Je constate simplement qu’il n’y a rien de bien surprenant dans le fait que Vincent Marissal ait regardé à la fois chez les fédéralistes et les souverainistes dans sa recherche d’une nouvelle carrière.

Quand la politique devient une religion

CHRONIQUE / Je vous fais une confidence : si je n’étais pas chroniqueur politique, je pourrais vous signer un texte demain matin expliquant pourquoi je suis souverainiste. Et je pourrais vous en signer un autre vantant les vertus du fédéralisme. Je crois sincèrement qu’à l’exception des gens qui en font une religion, des milliers de Québécois se lèvent parfois sur un pied souverainiste, pour se coucher le soir dans le confort du fédéralisme. Tout ça au gré des frustrations ou des gratifications que nous apporte l’actualité quotidienne.

Pourquoi je vous raconte ça? À cause de l’importance qu’on a mis sur la souveraineté dans le débat entourant Vincent Marissal. Comme si c’était une question de foi religieuse ou un enjeu brûlant, ce qui n’est pas le cas. Ou ne l’est plus…

Mercredi dernier, que l’animateur de Day Break à CBC, Mike Finnerty, ait démoli Marissal sur ce point à son émission matinale de mercredi dernier. Je n’ai pas été surpris, parce que l’avenir du Québec au sein du Canada est demeuré une question d’actualité pour les anglophones. Mais pas chez les francophones… 

Malgré cela, nous avons réagi comme s’il s’agissait d’un enjeu quasiment religieux : tu es fédéraliste ou souverainiste, et il n’y a pas d’entre-deux. Faut choisir!

Ça m’a rappelé la politique des années 50 au Québec, quand on était chez les rouges ou chez les bleus pour la vie. Au Parti libéral ou à l’Union nationale. Dans ma campagne natale, près de Rimouski, le voisin de droite était libéral et celui de gauche unioniste. Quand les bleus étaient au pouvoir, c’est le voisin de gauche qui était cantonnier et qui avait le contrat d’entretien des chemins. Quand les libéraux ont pris le pouvoir, le contrat est passé au voisin de droite. C’était comme ça, à l’époque.

Or, c’est un peu comme ça que l’on se comporte quand on exige des gens qu’ils soient souverainistes ou fédéralistes à vie. On en fait une sorte de religion.

C’était peut-être inévitable sous René Lévesque ou en campagne référendaire, mais ce n’est plus le cas. Lucien Bouchard pourrait en témoigner : ministre conservateur sous Brian Mulroney, fondateur du Bloc québécois, et depuis très en retrait de l’option. Pierre-Marc Johnson a été chef du Parti québécois avant d’aller gagner sa croûte chez les fédéralistes. François Legault a été souverainiste avant de faire une croix sur le projet. Pourtant, il nous avait même calculé un surplus de 5 milliards $ pour l’État dans son étude de 2005 sur les finances publiques d’un Québec souverain. David Heurtel a été conseiller de Bernard Landry dans une autre vie avant de passer chez les libéraux. Bref, la liste des gens qui sont passés d’un camp à l’autre serait longue si on faisait une recherche exhaustive.

Je ne cherche pas ici à excuser la démarche de Marissal. Je constate simplement qu’il n’y a rien de bien surprenant dans le fait qu’il ait regardé à la fois chez les fédéralistes et les souverainistes dans sa recherche d’une nouvelle carrière. La situation serait différente si le Québec se dirigeait vers un autre référendum. Mais dans le contexte actuel où Martine Ouellet est quasiment seule à prêcher la république du Québec, la question nationale n’est plus un facteur déterminant

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Parlant de Martine Ouellet, je lui lève mon chapeau sur un point : elle n’abandonne pas facilement. Tout le monde demande sa tête, mais elle ne lâche pas. Si j’étais victime d’une telle salve de critiques et de commentaires désagréables, il y a longtemps que j’aurais trouvé refuge ailleurs, mais pas elle. Je ne crois toujours pas en ses chances de rebâtir le Bloc québécois, mais j’admire tout de même son courage dans l’adversité.