Selon Margaret Wente du Globe and Mail, le plan de Justin Trudeau contre les changements climatiques nous imposera des sacrifices énormes, mais aura «zéro effet» à l'échelle planétaire.

Margaret a baissé les bras...

Margaret Wente tient une chronique au Globe and Mail depuis plusieurs années. J'aime le style et la variété de ses sujets, et ça me donne une vue sur l'autre solitude de ce pays. Cette semaine, elle m'a surpris et déçu : Trudeau's Climate "Deal": All Pain, No Gain.
Selon elle, le plan de Justin Trudeau contre les changements climatiques nous imposera des sacrifices énormes, mais aura «zéro effet» à l'échelle planétaire. «C'est triste, mais nous ne comptons pas, écrit-elle. Si les populations côtières de la planète sont destinées à être noyées à cause de la fonte des icebergs, elles le seront de toute manière. L'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche a tué l'idéalisme climatique. Il est temps de passer au réalisme climatique, donc d'être plus modeste dans nos politiques sur le climat.» 
Ce discours pessimiste est le pire danger qui nous attend : baisser les bras et admettre qu'il est trop tard. Mardi, le prince Albert de Monaco a participé à une conférence au Forum de l'Artic Circle à Québec. Il a déploré qu'après l'Accord de Paris et de la conférence de Marrakech, certains discours ont malheureusement refait surface. 
Ces discours sont ceux de Donald Trump aux États-Unis, mais également de certaines voix de plus en plus insistantes chez nous. On fait valoir que dans le contexte de la victoire des républicains aux États-Unis, le Canada risque d'affaiblir son économie au nom d'un effort planétaire où il n'aura aucun effet. Il est dangereux de succomber à ce discours : la planète est foutue? Autant faire le party jusqu'à la catastrophe!
Quelle erreur ce serait de tomber dans ce piège à cause de Donald Trump. D'une part, on connaît les Américains :  sur les enjeux planétaires, ils n'agissent que lorsqu'ils sont directement touchés ou menacés. Lorsque le risque de pandémie du virus Ebola a fait son apparition en Afrique de l'Ouest, Washington est resté bien calme. Ce n'est qu'à l'arrivée des premiers patients contaminés en sol américain que la Maison-Blanche a véritablement bougé. Donald Trump peut dire ce qu'il veut sur les changements climatiques, il n'aura pas le choix que d'y croire quand les intérêts de son pays seront touchés et que les désastres naturels menaceront ses zones côtières. Il agira peut-être sur le tard, mais ce serait une erreur de baisser les bras et de l'attendre au bord du précipice.
D'ailleurs, c'est faux de croire que les efforts du Canada auront zéro effet. Quand on voit Bill Gates annoncer la mise sur pied d'un fonds d'investissement d'un milliard de dollars pour les technologies vertes, on devrait comprendre que nous ne sommes pas seuls dans ce train. D'où l'importance de ne pas baisser les bras.
Changement de sujet... On a appris cette semaine que le gouvernement Trudeau avait nommé trois nouveaux commissaires à l'Office national de l'énergie. Ce serait la première étape en vue de la reprise des audiences publiques sur Énergie Est. Ces audiences avaient été interrompues par des manifestants à Montréal à cause de la controverse causée par le fait que les commissaires en place avaient rencontré Jean Charest en secret, alors qu'il était lobbyiste pour TransCanada. Détail intéressant : l'un des commissaires, Marc Paquin, vient du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement. L'autre, Don Ferguson, a été dans la fonction publique du Nouveau-Brunswick. Le troisième est Carole Malo, qui a 25 ans d'expérience dans le développement et le financement des infrastructures. On voit ici l'espoir du fédéral :  réconcilier le Québec qui s'oppose à Énergie Est, avec la communauté des affaires et le Nouveau-Brunswick qui réclament ce pipeline. Ce ne sera pas un mariage facile.