Le ministre de Finances Carlos Leitão

Ottawa s'endette, Québec rembourse

CHRONIQUE / Pendant qu'Ottawa gonfle son déficit pour stimuler l'économie, Québec garde le cap sur l'équilibre budgétaire et annonce un surplus de 1,8 milliard $ au 30 novembre, au chapitre du solde budgétaire cumulatif. Le gouvernement Couillard va-t-il dans la mauvaise direction? Devrait-il accepter un déficit pour contribuer à la relance de l'économie?
Il y aura beaucoup de pressions en ce sens à l'approche du budget du ministre Carlos Leitão en mars. Depuis la reprise des travaux parlementaires, les groupes de pression défilent quotidiennement dans les galeries de l'Assemblée nationale pour réclamer plus d'argent. Ce sont toujours de bonnes causes. Prises séparément, les demandes ne sont pas énormes. C'est quand on fait l'addition de ces demandes que ça se gâte.
Après deux ans d'austérité, le gouvernement Couillard se prépare à déposer un budget porteur d'un nouveau message. On y parlera notamment de réinvestissement dans l'éducation, dans l'aide aux familles, dans le soutien aux déshérités. Mais ce serait une erreur de mettre en péril un équilibre budgétaire aussi précaire parce qu'on attend un petit surplus à la fin de l'exercice financier en cours. Ce serait oublier que le Québec demeure la province la plus endettée du Canada, et que ses contribuables sont les plus taxés du pays.
Entre vous et moi... il est beaucoup plus habile de laisser le gouvernement fédéral puiser dans ses coffres pour stimuler l'économie, que de s'endetter ici pour le faire. D'une part, le déficit annoncé par le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, n'est pas énorme par rapport au produit intérieur brut du Canada (PIB). D'autre part, le ratio de la dette accumulée du fédéral par rapport au PIB n'est que de 30 %, alors que celui du Québec frise les 50 %! Avec un service de la dette moins lourd à porter, Ottawa pourra revenir à l'équilibre budgétaire beaucoup plus facilement que le Québec. 
Il y a des moments où les gouvernements sont tenus d'accroître leurs dépenses pour soutenir ou relancer l'économie. Le gouvernement de Bernard Landry l'a fait à l'automne 2001, après l'attentat terroriste du 11 septembre. Le Québec était alors en équilibre budgétaire. Mais craignant que cet attentat ne provoque une récession, la ministre Pauline Marois a décidé d'accroître de 3 milliards $ les investissements de l'État dans les infrastructures. «Ces 3 milliards $ d'investissements auront un effet de levier, dans la mesure où le gouvernement fédéral, les municipalités et, dans certains cas, des investisseurs privés se joindront à nous», avait expliqué Mme Marois. Le gouvernement Charest a utilisé la même recette pour contrer le ralentissement de l'économie pendant la récession de 2008-2009. 
Dans les deux cas, on parlait d'une «bonne dette» :  le gouvernement détient un actif contre sa dette lorsqu'il emprunte pour construire une route, une école ou un hôpital. Ces investissements sont portés au service de la dette et n'entrent pas dans les dépenses de programme comme les déboursés pour la Santé ou l'Éducation. 
En principe, tout cela se tient, sauf que les nouvelles infrastructures demandent de l'entretien et contribuent ainsi à la hausse des dépenses de programme. Et quand le gouvernement se lance dans les dépenses, tous les ministères sont en demande et il devient impossible de garder le contrôle sur les dépenses. 
L'équilibre budgétaire du début des années 2000 n'a pas duré. Celui de 2015-2016 est encore bien fragile. S'il est vrai qu'il est urgent de stimuler l'économie, laissons Ottawa le faire. Après les années de disette sous les conservateurs, c'est bien son tour.