La députée péquiste de Vachon, Martine Ouellet, a été invitée à se lancer en politique par Pauline Marois. Elle n'a jamais eu le même rapport personnel avec Pierre Karl Péladeau et Jean-François Lisée.

Martine au Canada

CHRONIQUE / Martine Ouellet a la tête ailleurs. Elle doit décider d'ici la fin janvier si elle postule la direction du Bloc québécois. Mais si elle a été un peu moins présente à l'Assemblée nationale, ces dernières semaines, c'est qu'elle est au chevet de son père gravement malade. C'est le genre de chose dont on ne parle pas souvent dans l'espace public.
La politique n'a pas quitté la députée de Vachon pour autant. Après deux échecs au leadership du Parti québécois, voici que des gens du Bloc québécois l'incitent à faire le saut au fédéral. Ça me rappelle le cas de Gérard Deltell: il ne se sentait plus désiré chez François Legault quand Stephen Harper l'a invité à se joindre aux conservateurs fédéraux.
Martine Ouellet est dans la même situation: c'est Pauline Marois qui l'a invitée à se lancer en politique. Elle n'a jamais eu le même rapport personnel avec Pierre Karl Péladeau et Jean-François Lisée. La motivation vient moins rapidement quand on n'a pas d'atomes crochus avec le patron...
Son départ éventuel vers Ottawa soulève toutefois une question importante: si elle est élue à la tête du Bloc québécois, elle conserverait son poste de députée de Vachon jusqu'aux prochaines élections québécoises en octobre 2018. Elle dit avoir vérifié avec le commissaire à l'éthique qui lui a dit qu'a priori, il n'y aurait pas incompatibilité entre ces deux fonctions. Elle attend une confirmation écrite de cet avis.
L'opinion du commissaire ne répond pas à la question politique soulevée par une telle situation. Ses adversaires feront valoir que les contribuables québécois n'ont pas à payer le salaire d'une députée à temps partiel qui dirige une formation politique à Ottawa. À sa défense, convenons que Martine Ouellet n'est pas une paresseuse. Mais c'est le précédent qui fait sourciller. Elle fait valoir que ce précédent existe déjà: Marcel Léger était député à l'Assemblée nationale lorsqu'il a fondé le Parti nationaliste dont il a été le chef intérimaire de septembre 1983 à mai 1984. C'est exact, mais ce parti n'avait pas d'élus à Ottawa alors que le caucus du Bloc québécois compte 10 députés. La charge de travail n'est pas la même. De plus, Mme Ouellet serait députée à Québec pendant plus d'un an et demi si elle était élue à la direction du Bloc québécois sans détenir de siège au Parlement fédéral.
Son principal argument est qu'elle veut éviter une élection complémentaire dans Vachon, dont les coûts sont évalués à près de 600 000 $. D'un strict point de vue comptable, elle a raison : 600 000 $, c'est plus de trois fois le coût de son revenu à l'Assemblée nationale pendant deux ans. Ce qui nous ramène donc au débat politique. On pourra toujours faire valoir que c'est le Bloc québécois qui devrait payer son salaire, mais cela forcerait quand même sa démission dans Vachon et la tenue d'une élection complémentaire.
Et en bout de piste, pourquoi vouloir aller à Ottawa prendre la direction d'un parti que l'on tient pour moribond? Entre vous et moi, j'ignorais que le Bloc préparait une course au leadership et j'avais oublié qu'il avait 10 députés. C'est tout dire...
Martine Ouellet est surprise: elle fait valoir que le parti a 20 000 membres, deux fois plus que le NPD au Québec ou que la CAQ, et que ses députés ont été très présents dans les débats sur Énergie Est et la vente de RONA. Elle rappelle que le Parti conservateur n'avait plus que deux députés sous Jean Charest!
Sous sa direction, conclut-elle, ce serait beaucoup plus facile de tisser des liens avec la politique québécoise.
Pourra-t-elle développer d'Ottawa la complicité avec Jean-François Lisée qu'elle n'a pas à Québec? Ça reste à voir.