Chronique

Et la planète, messieurs dames?

CHRONIQUE / C’est bien beau de vouloir protéger la gestion de l’offre et l’industrie agricole du Québec des menaces de Donald Trump, mais ça sert à quoi si on ne fait rien pour protéger la planète? Il me semble que dans l’ordre des priorités, le deuxième enjeu est le plus urgent. Or, il n’est pas très présent dans le débat électoral en cours au Québec, ainsi qu’au Nouveau-Brunswick.

La semaine dernière, nos leaders politiques ont fait front commun pour dénoncer les visées du président américain sur la gestion de l’offre. C’est bien, mais pourquoi une telle discrétion sur les menaces que les gens comme Trump font peser sur l’avenir de la planète? Je sais, on en parle un peu, mais si peu…

Vous allez me dire qu’une campagne électorale provinciale ne pèse pas lourd sur les grands enjeux internationaux, mais ce n’est pas vrai. Le prochain gouvernement du Québec aura à prendre position rapidement sur les changements climatiques en raison de ce qui se passe actuellement au Canada. Justin Trudeau prévoit imposer une taxe nationale sur le carbone dès le 1er janvier aux provinces qui n’en ont pas. Mais deux provinces importantes, soient l’Ontario et l’Alberta, viennent d’annoncer leur retrait de telles mesures. L’Ontarien Doug Ford compte même contester cette taxe jusqu’en Cour suprême.

Et Justin Trudeau, qui portait fièrement le flambeau canadien de la lutte contre les gaz à effet de serre à la Conférence de Paris sur le climat, a perdu de son verni environnemental depuis sa décision d’acheter le pipeline Trans Mountain. De plus, le gouvernement Trudeau demandera un deuxième mandat à l’automne 2019. La tentation de céder du lest sera forte, parce que les conservateurs d’Andrew Scheer sont du côté des climatosceptiques dans ce débat.

Bref, ça ne va pas très bien ici même au pays, et les adversaires d’une taxe sur le carbone utilisent un argument de taille : nos entreprises canadiennes ne seraient plus compétitives sur le marché nord-américain, à cause de la baisse des impôts corporatifs consentie au sud de la frontière par Trump.

Que fera le prochain gouvernement du Québec dans ce contexte? Voilà la question. On connaît déjà les politiques des libéraux, mais il en faudrait davantage. Les enjeux aussi importants méritent une attention rigoureuse et détaillée en campagne électorale. Que ferait un gouvernement Legault? Le chef de la Coalition avenir Québec avait des réserves sur le marché du carbone en 2015. Il craignait alors que ce marché nuise à la compétitivité des entreprises québécoises. Il s’est ravisé le printemps dernier, mais il avait jugé préférable que ce marché s’étende à un plus grand nombre d’États et de provinces. Or, c’est l’inverse qui s’est produit, avec la victoire de Doug Ford en Ontario.

Nous en sommes là, et ce n’est pas très rassurant. Il y aura de nombreux débats d’ici le 1er octobre. Aujourd’hui, on parlera de la santé à l’invitation de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec. Le 11 septembre, la Chambre de commerce de Montréal organise un débat sur l’économie. Pourquoi pas un événement similaire sur l’environnement? Il me semble que l’enjeu en vaut la chandelle, non? 

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Un coup fumant pour Legault

CHRONIQUE / C’est souvent risqué de mener dans les sondages, mais il y a aussi de grands avantages. Comme de pouvoir recruter un Christian Dubé, premier vice-président de la Caisse de dépôt, qui laisse tomber un salaire de plusieurs centaines de milliers de dollars pour revenir en politique à la demande expresse de son ami François Legault. Philippe Couillard, qui aime beaucoup la pêche, admettra que c’est une grosse prise.

Le chef de la CAQ m’avait déjà confié avoir trouvé pénible le départ de Christian Dubé, en 2014. Tout comme Legault, Dubé adorait parler d’économie et de finances publiques. Il portait ce chapeau avec compétence, à un point tel qu’à l’époque, le PQ avait accusé le gouvernement d’avoir acheté son départ de la Coalition avenir Québec pour un million de dollars en l’envoyant à la Caisse de dépôt. 

Et voilà que Dubé quitte la caisse pour se présenter dans La Prairie. Celle-là, personne ne l’avait vu venir et c’est ce qu’on appelle un coup fumant. Chapeau à François Legault, c’est une grosse addition dans son équipe. On pourrait même dire que coup pour coup, c’est aussi gros que la décision de Gertrude Bourdon de passer chez les libéraux, après avoir flirté longuement avec la CAQ. Sauf que le «magasinage» de Mme Bourdon est vite devenu un sujet de controverse, alors que Dubé ne fait que revenir dans sa famille politique. Et qui plus est, il a toujours été d’un commerce agréable avec les médias, ce qui est un gros atout en campagne électorale.

Une chose est certaine, Christian Dubé ne revient pas en politique pour occuper un poste de simple député si la CAQ prend le pouvoir. Ministre des Finances? Du Développement économique? Il aura l’embarras du choix. Baccalauréat en administration des affaires et comptable agréé depuis 1981, il a passé sa vie dans les grandes corporations comme Price Waterhouse Cooper & Lybrand, Domtar et Cascade, avant d’aboutir à la Caisse de dépôt. En fait, je le vois davantage au développement économique, mais il ne fait aucun doute que Legault lui a promis un ministère important. Son retour en politique est aussi important que l’arrivée de Carlos Leitão chez Philippe Couillard en 2014. Pas surprenant que François Legault se soit dit très «reconnaissant», lundi matin, en annonçant sa candidature.

