Le ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, David Heurtel

Ottawa attend encore la facture!

CHRONIQUE / Rappelez-vous la montée de lait de Jean-Marc Fournier et de David Heurtel concernant les frais engendrés par l’entrée des migrants irréguliers sur le chemin Roxham. Les manchettes étaient spectaculaires: «Facture de 146 millions $: Québec réclame à Ottawa tous les frais encourus pour la crise des migrants». La réaction du gouvernement Trudeau semblait tout aussi énergique: «Migrants: Ottawa ne remboursera pas les 146 millions $ réclamés par Québec».

Tous les titres nous menaient vers un beau conflit fédéral-provincial, comme on les aime. Mais le ton a changé du tout au tout à la suite de la rencontre du 18 avril de David Heurtel avec Marc Garneau: «Ottawa va examiner la demande de remboursement du Québec» avait annoncé La Presse canadienne, en faisant dire au ministre Heurtel qu’il avait senti «une plus grande ouverture» du gouvernement fédéral. «Les experts du fédéral vont s’asseoir avec nos experts, on va parler notamment de la ventilation des coûts [de la facture]» avait déclaré le ministre.

C’est bien beau tout ça, mais encore faut-il que le travail se fasse. À la mi-avril, François Légault avait dénoncé l’amateurisme du gouvernement Couillard dans ce dossier. Il avait fait valoir que dans l’entreprise privée, on ne paie jamais une facture sans en avoir les détails.

Du coté gouvernemental, on avait rétorqué que les 146 millions $ réclamés étaient une évaluation préliminaire et qu’il faudrait attendre la fin de l’année financière 2017-2018, au 31 mars, pour connaître le détail de la réclamation. Or un mois après la fermeture des livres, les experts du fédéral attendent toujours les chiffres du Québec. C’est ce qu’on m’a répondu lundi, quand j’ai vérifié à Ottawa. Du coté de Québec, on ne savait même pas si le groupe de travail fédéral-provincial annoncé le 18 avril avait été créé, s’il avait commencé ses travaux, et quelle en était la composition.

Vous allez me dire que ce n’est pas tragique, que c’est de l’argent en banque... Mais est-ce vraiment le cas?

Il faut battre le fer quand il est chaud, dit-on souvent. Or si la machine administrative du Québec n’est pas en mesure de suivre le discours pressé de ses ministres, le gouvernement Couillard sera accusé de se traîner les pieds. Et de façon générale, tout ce qui traîne se salit.

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Les justiciers

François Legault croyait avoir frappé un grand coup en 2012, en recrutant Jacques Duchesneau, l’ancien chef de police de Montréal. L’aventure ne s’est pas très bien terminée. M. Legault y est allé d’un autre grand coup en embauchant Sonia Lebel, l’ancienne procureure en chef de la Commission Charbonneau. Mme Lebel sera candidate pour la CAQ en Mauricie. Elle a annoncé qu’elle y va notamment pour faire le suivi aux recommandations de la commission, et pour contribuer à l’éthique et à l’intégrité de nos institutions politiques. M. Legault a même déclaré qu’elle était «ministrable».

Les justiciers en politique, c’est très bien. Mais il est toujours plus facile de promettre un comportement éthique exemplaire quand on est dans l’opposition. Le simple fait de recruter des policiers comme Jacques Duchesneau ou des procureurs comme Mme Lebel, élève les attentes et impose plus de rigueur et de transparence dans les dossiers controversés. Cette transparence peut devenir bien déplaisante lorsqu’il s’agit de confesser un collègue qui fait l’objet d’allégations sérieuses. Peut-être que Mme Lebel sera la femme de la situation... Mais elle devra être aussi insistante dans sa recherche de l’éthique et de l’intégrité, qu’elle l’a été avec Julie Boulet à la Commission Charbonneau. Au point de ne pas être très «sympathique…»