Gabriel Nadeau-Dubois

Tasse-toi mon oncle!

CHRONIQUE / Mercredi, une journée avant l'annonce de la candidature de Gabriel Nadeau-Dubois dans Gouin, la publicité de Tout le monde en parle annonçait sa présence à l'émission, enregistrée jeudi soir. Ce n'était pas un hasard. GND avait planifié sa conférence de presse de manière à se retrouver parmi les invités de Guy A. et de Dany Turcotte, dimanche soir. Un million de téléspectateurs, ça vaut bien des campagnes de pub...
Son geste illustre la place que l'ancien porte-parole des carrés rouges compte occuper dans l'espace politique et médiatique. Nadeau-Dubois n'y va pas avec modestie: il annonce à la fois sa candidature au poste de député de Gouin, et à celui de coporte-parole de Québec solidaire. Il se voit déjà chef, avant même d'avoir l'investiture dans Gouin.
«C'est lui qui va représenter le parti aux débats des chefs», spéculait déjà Mario Dumont sur les ondes de LCN, dans les minutes qui ont suivi. 
Pas sûr de ça, Mario... Gabriel Nadeau-Dubois est un communicateur talentueux, mais je le vois mal tasser Manon Massé aux débats des chefs sous prétexte qu'il serait plus jeune, plus beau ou plus présentable. Il n'a pas l'expérience de Manon Massé à l'Assemblée nationale, et il ne jouit certainement pas de la sympathie populaire qu'elle s'est acquise dans sa lutte pour sauver Sainte-Marie-Saint-Jacques. 
Qui plus est, il s'est fait des ennemis dès jeudi en dénigrant à la fois les péquistes et les libéraux. Je le cite: «Il faut sortir du pouvoir la classe politique qui nous gouverne depuis 30 ans. Cette classe politique a trahi le Québec. Qu'elle soit au pouvoir au non, qu'elle soit rouge ou bleue, elle a toujours fait les mêmes choix».
Ça me rappelle le slogan publicitaire «Tasse-toi mon oncle» de Volkswagen pour ses voitures Golf. Jeudi, au Club des ex de RDI, les anciens députés Yves-François Blanchet (PQ) et Gilles Ouimet (PLQ) fulminaient devant le ton condescendant de Nadeau-Dubois. Le bureau de Philippe Couillard envoyait de son côté un courriel aux médias, prédisant que les Québécois n'oublieront pas que GND a refusé de condamner la violence pendant le printemps érable de 2012.
Bref, s'il a fait une entrée remarquée, elle n'était pas remarquable. On était loin du ton généreux de Françoise David, ou respectueux de Manon Massé.
On a toujours dit que Jean-François Lisée avait une haute opinion de lui même. Je pense qu'à ce chapitre, il vient de tomber en deuxième place, derrière GND. Ou peut-être en troisième... Paul Saint-Pierre-Plamondon ne se déteste pas lui non plus: il fallait avoir un gros ego pour se porter candidat à la direction du PQ. Malheureusement, il ne sera pas candidat contre Nadeau-Dubois à l'élection complémentaire dans Gouin. Ça aurait été intéressant de voir ces deux jeunes expliquer aux «mononcles et aux matantes» ce qu'ils ont de mieux à offrir que leurs prédécesseurs pour gouverner le pays du Québec.
Le village du Gaulois
Je comprends que Justin Trudeau ait souhaité la venue de Yolande James à Ottawa. Elle est articulée, intelligente et expérimentée. Mais avant de tenter de l'imposer aux membres du Parti libéral dans Saint-Laurent, le premier ministre aurait dû consulter Stéphane Dion. Saint-Laurent, c'est un village gaulois qui ne se laisse pas imposer les diktats d'Ottawa. Michael Ignatieff s'y est cassé le nez quand il a tenté de tasser Stéphane Dion de cette circonscription à la fin des années 2000, sous prétexte qu'il voulait une candidature féminine. Dion, qui était très présent dans le coin, a rapidement mobilisé ses membres pour contrer le chef. Il a eu gain de cause. Alors ce qu'on a vu mercredi soir avec Yolande James, c'est un peu la même chose.