son incompétence. En valorisant son QI, il dissimule son insécurité.

Toutes les personnes qui contestent ses politiques, que ce soit un chef d’État comme Kim Jong Un en 2017, un adversaire républicain comme Rick Perry ou Lindsey Graham en 2016, un adversaire démocrate comme Joe Biden, un acteur comme Robert De Niro ou une journaliste comme Mika Brzezinski, ont quelque chose en commun. Trump a dit d’elles qu’elles avaient toutes un très faible QI.

Devenu président, Trump n’hésita pas à dénigrer les adjoints qu’il avait lui-même nommés en affirmant qu’ils manquaient d’intelligence, qu’ils avaient un faible QI. Lors du renvoi de Rex Tillerson, secrétaire d’État, il confia à la revue Forbes que son IQ était supérieur à celui de tous les membres de son cabinet, y compris Tillerson. Ce dernier, ancien PDG d’ExxonMobil, n’était selon Trump qu’un abruti.

Du jamais vu pour un président américain. Il n’hésita pas à affirmer à plusieurs reprises que ses deux derniers prédécesseurs n’étaient pas très brillants, suggérant ainsi qu’il avait lui-même une intelligence beaucoup plus élevée. Dans le cas d’Obama, il alla même jusqu’à dire que celui-ci était « le plus grand des connards ».

Trump utilise son QI comme si ce dernier représentait une valeur nette. Pour lui, QI équivaut à intelligence. Or, cette attitude est à l’opposé de la sagesse. Il ne semble pas se rendre compte que, pour avoir de la perspicacité et de la sagesse en politique, il faut aussi avoir du jugement, de l’empathie, de la discipline, de la diplomatie, du discernement, une bonne écoute, de l’ouverture d’esprit et une ouverture au monde, etc.

La véritable intelligence permet à un dirigeant de s’entourer d’un personnel et de conseillers perspicaces et expérimentés ainsi que d’éviter l’isolement intellectuel. Un président vraiment intelligent recourt à des opinions dissidentes et est disposé à entendre des critiques bien intentionnées. Il sait qu’en écoutant les experts, il va en apprendre et que, plus il va en apprendre, plus il sera en mesure de bien remplir sa tâche.

En refusant la contribution de ses conseillers, et plus encore en remplaçant ceux-ci par des fonctionnaires incompétents nommés sur une base temporaire, Trump gaspille les ressources les plus précieuses qui lui auraient permis d’accomplir efficacement sa tâche présidentielle. Il est incapable de comprendre qu’aucune personne, aussi brillante soit-elle, ne peut gérer adéquatement une présidence moderne à elle seule.

Trump aurait avantage à méditer sur la maxime de Socrate qui affirmait que l’ignorance la plus répréhensible consiste à « penser que l’on sait ce que l’on ne sait pas ». L’excellence intellectuelle exige plus que de l’intelligence, mais aussi de la perspicacité, du jugement et de la sagesse. Le manque d’intelligence émotionnelle et de sagesse chez Trump marque quotidiennement sa gouvernance des États-Unis. Or, ce manque transparaît encore plus dans la gestion de la présente pandémie, ainsi que dans les émeutes raciales.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.