C’est dans des camions que les migrants arrivant du Niger sont recueillis à la frontière algérienne. Plusieurs sont ensuite emmenés dans le désert où ils sont abandonnés. Plus de 13 000 migrants auraient subi ce triste sort au cours des 14 derniers mois.

Mourir noyés en mer ou de soif dans le désert

CHRONIQUE / Pendant que des milliers de migrants meurent noyés en Méditerranée, d’autres sont abandonnés ou poussés de force par l’Algérie dans le Sahara pour y mourir de soif. Cette nouvelle a fait le tour du monde. L’Algérie aurait ainsi abandonné plus de 13 000 personnes dans le désert au cours des 14 derniers mois, y compris des femmes enceintes et des enfants.

L’humanité a pourtant vu d’autres grands drames humanitaires dans le passé. À elles seules, les deux guerres mondiales ont fait près de 80 millions de morts. La guerre en Syrie a coûté la vie à 350 000 personnes, peut-être davantage. Mais la crise migratoire actuelle nous confronte à un dilemme angoissant sur le plan humain. Comment réagir à ce flot énorme de migrants sans mettre en péril nos propres institutions, mais sans fermer les yeux sur le sort de milliers d’êtres humains qui se déplacent pour fuir les conflits armés, la famine, la désertification, ou tout simplement pour améliorer leur sort?

Il est facile, vu d’ici, de dénoncer les pays comme les États-Unis, la Hongrie ou l’Italie, qui tentent de fermer leurs frontières à cette misère humaine. La critique est immédiate lorsqu’on met un visage sur ce drame, ou lorsqu’on l’illustre avec un montage photo d’une fillette en larmes devant Donald Trump. Mais il est tout aussi facile et tentant de regarder ailleurs et d’ignorer nos obligations lorsqu’on résume ce phénomène migratoire en quelques chiffres, et surtout lorsque ça se passe ailleurs dans le monde. 

Les chiffres, ça n’a pas d’émotion. Ça ne fait qu’alimenter la peur ou les préjugés. Notre réaction aux migrants qui franchissent le chemin Roxham a montré à quel point la crainte prend rapidement le dessus sur la compassion. Crainte d’être envahis par une horde de réfugiés, et préjugés à l’endroit de ces migrants, de leur religion, de leurs habitudes de vie et des coûts générés par leur présence chez nous.

La réaction est la même partout. Au printemps, le gouvernement Trudeau a promis d’effectuer un triage parmi les candidats au statut de réfugiés qui arrivent illégalement au Québec, afin de diriger ailleurs ceux dont la destination est l’Ontario ou une autre province. Mais voilà qu’après Montréal, c’est au tour de Toronto de se plaindre. Le maire de la Ville-Reine, John Tory, vient d’écrire aux gouvernements ontarien et canadien, pour leur dire que ses centres d’hébergement, qui logent déjà 3000 réfugiés, n’ont pas l’espace nécessaire pour en accueillir davantage. D’autres migrants ont été logés dans des institutions d’enseignement qu’il faudra libérer à compter du 9 août en prévision du retour des étudiants.

Si la situation inquiète déjà les Canadiens, imaginez le climat ailleurs : uniquement en 2015, 1,2 million de réfugiés ont demandé l’asile à l’Union européenne. C’est énorme par rapport aux 25 000 Syriens que Justin Trudeau avait promis d’accueillir en 2015.

Nous sommes nombreux à vouloir faire notre part devant cette crise mondiale. Nous savons qu’il est illusoire de vouloir accueillir tous les migrants qui veulent venir ici, mais nous ne voyons pas de solution à l’horizon. Tant et aussi longtemps que la pauvreté, la famine, les conflits armés et les changements climatiques continueront de sévir, le phénomène migratoire continuera à prendre de l’ampleur. 

Il est impossible de fermer les yeux sur ces milliers de morts en Méditerranée, dans le Sahara ou dans des camps de réfugiés insalubres. Peut-être comprendrons-nous un jour que la seule avenue à long terme doit passer un effort international considérable pour améliorer l’économie des pays du Sud, et pacifier certains territoires. 

J’ai bien dit… peut-être.