Jean-François Lisée lui a reproché de ne pas avoir terminé son mandat en 2014 et il a dit douter de ses intentions si la CAQ reste dans l’opposition. Dubé a vu venir le coup et il a promis de terminer son mandat cette fois-ci. C’est vrai qu’on peut lui reprocher d’avoir provoqué une élection partielle à 600 000 $ en quittant avant la fin de son mandat de 2014. Mais si on faisait la liste de tous les élus qui ont fait de même dans le passé, on en trouverait dans tous les partis. Et puis contrairement à plusieurs autres, Dubé n’a pas touché son allocation de transition. Remarquez qu’avec le salaire qui l’attendait à la Caisse de dépôt…

De son coté, Philippe Couillard a prédit qu’il y aurait une «zone de fracture» entre les positions de Dubé, qui a appuyé la cimenterie McInnis de Port Daniel, alors que François Legault n’y a vu que du gaspillage. Là encore, M. Couillard doit admettre que certains de ses nouveaux candidats ont eux aussi dénoncé les positions libérales. C’est le cas notamment d’Enrico Ciccone que le PLQ présente dans Marquette, après avoir tassé le député François Ouimet.

Bref, ce lundi 3 septembre aura été celui de François Legault qui en avait bien besoin après ses difficultés de parcours de la semaine dernière. Le chef de la CAQ doit se dire que si «le trois fait le mois», ça augure plutôt bien.

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Trump se vante... et se plante!

CHRONIQUE / Je ne sais combien de gens ont écouté la conférence de presse conjointe de l’UPA avec les chefs des partis politiques, vendredi matin, mais l’événement a sûrement rejoint pas mal de monde. Contrairement à leurs pratiques habituelles, RDI et LCN ont diffusé l’événement au complet: 40 minutes sur la gestion de l’offre, l’un des principaux enjeux des discussions en cours à Washington entre le Canada et les États-Unis.

C’est rare que les dossiers de cette nature prennent autant d’importance dans le monde en accéléré des médias et des politiciens. Et pour une fois, on nous a expliqué la chose bien clairement, et pas simplement pour nous dire que c’était important pour nos agriculteurs. Exemple:  la production agricole du Québec est soumise à des règles environnementales beaucoup plus sévères que chez nos voisins du sud. Les consommateurs ont donc tout intérêt à voir nos gouvernements protéger la production locale.

Même si le Québec n’est pas à la table de négociation à Washington, la pause qu’ont pris les chefs politiques du Québec vendredi matin pour réitérer leur appui aux producteurs agricoles n’était pas inutile. Il faut avoir vécu et travaillé à Ottawa pour savoir que les politiciens fédéraux sont trop souvent insensibles aux intérêts des provinces, si elles ne se font pas entendre. Et sur certains dossiers, il faut le faire haut et fort. C’est ce qu’on a vu à la conférence de presse organisée par l’UPA. Ce genre de signal donne également des arguments aux négociateurs canadiens à Washington. Il leur permet de faire comprendre à leurs interlocuteurs américains que leurs exigences ne seront jamais acceptables et acceptées au pays.

Il est important de serrer les rangs et de passer des messages clairs dans un tel rapport de force. C’est d’autant plus important que l’équipe américaine travaille pour un président qui n’a aucun scrupule. On l’a appris vendredi matin dans les pages du Toronto Star, qui a publié les propos «off the record» tenus par Trump à l’occasion d’une entrevue accordée à Bloomberg News. Le président y déclare qu’il ne fera aucun compromis avec le Canada, mais qu’il ne peut le dire publiquement parce que «ce serait tellement insultant qu’ils [les Canadiens] seraient incapables de conclure une entente». Trump ajoute qu’il effraie le Canada en répétant sa menace d’imposer des tarifs sur l’auto. «Chaque fois que nous avons un problème sur un point, je n’ai qu’à leur montrer la photo d’une Chevrolet Impala», une auto produite en Ontario.

Tout le monde sait bien que Donald Trump n’est qu’un vantard malhonnête et qu’il criera victoire, peu importe le résultat de ces négociations. Mais ses propos ont mis tout le monde dans l’embarras, incluant ses propres négociateurs. Plus encore, sa vantardise a donné un excellent prétexte aux négociateurs canadiens pour ne pas conclure une entente dans l’échéancier imposé par Washington. Tout accord après de tels propos aurait donné l’impression que le Canada a cédé aux menaces du président. Les négociations sont donc remises à mercredi prochain. Trump s’est tiré dans le pied, et il nous a rendu service.

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Retour à la conférence de presse de l’UPA dans le contexte électoral: une note positive à Jean-François Lisée, qui a été l’initiateur d’une prise de position commune des chefs sur la gestion de l’offre. Une note négative à Manon Massé, qui a profité de cette conférence de presse, pour nous tenir le vieux discours sur l’indépendance du Québec. Ce n’était pas le moment. Et si l’indépendance est aussi souhaitable que l’a dit Mme Massé pour nous protéger des États-Unis, Québec solidaire devrait peut-être travailler avec le Parti québécois au lieu de diviser le vote des souverainistes.

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Ma soirée chez Lisée

CHRONIQUE / Le Parti québécois (PQ) est peut-être moribond selon les sondages, mais le chef et ses vieux militants ne le sont pas. Mardi soir, je suis allé au lancement de la campagne des péquistes pour la grande région de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches. La salle était bondée, et l’atmosphère était à la fête. Un climat qui m’a surpris dans le contexte des mauvais résultats du PQ dans les sondages d’opinion.

Et Jean-François Lisée? Bien franchement, il était en feu! Tout à l’opposé d’un chef de parti qui s’en va à l’abattoir. En fait, il y a longtemps que je ne m’étais pas amusé autant dans un rassemblement politique. Lisée a fait un long discours, mais tellement amusant que les militants en ont redemandé.