Gilles Vandal
Un vaccin contre le typhus fut finalement découvert par Charles Nicolle qui travailla à l’Institut Pasteur et identifia le vecteur du typhus épidémique en 1909.
Un vaccin contre le typhus fut finalement découvert par Charles Nicolle qui travailla à l’Institut Pasteur et identifia le vecteur du typhus épidémique en 1909.

Les épidémies de typhus depuis le 16e siècle

CHRONIQUE / Avec la peste, le typhus fut au cours des siècles une des maladies les plus redoutées. Au fil des siècles, la maladie porta pas moins de 40 noms, allant de typhus, typhus tacheté, typhus des Arabes, typhus de guerre, typhus irlandais, typhus de Hongrie, fièvre militaire, fièvre des camps, fièvre des hôpitaux, fièvre des prisons, fièvre typhoïde, etc.

Bien que beaucoup de personnes mélangent le typhus et la fièvre typhoïde, ce sont pourtant deux infections bactériennes bien distinctes. Alors que la fièvre typhoïde représente une pestilence similaire à la salmonelle et est transmise par une nourriture contaminée, le typhus est une maladie infectieuse qui se propage par les poux et les puces. C’est d’ailleurs pourquoi le typhus fut souvent décrit comme la maladie des poux. Sans traitement, la mortalité liée à cette infection varie habituellement de 10 % à 60 % selon l’âge des individus.

Le typhus affiche comme symptômes courants de la fièvre, des maux de tête, des éruptions cutanées et autres symptômes pseudo-grippaux tels que des courbatures et douleurs articulaires. Habituellement, les symptômes apparaissent une à deux semaines après une exposition à ce parasite. De cinq à neuf jours après l’apparition des premiers symptômes, la victime voyait une éruption cutanée couvrir le tronc pour ensuite se propager aux restes du corps. Les seules parties épargnées étaient le visage, les paumes et la plante des pieds. Après deux ou trois semaines, des signes de méningo-encéphalite se manifestent accompagnés d’une sensibilité à la lumière. Puis, le patient voit son état mental s’altérer avant de sombrer dans le coma.

La maladie est connue depuis l’antiquité. Toutefois, Hippocrate, Galien et Celse ne la distinguent pas vraiment des autres fièvres. La première description de la maladie fournie au Moyen-Âge se trouve dans un manuscrit de 1083 à un monastère de Salerne, au sud de Naples. La maladie fut officiellement reconnue comme une importante épidémie en Occident pour la première fois lors de la conquête du royaume de Grenade par la reine Isabelle de Castille. L’épidémie éclata en 1489 pendant le siège de Baza et toucha essentiellement les troupes espagnoles. Lors de ce siège, l’armée espagnole ne perdit que 3000 hommes au combat, mais 17 000 de 25 000 hommes à cause du typhus. Cela donna un répit de trois ans aux troupes maures.

La deuxième grande manifestation d’une épidémie de typhus survint à Naples en 1527, alors qu’une armée française de 35 000 hommes assiège 11 000 soldats impériaux. Les hommes de Charles Quint sont dans une situation très difficile, avant que n’éclate une épidémie au sein de l’armée française. 25 000 soldats français meurent rapidement du typhus, forçant François 1er à revenir bredouille en France.

À l’automne 1552, Charles Quint lance avec une armée 62 000 soldats une invasion du nord de la France qui est alors défendu par seulement 7000 hommes concentrés à Metz. La France est en péril et Paris est menacée. Mais, Catherine de Médicis, alors régente, trouve un allié dans une épidémie de typhus qui décime l’armée impériale. Charles Quint doit se replier après avoir perdu 10 000 hommes.

En 1560, Maximilien II d’Autriche, roi de Hongrie et futur empereur du Saint-Empire, résiste vaillamment à une armée ottomane qui cherche à envahir la Hongrie. Toutefois, son armée doit finalement se replier après avoir perdu 30 000 hommes en trois mois à cause du typhus. Les Ottomans conservent ainsi le contrôle d’une grande partie de la Hongrie.

Durant la guerre de Trente Ans, 1618 à 1648, le typhus fut responsable de la mort de 10 millions de personnes, alors que 350 000 soldats seulement perdaient la vie au combat. En 1632, une épidémie de typhus empêcha la tenue d’une bataille entre le roi Gustave-Adolphe de Suède et le maréchal Wallenstein, commandant les armes impériales. Alors que les deux armées s’apprêtaient à engager le combat, le typhus ravagea les deux armées. Les commandants décidèrent alors de se retirer.

La défaite de Napoléon dans la campagne de Russie de 1812 fut largement due au typhus. N’écoutant pas son commandant des soins médicaux de la présence de foyers endémiques de typhus en Pologne et à l’ouest de la Russie, Napoléon lança une armée de 600 000 hommes contre la Russie. Ce fut une erreur fatale. Moins de 20 000 hommes survécurent à cette expédition. Dès le premier mois de l’invasion, 80 000 soldats français mouraient du typhus. L’épidémie continua de décimer fortement l’armée impériale. En arrivant à Moscou à la mi-septembre, Napoléon disposait moins de 90 000 soldats. L’hiver russe allait compléter la défaite française.

Déjà affaiblis par la famine, 20 000 Irlandais moururent du typhus presque à leur arrivée au Québec en 1847 et 1848. Ils étaient alors assujettis à une période de quarantaine à la Grosse Île. D’ailleurs, plusieurs centaines de milliers d’Irlandais moururent alors du typhus durant cette fameuse grande famine.

Que cela soit lors de la guerre de Crimée, les différentes guerres des Balkans ou les deux guerres mondiales, le typhus continua de faire des ravages tant dans les populations civiles, dans les armées régulières que dans les camps de prisonniers. Dans ce dernier cas, il s’avéra particulièrement un ennemi redoutable. Le typhus représenta aussi un ennemi mortel dans les guerres civiles. Lors de la révolution russe, au moins 3 millions de personnes y succombèrent. 

Un vaccin fut finalement découvert par Charles Nicolle qui travailla à l’Institut Pasteur et identifia le vecteur du typhus épidémique en 1909. La découverte d’un vaccin lui mérita le prix Nobel de la médecine en 1928. Mais ce ne fut qu’en 1938 que le vaccin put être produit en masse. En dépit de cela, le typhus persiste encore aujourd’hui dans certaines guerres civiles et dans les camps de réfugiés.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.