Lors de son passage à la Maison-Blanche, lundi, le premier ministre Trudeau a participé à une table ronde avec un groupe de femmes entrepreneures. Il était notamment assis avec Donald Trump et sa fille, Ivanka.

Mission accomplie

CHRONIQUE / Je ne sais pas qui a eu l'idée, mais c'est génial : asseoir Donald Trump et Justin Trudeau autour d'une même table avec un groupe de femmes entrepreneures pour discuter de l'avancement des femmes en affaires, c'était gagnant-gagnant. Gagnant pour l'image de Trump, qui en a grand besoin, et tout à fait compatible avec le féminisme dont se réclame Justin Trudeau.
Dans un autre contexte, on pourrait n'y voir que le travail des faiseurs d'images, mais la participation d'Ivanka Trump à cette initiative démontre qu'elle est prise au sérieux à Washington. Le simple fait qu'un tel événement ait été organisé démontre que l'administration Trump souhaitait, tout autant que celle de Justin Trudeau, faire un succès de cette première rencontre officielle entre les deux hommes.
L'allocution du président devant la presse, après la rencontre, allait dans le même sens. Il a lu un texte du début jusqu'à la fin, évitant ainsi les dangereux dérapages dont il est capable. Toute son intervention est allée dans le sens des préoccupations exprimées par le Canada : renforcer les efforts communs pour améliorer le commerce, combattre le terrorisme, améliorer la défense des deux pays. Lorsqu'un journaliste lui a demandé si l'entrée de 40 000 réfugiés syriens au Canada constituait une menace pour la sécurité des États-Unis, il a contourné la question et rappelé les mesures d'expulsion de criminels prises par son administration. 
Justin Trudeau a été tout aussi prudent. Il n'a pas répondu à une question lui demandant de comparer sa relation avec Trump avec celle qu'il entretenait avec Obama. Interrogé sur les politiques anti-immigration de son interlocuteur, M. Trudeau a déclaré qu'il ne lui appartenait pas de s'ingérer dans les affaires de son voisin du sud. 
Et qu'en est-il de l'accord de libre-échange que Donald Trump avait promis de renégocier ou même d'abolir? Le président a répondu que c'est avec le Mexique et non avec le Canada que le problème se posait. Il a semblé répéter mot pour mot l'argumentaire que lui a servi la diplomatie canadienne depuis sa victoire, à savoir que les deux pays seront plus forts en travaillant ensemble. 
Est-ce la fin du protectionnisme annoncé plus tôt? Pas du tout. Mais on peut penser que la renégociation de l'accord de libre-échange, si renégociation il y a, ne tournera pas en guerre commerciale.
J'imagine d'ici la réaction des ministres et des fonctionnaires canadiens qui ont accompagné Justin Trudeau à Washington. Ils ne pouvaient demander mieux comme accueil. Personne n'osera prédire une amitié entre le président et le premier ministre, mais le gros bon sens semble l'avoir emporté dans la capitale américaine, à tout le moins en ce qui concerne le Canada.
Ce n'est pas la première fois que Trump adoucit son discours ou fait volte-face depuis qu'il a pris le pouvoir. Il l'a fait avec la Chine après une conversation téléphonique avec le président Xi Jinping. Il l'a fait avec Israël en déclarant que l'expansion des colonies n'est pas bonne pour la paix. Il l'a fait avec l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN), dont il n'attend plus qu'un meilleur partage des coûts.
Même s'il réitère encore quelques-uns de ses slogans électoraux, on constate que la réalité du pouvoir semble commencer à s'installer dans sa réflexion. Peut-être qu'il se fatigue. Peut-être aussi que le vieux proverbe qui dit que «chien qui aboie ne mord pas» s'applique à son cas... 
Le gouvernement Trudeau a bien joué ses cartes. Jamais on n'avait vu autant de préparatifs à une rencontre avec un président américain. C'est bien, mais avec Trump, il ne faudra jamais baisser la garde.