Si on se fie aux statistiques de la Gendarmerie royale du Canada, le nombre de détenteurs de permis pour les armes à autorisation restreinte a augmenté de 75 % de 2010 à 2015 au pays.

Une arme, ce n'est pas un jouet

CHRONIQUE / «Le lobby des armes inquiet», a titré Le Soleil vendredi dernier, sous la plume de ma collègue Annie Mathieu. Je comprends que ces gens soient inquiets. Et j'espère qu'ils ont raison de l'être. Parce que si on se fie aux statistiques de la GRC, le nombre de détenteurs de permis pour les armes à autorisation restreinte a augmenté de 75 % de 2010 à 2015. Vous avez bien lu : 75 %! Au Québec, la hausse a été de 44 %. En Saskatchewan et en Alberta, ça tourne autour du 100 %.
Il faut renverser cette tendance. On n'a pas besoin d'un plus grand nombre d'armes à feu au Canada. Je ne parle pas, ici, des chasseurs dont le nombre est à la hausse depuis quelques années. Je parle des gens qui font l'acquisition d'armes de poing sous prétexte qu'ils font partie d'un club de tir. Croyez-vous vraiment que le membership des clubs de tir soit à ce point à la hausse qu'il faille doubler le nombre d'armes en circulation tous les cinq ans? Pas moi.
Contrairement aux États-Unis, la possession d'armes à feu n'est pas un droit garanti par la Constitution canadienne. Et contrairement à ce qui se passe aux États-Unis, il y a beaucoup moins d'armes chez nous que chez nos voisins du sud. Nous en sommes fiers, et avec raison. Alors pourquoi faudrait-il tolérer une hausse aussi spectaculaire des armes à autorisation restreinte au Canada? Pour faire plaisir au lobby de l'industrie? Certainement pas!
Je comprends qu'il y ait des mordus du tir à la cible, tout comme il y a des amateurs du tir au pigeon d'argile. Tout le monde a le droit d'avoir ses passe-temps et ses activités de loisir. Mais a-t-on besoin de posséder une vingtaine d'armes pour s'entraîner, comme c'était le cas pour Richard Bain?
Avant qu'elle ne prenne sa retraite, la sénatrice Céline Hervieux-Payette a proposé que les armes à autorisation restreinte soient conservées dans les clubs de tir. Le lobby des armes a fait valoir que ça coûterait beaucoup trop cher pour quelqu'un qui a beaucoup d'armes. Il faut rejeter ce genre d'argument parce qu'il ouvre la porte à une hausse encore plus importante des armes dans nos foyers et dans nos villes. Le lobby des armes à feu ne représente que son intérêt financier d'en vendre davantage. Or, à moins de vouloir copier les Américains, nous n'avons aucun intérêt à faciliter la multiplication des armes à feu en territoire canadien.
Ce n'est pas à cause de la tragédie à la Grande Mosquée de Québec qu'il faut limiter la possession des armes chez nous. C'est pour éviter d'en posséder davantage. On aura beau dire que ce ne sont pas les armes qui tuent, que ce sont les gens... C'est vrai, mais il est indéniable que la présence d'une arme à la maison accroît le risque, souvent pour la femme, lorsqu'une crise éclate dans un foyer. Ce n'est là qu'un exemple. Il est tout aussi indéniable qu'une arme blanche, comme celle utilisée en fin de semaine contre des militaires au Musée du Louvre, cause moins de dégâts qu'une arme à feu.
Selon la GRC, il y avait 911 789 armes à feu à autorisation restreinte ou prohibées enregistrées au Canada en 2014. Le Québec en comptait 97 242, soit beaucoup moins que l'Ontario (335 644) ou même l'Alberta (174 937). Si on regarde les chiffres par 100 000 habitants, le Québec est la province où l'on trouve le plus petit ratio d'armes (1230), juste après le Nunavut!
On doit s'en réjouir, mais ce n'est pas une raison pour s'asseoir sur ces chiffres. Quand on voit un candidat à la direction du Parti conservateur comme Kevin O'Leary s'afficher sur Facebook une mitraillette fumante à l'épaule, on devrait comprendre qu'il faudra toujours résister au lobby des armes à feu.