Le problème de la violence conjugale a été identifié et analysé sous tous ses angles, mais les suivis n'ont pas été faits et les ressources ne sont pas au rendez-vous.

S.O.S. violence conjugale 

CHRONIQUE / Il y aura de l'argent neuf pour les centres de ski dans le budget du ministre Carlos Leitão. Est-ce qu'il y en aura aussi pour la prévention de la violence conjugale et de meurtres comme celui de Daphné Boudreault? C'est douteux. Parce que même si les gouvernements se sont donnés des politiques pour contrer cette violence épouvantable, les fonds publics ont toujours tardé à venir, et le suivi des plans d'action laisse à désirer.
En fin de semaine, la présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, Mme Sylvie Langlais, a envoyé une lettre au ministre de la sécurité publique Martin Coiteux. Elle ne lui demande pas d'argent. Elle s'informe du suivi fait aux engagements pris par son ministère dans le cadre du plan d'action gouvernemental 2012-2017 en matière de violence conjugale.
Par exemple, quelle formation a été donnée aux policiers pour évaluer les risques à la sécurité des femmes? Sur quelle base évalue-t-on les risques avant de remettre quelqu'un en liberté? Quel suivi a-t-on donné à l'engagement de partager l'expertise et les meilleures pratiques d'interventions policières à l'ensemble des corps de police du Québec?
Mme Langlais rappelle avoir alerté personnellement le ministre, en juin dernier, à l'importance d'associer les maisons d'aide et d'hébergement aux protocoles de référence policière. «Nous n'avons eu aucun suivi à cette rencontre».
Cela fait déjà plus de 30 ans que la violence conjugale est devenue un crime au Canada. Au départ, les policiers hésitaient à intervenir dans les «chicanes de famille». En 1986, le Québec a adopté sa première «Politique d'intervention en matière de violence conjugale». Un premier bilan de la judiciarisation de cette violence, publiée en 2002 par Arlène Gaudreault, professeure à l'Université de Montréal, a montré les lacunes du système et notamment le manque de ressources financières.
En 1995, une nouvelle politique d'intervention a été adoptée à la suite d'une vaste consultation impliquant plusieurs ministères, organismes et experts. Il a fallu attendre en 2004 pour voir le gouvernement déposer un plan d'action découlant de la politique de 1995. En 2012, le gouvernement du Parti québécois a déposé à son tour un plan d'action sous le même titre que la politique de 1995 : «Prévenir, dépister, contrer». Bref, le problème a été identifié et analysé sous tous ses angles, mais les suivis n'ont pas été faits et les ressources ne sont pas au rendez-vous.
«Dans le budget de demain, est-ce que vous attendez à voir des ressources supplémentaires» ais-je demandé lundi matin à Mme Langlais?
«Mon Dieu non, m'a-t-elle répondu. On n'a entendu parler de rien et on serait les premières surprises».
Et que devrait faire le gouvernement s'il voulait envoyer un signal fort?
«Ce serait d'investir en prévention. Dans le plan d'action, il devait y avoir de la formation au niveau des policiers, mais ce n'est pas fait. C'est très beau les plans d'action, mais si l'argent ne suit pas, ça ne donne absolument rien».
Mme Langlais signale aussi l'importance des campagnes de sensibilisation. «Lorsque le gouvernement investit dans des campagnes de sensibilisation, les femmes nous appellent parce qu'elles ont des questions : est-ce que je pourrais être victime de violence conjugale etc... C'est là que les femmes réalisent qu'elles ne sont pas seules et que ce qu'elles vivent, ça pourrait être de la violence conjugale».
Mais les gouvernements ne lancent pas souvent de telles campagnes. «On se fait tout le temps dire que ça coute trop cher...»
Il y aura donc de l'argent neuf pour les centres de ski dans le budget de mardi. Mais pour les femmes? C'est douteux.