Philippe Couillard se trouverait à diriger un gouvernement minoritaire si des élections avaient eu lieu en juin. Jean-François Lisée et le Parti québécois auraient formé le deuxième groupe d'opposition.

Un gouvernement minoritaire?

CHRONIQUE / Si des élections avaient eu lieu en juin, les Québécois auraient probablement élu un gouvernement libéral minoritaire, mais ils auraient confié l'opposition officielle à la Coalition avenir Québec. Le Parti québécois serait redevenu le deuxième parti d'opposition, comme en 2007 sous André Boisclair. Un cauchemar pour Jean-François Lisée.
Cette hypothèse est celle des libéraux qui suivent attentivement la lutte qui oppose la CAQ et le PQ pour la deuxième place, et les querelles entre le PQ et Québec solidaire. Mais il n'y a pas eu d'élections en juin et il reste un gros 15 mois avant le prochain scrutin. C'est une éternité en politique, mais une éternité qui va bouger très rapidement à la reprise des travaux parlementaires en septembre. En attendant, il demeure tout de même intéressant de comparer les résultats des élections de 2007 avec les sondages d'opinion des derniers mois.
Le 26 mars 2007, Jean Charest a fait élire 48 députés avec 33 % des voix, et Mario Dumont 41 avec 30,8 % des voix. Le PQ a dû se contenter de 36 députés, avec 28,3 % des votes. C'est dire à quel point c'était serré à l'époque.
C'était tout aussi serré en 2012 quand Pauline Marois a fait élire un gouvernement minoritaire avec 31,9 % des voix, contre 31,2 % aux libéraux et 27,5 % à la CAQ.
La donnée la plus imprévisible pendant toutes ces années a été la progression lente, mais constante de Québec solidaire : 3,6 % des voix en 2007, 6 % en 2012, et 7,6 % en 2014. Les sondages de mai et juin donnant jusqu'à 15 % des intentions de vote à QS ne sont que des clichés de l'humeur populaire du moment. Il faut s'en méfier, mais les résultats électoraux de 2007 à 2014 confirment néanmoins que Québec solidaire grignote de plus en plus dans la base électorale du PQ. C'est là que ça se corse pour les troupes de Jean-François Lisée. À partir du moment où Québec solidaire continue de saper les appuis du Parti québécois, la porte est ouverte pour François Legault qui pourrait devenir le chef de l'opposition officielle en 2018. Et qui sait : même accéder au poste de premier ministre si jamais ça va mal pour Philippe Couillard.
Les sondages des derniers mois ont montré une remontée spectaculaire de la CAQ qui aurait même dépassé les libéraux de 1 point de pourcentage en mai. Il serait fou de faire des prédictions pour 2018 sur la foi d'un ou deux sondages printaniers. Mais il serait tout aussi fou de croire qu'il n'y aura pas de grand brassage de l'électorat québécois aux prochaines élections. À partir du moment où le PQ ne prône plus la tenue d'un référendum dans un premier mandat, tout devient possible. La bataille politique de la prochaine année se fera sur des enjeux comme l'économie, l'environnement, la santé et l'éducation. Les partis devront rivaliser d'imagination et de créativité pour se faire entendre.
Cette campagne électorale pourrait également être la dernière pour au moins deux des trois chefs : Philippe Couillard n'acceptera jamais de diriger l'opposition. Jean-François Lisée connaîtra le sort de ses prédécesseurs s'il échoue, et François Legault quittera la politique s'il ne parvient pas à décrocher au moins l'opposition officielle.
À moins que... les Québécois n'élisent un gouvernement minoritaire, comme en 2007 et en 2012? Ce n'est pas impossible. La perspective de retourner en élections rapidement pourrait forcer les chefs à faire un dernier tour de piste, si on leur en laisse la possibilité.
Vous aurez tous congé des politiciens cet été. Ils vont vouloir prendre du repos, en prévision de l'été 2018. Parce qu'à partir de l'automne, la politique québécoise va rouler à un train d'enfer en vue des élections. Alors, profitez bien de vos vacances...