De nombreux coiffeurs délaissent les salons professionnels pour travailler seuls ou «louer des chaises» dans des locaux et déclarer des revenus inférieurs à 30 000 $ par année, ce qui leur évite d’avoir à s’enregistrer à la TPS et à la TVQ.

Seul son coiffeur le sait...

CHRONIQUE / Pendant que les gouvernements promettent à chaque exercice budgétaire de s’attaquer au travail au noir, ils ferment les yeux sur les appels à l’aide d’une industrie qui dénonce ce phénomène dans ses rangs depuis plusieurs années. Vous êtes passé chez votre coiffeur avant le temps des Fêtes? Lui avez-vous demandé s’il payait ses taxes et impôts comme tout le monde? Vous auriez peut-être dû…

Les dirigeants de l’Association professionnelle des employeurs de la coiffure du Québec viennent de lancer un appel à l’aide au Conseil du patronat (CPQ) pour mener une campagne de sensibilisation sur le sujet auprès des politiciens et de l’Agence du revenu. L’Association est membre du CPQ depuis un an. Elle espère y profiter d’une expertise de lobby plus forte, afin de faire entendre sa voix.

Le problème soulevé par l’Association est simple : de nombreux coiffeurs délaissent les salons professionnels pour travailler seuls ou «louer des chaises» dans des locaux et déclarer des revenus inférieurs à 30 000 $ par année, ce qui leur évite d’avoir à s’enregistrer à la TPS et à la TVQ. Selon l’Association, «une imposante majorité de salons de coiffure» sont dans cette situation. Une pratique qui équivaut à une fraude fiscale annuelle de 280 millions $ dans le secteur des soins personnels, selon une évaluation de l’Agence du revenu.

Outre la concurrence que cela leur crée, les employeurs de la coiffure font valoir que leur respect de la loi, notamment au chapitre de l’impôt, de la CNESST, des assurances et des congés payés, les défavorise par rapport à ceux qui travaillent au noir.

«Quand je paie un congé de maternité à une employée qui amène ses clients dans son sous-sol pendant ce congé et qui m’annonce ensuite qu’elle ne reviendra pas travailler pour moi, c’est une perte énorme», explique un membre de l’Association. Les employeurs affirment également que cette concurrence du travail au noir nuit à leur recrutement de personnel. Selon eux, plus de la moitié des coiffeurs au Québec évitent ainsi de payer la TVQ et la TPS, privant les gouvernements de revenus importants.

«En 2012, nous avons obtenu une rencontre avec le ministre Raymond Bachand», raconte le président de l’Association, Gervais Bisson. «Mais il y a eu des élections tout de suite après et ç’a été oublié.»

Les coiffeurs ont également soulevé le problème sous le gouvernement de Pauline Marois, raconte M. Bisson, mais ils se sont fait dire que le gouvernement «ne toucherait pas à ça» tant et aussi longtemps qu’il serait minoritaire.

À moins d’un an des prochaines élections, en octobre 2018, les coiffeurs tentent à nouveau de sensibiliser les politiciens, mais également la bureaucratie, afin que leur message ne soit pas perdu au lendemain du scrutin s’il y a un changement de gouvernement.

La démarche des employeurs coïncide avec l’implantation, au début de 2018, de modules d’enregistrement des ventes dans leurs commerces, comme on l’a fait dans les restaurants. Dans ce dernier cas, l’implantation de ces modules chez les restaurateurs aurait permis à l’Agence du revenu de récupérer plus de 400 millions $ par année. Les employeurs de la coiffure ne sont pas opposés à l’implantation de ces modules, mais ils estiment qu’elle doit être accompagnée d’autres gestes à l’endroit des gens de leur industrie qui travaillent au noir et qui ne paient pas leurs taxes et impôts.

Légitime comme requête? Il me semble que oui. Bien sûr, ils veulent protéger leurs entreprises. Mais c’est tout aussi légitime que de protester contre le congé de taxes accordé à Netflix, vous ne croyez pas? Parlez-en à votre coiffeur…