Près de 60 missiles Tomahawk ont été lancé par les États-Unis sur une base aérienne en Syrie, jeudi soir.

Quelques missiles plus tard...

CHRONIQUE / Il est facile d'appuyer sur le bouton et de lancer quelques missiles sur une base aérienne en Syrie, comme l'a fait Donald Trump jeudi soir. C'est la suite des choses qui n'est pas simple. Quel geste poser pour mettre fin à la barbarie qui règne dans ce pays sans provoquer un conflit avec les alliés de Bachar Al-Assad?
Dans un monde idéal, la solution passerait par la diplomatie, mais le monde idéal n'existe pas. Dès vendredi matin, la plupart des capitales occidentales avaient donné leur appui à l'initiative américaine. «Le Canada appuie pleinement l'intervention limitée et ciblée que les États-Unis ont menée...» a fait savoir Justin Trudeau par communiqué de presse.
Le choix des mots est important. L'appui du premier ministre s'arrête à une intervention «limitée et ciblée». Le Canada ne veut pas se voir entraîné par l'administration Trump dans une coûteuse et périlleuse intervention au sol comme en Afghanistan. D'où cette phrase suivante de M. Trudeau: «Le Canada continuera de soutenir les efforts diplomatiques en vue de résoudre la crise en Syrie».
Les réactions des autres capitales vont généralement dans le même sens. François Hollande, par exemple, a déclaré que la réponse américaine devait «maintenant être poursuivie au niveau international, dans le cadre des Nations Unies si c'est possible». 
L'ONU fera bien ce qu'elle voudra, c'est à la Maison-Blanche que la suite des choses sera décidée. Les applaudissements que Donald Trump a recueillis pour son intervention en Syrie, autant dans son pays qu'à l'étranger, l'inciteront peut-être à aller plus loin. Mais le régime de Bachar Al-Assad ne sera pas renversé tant et aussi longtemps qu'il aura l'appui de la Russie. Or Donald Trump ne peut pas courir le risque d'un affrontement militaire, même limité, avec Vladimir Poutine.
Au fond, ce qu'on vient de voir, c'est un président qui montre les muscles à l'étranger, mais qui s'est levé vendredi matin avec un défi beaucoup plus complexe, celui d'exercer un leadership international sans engager son pays dans une autre guerre.
Il y a beaucoup d'autres considérations à cette frappe en Syrie, notamment le message qu'elle envoie à la Corée du Nord. Un message qui sera sans doute entendu, parce que tout est possible de la part d'un président aussi impulsif, narcissique et imprévisible. La plupart des sénateurs et membres du congrès des États-Unis, entendus vendredi à CNN, faisaient valoir que les pays comme la Chine, la Russie et la Corée du Nord devraient réévaluer leur comportement face aux États-Unis. C'est probablement vrai, sauf que le test de Donald Trump n'a pas pris fin avec ses frappes de jeudi soir en Syrie. Il ne fait que commencer.
L'homme derrière Mulroney
Les médias ont fait grand état, mercredi, de la présence de Brian Mulroney à une réunion du cabinet Trudeau sur la renégociation de l'Accord du libre-échange avec les États-Unis. Ce dont ils n'ont pas parlé, c'est de la présence de Derek Burney à la même réunion.
Burney a été le directeur de cabinet de Mulroney de 1987 à 1989 avant de devenir ambassadeur du Canada à Washington. Diplomate de carrière, il a servi sept ans au Japon et trois ans en Corée du Sud. Il a été directement impliqué dans les négociations qui ont mené à l'Accord de libre-échange nord-américain ainsi qu'au Traité sur les pluies acides.
Pourquoi je vous le présente? Parce qu'il est rassurant de voir le gouvernement Trudeau faire appel à une telle expertise. Brian Mulroney, c'est la garantie d'un accès personnel à Donald Trump. Derek Burney, c'est la garantie d'une grande expérience et d'une loyauté inconditionnelle pour son pays.