Les «peines discontinues» sont accordées à des personnes qui représentent peu de risques pour la société, et qui sont généralement incarcérées les samedis et les dimanches.

«Unité 9», chaque fin de semaine...

CHRONIQUE / Il y aura dépôt du budget 2018-2019 ce mardi à Québec. Comme c’est toujours le cas, la presse, politique, financière et autre, sera au rendez-vous. C’est normal, mais en même temps, ça mérite une petite réflexion sur les priorités que l’on se donne dans le choix de nos sujets de réflexion politique.

La semaine dernière, la Protectrice du citoyen, Marie Rinfret, a publié un rapport-choc sur le traitement réservé aux personnes qui purgent, de façon discontinue, des peines de moins de 90 jours dans les établissements de détention du Québec. Mais personne au gouvernement et dans les partis d’opposition n’a fait de suivi sur le sujet. Pas de réactions officielles, pas de questions à l’Assemblée nationale, et même pas de communiqué de presse du ministre responsable, Martin Coiteux et de ses critiques de l’opposition. Bref, l’indifférence totale.

Les «peines discontinues» sont accordées à des personnes qui représentent peu de risques pour la société, et qui sont généralement incarcérées les samedis et les dimanches. Depuis les modifications au Code criminel par le gouvernement Harper qui a imposé des peines minimales d’emprisonnement obligatoire, leur nombre a littéralement explosé. Avec comme résultat que ces personnes sont entassées dans des conditions inacceptables et peu sécuritaires.

Les hommes sont souvent confinés à des gymnases ou des parloirs non conçus pour cet usage, où la qualité de l’air laisse à désirer, et où on a souvent de la difficulté à circuler parce qu’il y a trop de matelas au sol. Le rapport donne le cas de 80 personnes incarcérées dans la même salle toute une fin de semaine, avec une seule toilette.

Les femmes sont encore plus pénalisées. On procède à leur admission après celle des hommes, ce qui fait qu’elles doivent patienter pendant plus d’une heure, «entourées des hommes qui attendent d’être fouillés». Comme les espaces communs sont déjà insuffisants pour les hommes, les femmes se retrouvent souvent dans des locaux inadéquats. Les enquêteurs de la Protectrice du citoyen ont même vu une septuagénaire et une femme enceinte de six mois dans un groupe de six personnes, logées dans des cellules conçues pour en recevoir quatre. Avec en prime un bris de chauffage qui les a obligées à se protéger du froid avec leur manteau.

Le sort des détenus n’attire pas beaucoup la sympathie. Pourtant, plus de 1 million de téléspectateurs sont rivés à leur petit écran, les mardis soirs, pour suivre les malheurs de Jeanne ou de Marie à Lietteville, dans la populaire série Unité 9. Or, la situation décrite par la Protectrice du citoyen dénonce des cas intolérables pour une société qui s’apitoie à chaque semaine sur les personnages fictifs d’Unité 9.

Le gouvernement du Québec n’est pas le seul à être interpellé par ces constats. La Protectrice du citoyen suggère au ministère de la Justice de faire front commun avec ceux des autres provinces. Le gouvernement fédéral doit revoir les modifications au Code criminel par le gouvernement Harper qui a imposé ces peines minimales d’emprisonnement obligatoire. Elle suggère aussi d’autres éléments de solution comme un hébergement ailleurs qu’en prison sous la surveillance du personnel correctionnel. Les travaux communautaires seraient également une avenue intéressante.

Mais qui bougera si nos élus écoutent Unité 9 au lieu de lire ce rapport? Ou s’ils écoutent les nouvelles sur les relations entre Stormy Daniels et Donald Trump… Et qui convaincra Justin Trudeau de s’intéresser à cette situation, au lieu d’attendre et d’avoir ensuite à présenter des excuses publiques au nom du Canada…

La question est lancée.