Le premier ministre canadien n'a pas caché qu'il n'était pas un fan de M. Trump.

Pas de selfie avec Trump

CHRONIQUE / Justin Trudeau rencontrera Donald Trump lundi à Washington. Normalement, la nouvelle serait banale, mais la normalité n'existe plus dans la capitale américaine.
Rarement aura-t-on vu une telle différence de personnalité et de philosophie entre un premier ministre du Canada et un président des États-Unis. Il faut pour cela remonter aux relations tendues sous Richard Nixon, qui traitait Pierre Elliott Trudeau de «trou de c...» en 1971, dans ses conversations privées retrouvées parmi les bandes audio au bureau ovale de la Maison-Blanche.
Brian Mulroney a joui de l'amitié immédiate de Ronald Reagan, dont il partageait les origines irlandaises. Jean Chrétien jouait au golf avec Bill Clinton. Quant à Stephen Harper et Barack Obama, on peut résumer leurs rapports en disant qu'ils ont été corrects, mais sans plus.
Accueilli avec chaleur et avec tous les honneurs à la Maison-Blanche par Obama en mars 2016, Justin Trudeau n'aura jamais de relations aussi cordiales avec Donald Trump. D'une part, le premier ministre canadien n'a pas caché qu'il n'était pas un fan de M. Trump pendant la campagne électorale américaine. D'autre part, les politiques de son gouvernement sur l'environnement, les politiques sociales ainsi que les relations commerciales et internationales sont à ce point différentes qu'on voit mal comment les deux hommes pourraient devenir complices. 
Au fond, M. Trudeau va à Washington dans le même esprit qu'il y a envoyé trois de ses principaux ministres depuis deux semaines. Le Canada ne veut pas se retrouver dans une situation conflictuelle avec son principal partenaire commercial.
La grande question n'est pas le comportement de M. Trudeau à cette rencontre. Il est bien élevé et il saura sans doute faire valoir les intérêts du Canada sans provoquer inutilement son interlocuteur. C'est l'attitude totalement imprévisible de Trump qui sera surveillée. Il peut se montrer accueillant, tout comme il peut se montrer distant pour ensuite dénigrer son visiteur sur Twitter.
Les relations personnelles entre les leaders sont importantes. Brian Mulroney a profité de ses relations avec Reagan et Bush pour faire débloquer les discussions avec les États-Unis sur les pluies acides. Au début, Ronald Reagan ne croyait même pas aux dangers de ce phénomène pour nos lacs et nos rivières. Justin Trudeau parviendra-t-il a gagner la confiance de Donald Trump ou du moins à le convaincre de son intérêt à s'entendre avec son voisin du nord? C'est son principal défi. 
Sklavounos
Ce n'est pas Gerry Sklavounos que l'on regardait, jeudi, pendant qu'il faisait son «examen de conscience» devant les médias à Montréal. C'est le visage de sa femme, qui était là pour l'appuyer, malgré tout. Quel triste spectacle. Je comprends que pour les conseillers en gestion de crise, le conjoint doit être là pour donner de la crédibilité au message, mais je pense que c'était une erreur dans le cas de Sklavounos. Bien des gens estiment qu'après s'être mis dans le pétrin tout seul, il aurait dû avoir l'élégance de s'en sortir tout seul. Le député n'a rien admis. Les femmes qui se seraient plaintes de son comportement auraient mal interprété ses gestes et ses paroles, a-t-il dit. Bref, ce n'est pas sa faute, c'est celle des femmes. Le message ne passe pas.
S'il a des amis au sein du caucus libéral, il devrait comprendre qu'il ne leur rendra pas service en réintégrant leur groupe. Il sera une cible facile jusqu'aux prochaines élections. Alors qu'en acceptant de siéger comme indépendant, il se donne une chance de faire entendre sa voix sur des enjeux importants et de démontrer qu'il mérite encore la confiance de ses électeurs et de ses collègues.