Si le passé est garant de l'avenir, on voit mal comment les libéraux parviendront à sortir de leurs petits malheurs hebdomadaires pour discuter «des vraies affaires», comme le disait Philippe Couillard en campagne électorale. 

Un malheur n'attend pas l'autre

CHRONIQUE / «J'ai tellement hâte qu'on cesse de parler des faits divers pour débattre de nos politiques», m'a confié récemment un apparatchik libéral, déçu alors de la tourmente entourant Gerry Sklavounos et Pierre Paradis. C'est vrai que le gouvernement Couillard n'en finit plus de passer d'un malheur à l'autre, au lieu de pouvoir débattre des questions de fond touchant ses politiques.
Il y a pause parlementaire à Québec cette semaine et la semaine prochaine. Lorsque les élus reviendront à l'Assemblée nationale, nous serons à moins de deux semaines du dépôt du budget 2017-2018. Et cette année plus que jamais, l'équipe libérale espère pouvoir convaincre les Québécois que le retour à l'équilibre budgétaire a permis de rétablir la marge de manoeuvre nécessaire pour réinvestir dans les grandes missions de l'État. C'est l'avant-dernier budget avant le rendez-vous électoral de 2018, et le gouvernement vient de lancer une campagne de publicité pour démontrer à quel point on est bien au Québec.
Mais si le passé est garant de l'avenir, on voit mal comment les libéraux parviendront à sortir de leurs petits malheurs hebdomadaires pour discuter «des vraies affaires» comme le disait Philippe Couillard en campagne électorale. Malgré tous ses efforts, le gouvernement n'en finit plus de se barrer les pieds sur des obstacles parfois prévisibles, parfois pas.
Les cas sont tellement nombreux qu'on finit par oublier de faire un suivi sur les plus anciens. Jeudi dernier, un lecteur m'a appelé pour me demander ce qui se passait dans le scandale de la vente des immeubles de la Société immobilière du Québec. Honnêtement, je n'avais pas la réponse. Il m'a fallu aller sur Internet pour constater qu'en novembre, le gouvernement s'en était remis à l'UPAC et au directeur des poursuites criminelles et pénales. Ce sera long...
Bonne nouvelle pour les libéraux, croyez-vous? Oh que non. Parce que ces délais incontournables, ça implique que l'histoire va rebondir d'ici l'été ou l'automne prochain, en pleine année préélectorale.
La semaine dernière, c'est le présumé scandale entourant les liens entre Pietro Perrino et Luigi Coretti qui a refait surface. Voilà le genre d'histoire «qui tue» comme dirait Guy A. Une histoire qui traîne en longueur, où le gouvernement peine à se défendre, et où il n'est pas en mesure de fermer le dossier par un congédiement parce que Perrino est un ami libéral.
Et il y a tout le reste. La retraite humiliante sur le crédit d'impôt des aînés, la disqualification de Diane Simard au poste de commissaire à l'éthique, la guerre des clans au sein de la police de Mont­réal, l'incapacité de s'entendre sur la neutralité religieuse, la dissolution du front commun des provinces face à Ottawa sur la santé, la léthargie au cabinet de la ministre de la Justice, le conflit avec les juristes, et j'en passe. Un conflit, soit dit en passant, dont on verra les effets dans quelques mois, quand les décisions mal éclairées des ministères aboutiront à des poursuites ou à des obstacles juridiques. 
Il est fréquent de voir les gouvernements éprouver de telles difficultés. Mais généralement, c'est soit en début de mandat, soit après une trop longue période au pouvoir. Dans le cas du gouvernement Couillard, c'est d'une situation hybride dont il s'agit : un jeune gouvernement qui termine un premier mandat, à la tête d'une vieille équipe qui a tenu les rênes du pouvoir pendant près de 15 ans, malgré une courte interruption sous Pauline Marois.
Ce gouvernement est-il épuisé ou est-il trop jeune? Difficile à dire, mais cela ne change rien à l'échéance électorale. Les Québécois devront statuer dans 20 mois.