Gilles Vandal
La Tribune
Gilles Vandal
Kamala Harris, la colistière de Joe Biden.
Kamala Harris, la colistière de Joe Biden.

Le ticket Biden-Harris: un partenariat idéal

ANALYSE / Kamala Harris, la colistière de Joe Biden, possède vraiment un parcours unique. Née en Californie d’un père jamaïcain et d’une mère indienne, elle est la première femme de couleur ayant deux parents immigrants à être désignée comme candidate à la vice-présidence des États-Unis.

Sa mère était médecin et professeure d’Université. Elle-même avocate, Harris est devenue procureur de district, puis procureur générale de la Californie avant de devenir sénatrice. Son mari est un avocat juif dévoué à la promotion de la carrière de sa femme. Comme Obama, elle peut donc déclarer que sa famille représente une petite ONU.

L’annonce de sa désignation a provoqué partout aux États-Unis une grande joie parmi les Américaines. Dans l’excitation du moment, beaucoup de femmes se sont mises à pleurer. Pour montrer l’engouement suscité par sa nomination, la campagne présidentielle de Biden a recueilli 48 millions de dollars de contributions en moins de 48 heures.

Déstabilisé par cette nomination, Donald Trump n’a rien trouvé de mieux que de la qualifier de « femme méchante ». Il l’a décrite comme « la plus méchante, la plus horrible, la plus irrespectueuse de tout le Sénat américain ». Or, dans la bouche de Trump, cela représente la plus haute distinction qu’il pouvait accorder à une femme. 

Plus encore, en adoptant une voie délibérément raciste et visant à alimenter les préjugés raciaux, il a laissé entendre qu’elle n’était peut-être pas née aux États-Unis. Ses commentaires montrent à quel point la désignation de Harris les a placés, lui et les républicains, dans une position difficile. Clairement, le choix de Biden a déstabilisé et désorienté Trump et les républicains. La campagne de Trump n’était pas préparée à cette annonce.

Trump, les républicains et Fox News ont cherché sans succès à coller à Harris des étiquettes comme « sympathique socialiste » ou « extrémiste radicale ». Mais celles-ci s’avèrent trop loin de la réalité. Comme Biden, Harris a un parcours qui la place au centre de l’échiquier politique américain. C’est pourquoi, en plus de pouvoir rallier la gauche démocrate et les membres des minorités raciales, ils peuvent susciter de l’enthousiasme chez les électeurs indépendants.

Cherchant à apeurer les électeurs, Trump et les républicains font appel à la peur latente de leur base blanche. Étant donné qu’ils ne peuvent pas dépeindre Biden comme un radical et que Harris a démontré qu’elle était capable de défendre la loi et l’ordre, ils n’ont pas trouvé mieux que de la dépeindre comme étant « trop dure et trop méchante ». 

Faisant écho à Trump Katrina Pierson, sa conseillère de campagne, est allée dans le même sens en affirmant que Harris avait été trop sévère envers les criminels: « Elle s’est battue pour garder les détenus enfermés dans des prisons surpeuplées ». Elle ajouta ensuite qu’une administration Biden-Harris allait détruire l’Amérique en entraînant le pays dans l’anarchie et le chaos.

Pour contrer Harris, qu’une majorité d’Américains considèrent comme ayant une voix inspirante, Trump tweeta que les ménagères de banlieue allaient voter pour lui parce qu’elles voulaient la sécurité. Or, les présumées ménagères aimant la sécurité et la loi pourraient justement apprécier le dossier de Harris. Trump est toujours intimidé par les femmes fortes, et ses commentaires à l’égard de Harris montrent combien il la craint. 

De fait, Kamala a démontré tout au long de sa carrière qu’elle pouvait être incisive. Face aux commentaires désobligeants de Trump, elle rétorqua simplement qu’elle était consciente qu’avec Trump les présidentielles de 2020 allaient «devenir sales, graveleuses, sexistes, peut-être même racistes. Et je n’ai pas peur. Je vais travailler encore, car je n’ai pas l’intention de perdre cette élection ».

Donald Trump et les républicains expriment avec raison de l’anxiété face au choix de Biden. Ce dernier, après avoir sous-pesé la question pendant plusieurs mois et effectué des vérifications approfondies, a préféré la sénatrice de la Californie aux 10 autres candidates pressenties pour les raisons suivantes:

Primo: Harris est la colistière se démarquant le plus par son éligibilité. D’emblée, Trump aurait aimé voir Elizabeth Warren être choisie à cause de ses positions plus radicales. Quant à Susan Rice, son bilan en politique étrangère est très critiqué tant par la gauche que par la droite. En ce qui concerne Gretchen Whitmer, elle est encore peu connue sur la scène nationale. Harris représentait donc tout à fait la meilleure candidate.

Secondo: La carrière de Harris démontre qu’elle est en mesure dès le premier jour d’assumer la présidence. Elle désire devenir présidente un jour et elle a toutes les aptitudes nécessaires pour remplir la fonction. Or, Biden aura 78 ans en novembre, alors qu’elle n’en a que 55.

Tertio : Provenant de minorités raciales, elle permet à Biden d’afficher une authenticité dans son engagement quant à la promotion des droits des femmes et l’inauguration d’une nouvelle ère de justice raciale. Avec le choix de Harris, une candidate modérée, il rassure les électeurs américains par rapport à ses véritables intentions pour ce qui est de faire avancer la société américaine dans une voie progressive sans la précipiter dans une révolution hasardeuse.

Quarto : Harris représente, plus que toute autre candidate, un atout pour Biden et les démocrates. Par ses prises de position politique passées, elle suscite un très grand intérêt dans la vaste arène politique américaine. Ayant résisté à l’envie de soutenir des positions radicales lors des primaires démocrates, elle a la capacité d’attirer les électeurs modérés, indépendants et même du centre droit sans compter les partisans traditionnellement démocrates.

Quinto: En plus d’être une politicienne charismatique et télégénique, Harris est familière avec la dynamique et le tourbillon des campagnes électorales. Elle est capable d’être une débatteuse tranchante. Les sondages démontrent que les électeurs la considèrent comme une des personnes les plus qualifiées pour devenir un jour présidente. 

Ainsi, en choisissant Harris, Biden concrétise son engagement d’être un président rassembleur qui représentera un pont entre les générations, les communautés raciales et les classes sociales. En ce sens, il est l’antithèse de Trump.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.