Selon Jean-Marc Fournier, ce n'est pas Raymond Bachand (ci-haut) mais Claude Béchard qui était en sa compagnie lors de l'événement cité dans les allégations d'Yves Francoeur. 

Policiers frustrés ou politiciens corrompus?

CHRONIQUE / Il y a quelque chose de profondément troublant dans les allégations du président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, à l'endroit de Jean-Marc Fournier et de Raymond Bachand. C'est troublant parce que s'il avait raison, c'est tout notre système de justice qui serait en cause :  une simple intervention des autorités politique aurait suffi pour bloquer une enquête policière.
J'ai écouté attentivement la réponse du ministre Fournier, lundi matin à RDI. Ce n'était pas Raymond Bachand, mais Claude Béchard qui participait à la rencontre qui a fait l'objet des allégations de Francoeur. Erreur majeure qui entache la crédibilité des allégations. Le ministre reconnaît avoir participé à cette rencontre, mais il nie qu'elle ait donné lieu à des tractations sur des changements de zonage en retour de contributions financières au Parti libéral.
Francoeur a dit tenir ses informations de quatre ou cinq sources différentes, à des moments différents. L'une de ces sources lui a dit que les enquêteurs «auraient amassé une quantité impressionnante de matériel :  témoignages récents, tapes et transcriptions». Mais un haut gradé de la SQ serait intervenu pour arrêter l'enquête et la surveillance.
Le simple fait que ces sources différentes aient confondu Raymond Bachand avec Claude Béchard donne à penser que l'allégation vient au départ d'une seule et même personne et qu'elle a ensuite été répétée par les autres. Cinq sources différentes n'auraient pas commis la même erreur.
Si ces allégations sont fondées, il y a là un scandale grave. Mais si c'est faux et qu'elles sont le fait de policiers frustrés ou de tactiques syndicales, c'est tout aussi scandaleux. Dans un état de droit, la police n'a pas le droit de faire indirectement ce qu'elle ne peut faire directement, c'est-à-dire de salir la réputation des gens lorsqu'elle est incapable de bâtir une preuve suffisante pour aller devant les tribunaux.
Francoeur a révélé qu'il n'a pas porté ses allégations à la commission Charbonneau ou au Directeur des poursuites criminelles et pénales, parce qu'il ne croit pas à l'indépendance de ces institutions. C'est la théorie du complot : tous ces gens seraient des marionnettes du pouvoir? Impossible!
Les enquêtes policières prennent parfois beaucoup de temps. Il a fallu attendre au 25 janvier dernier pour voir un tribunal condamner Jacques Corriveau à quatre ans de prison pour son implication dans le scandale des commandites entre 1997 et 2003. Faudra-t-il attendre aussi longtemps pour avoir le fin mot de l'histoire sur les allégations d'Yves Francoeur? Après les dizaines de millions de dollars investis dans la commission Charbonneau et l'UPAC, ce serait inacceptable. 
La police a autre chose à faire que de ressasser éternellement les vieux dossiers du financement politique illégal, auquel tous les partis politiques, sauf Québec solidaire, ont participé. Alors que l'on bouge! La Sûreté du Québec a émis, en fin d'après-midi, un communiqué de presse annonçant qu'elle élargissait son enquête, déclenchée au mois de mai, à la lumière des informations publiées dans le journal. Bizarre : on élargit une enquête en cours non pas en raison du sérieux des allégations que l'on connaissait déjà, mais à cause d'un article dans le journal? Ce n'est vraiment pas sérieux.
Dans un monde où la police a procédé à l'arrestation et à la mise en accusation de Nathalie Normandeau, on veut croire que la justice ne connaît pas d'entraves politiques. Mais on n'aime pas voir de simples allégations corrompre le débat politique pendant des années, sans savoir ce qui se passe.
J'ai écrit samedi qu'un gouvernement n'a pas à tenir d'élections complémentaires quand la démission d'un député survient moins d'un an avant les élections générales. C'est plutôt six mois.