En vendant un terrain à la communauté musulmane pour l'installation d'un cimetière, le maire Régis Labeaume respecte ainsi l'engagement qu'il avait pris après l'attentat à la grande mosquée.

Mieux vaut tard que jamais

CHRONIQUE / Régis Labeaume n'était pas peu fier d'annoncer que la Ville de Québec avait trouvé un emplacement pour le projet de cimetière de la communauté musulmane de la capitale, et avec raison. Le triste débat qui a entouré ce projet à Saint-Apollinaire, sur la rive sud du fleuve, a terni la réputation du Québec même si le rejet du site proposé n'a été le fait que de 19 personnes.
En rétrospective, il était imprudent de lancer un tel projet sur un terrain soumis à un changement de zonage et donc à l'acceptation des propriétaires voisins. L'idée même de vivre à proximité d'un cimetière rebute certaines personnes. Alors imaginez la réaction quand il s'agit du cimetière d'une communauté qui fait l'objet des pires préjugés.
Même si le projet de Saint-Apollinaire avait passé le test du référendum du 16 juillet, la controverse aurait perduré. Il aurait fallu prévoir une surveillance policière pour contrer les actes de vandalisme, une surveillance que la municipalité n'aurait pas eu les moyens d'assurer. Pour ceux qui ne connaissent pas bien la ville de Québec, le terrain vendu à la communauté musulmane est beaucoup mieux situé. Il est très près des quartiers de l'arrondissement de Sainte-Foy où habite une bonne partie de la communauté musulmane. D'autre part, il est dans une zone où l'on retrouve un autre cimetière, et dans un secteur beaucoup plus facile à surveiller.
La vente de ce terrain à la communauté musulmane s'imposait à la suite de l'échec de Saint-Apollinaire. Le maire Labeaume respecte ainsi l'engagement qu'il avait pris après l'attentat à la grande mosquée. Le premier ministre Couillard avait également promis la collaboration du gouvernement, mais c'est à la Ville qu'il revenait de trouver un site. Il est dommage qu'il ait fallu une telle controverse à Saint-Apollinaire pour en arriver à la décision annoncée vendredi matin. Quand on pense que la dépouille d'Azzedine Soufiane, ce populaire épicier de Sainte-Foy tué à la grande mosquée en tentant d'intercepter le meurtrier, a été enterrée au Maroc, alors que sa femme et ses trois enfants vivent à Québec...
Il se trouvera sans doute quelques esprits chagrins ou islamophobes pour critiquer le geste de la Ville de Québec. Mais avec un maire comme Régis Labeaume, la décision ne sera pas soumise au ballottage de l'humeur populaire. On peut reprocher bien des choses au maire, mais pas celle de plier les genoux devant la critique.
Questions linguistiques
Les Québécois sont de plus en plus bilingues, mais le français parlé à la maison est à la baisse, pendant que la francophonie perd du terrain ailleurs au pays. Les chiffres du dernier recensement de Statistique Canada ne constituent pas une grande surprise, mais ils vont relancer le débat linguistique au Québec. Le bilinguisme est souvent perçu comme un premier pas vers l'assimilation chez les minorités francophones des autres provinces. Mais si vous demandez à tous les Québécois francophones du Québec s'ils désirent que leurs enfants soient bilingues, ils vous répondront par l'affirmative. Quand Pierre Curzi a proposé au PQ que la loi 101 s'applique également au niveau collégial, ce sont les militants des régions très francophones qui se sont opposés. C'est chez les péquistes de la métropole, où l'anglais se fait plus menaçant, que l'on favorisait le plus cette option.
Il reste que les chiffres du dernier recensement nous rappellent à une réalité inquiétante. On veut bien être bilingues et ce n'est pas en nous cantonnant dans l'unilinguisme que l'on fera progresser le Québec. Mais la survie du français en Amérique du Nord ne relève que de nous et il faudra y mettre des efforts supplémentaires.