Martine Ouellet croyait probablement que la présence à Ottawa de son directeur de cabinet, Louis-Philippe Dubois, permettrait de combler le vide créé par son absence. C'est le contraire qui s'est produit.

Loin des yeux, loin du coeur

CHRONIQUE / Le leadership politique est une responsabilité exigeante qui commande une grande proximité avec les troupes, une écoute attentive, et des interventions rapides pour calmer les tensions. Imaginez la difficulté quand le chef n'est pas là. C'est le problème de Martine Ouellet et du Bloc québécois. La crise interne qui a divisé son caucus, la semaine dernière, a été une démonstration convaincante du pari fou pris par Mme Ouellet de siéger à Québec et de diriger le Bloc à distance.
La confiance et l'amitié ne se gagnent pas au téléphone ou par courriel. C'est le contact quotidien du chef avec ses collègues qui permet d'aplanir les difficultés, de gagner leur respect, et éventuellement leur estime et leur loyauté.
Martine Ouellet croyait probablement que la présence à Ottawa de son directeur de cabinet, Louis-Philippe Dubois, permettrait de combler le vide créé par son absence. C'est le contraire qui s'est produit. M. Dubois s'est laissé entraîner dans des querelles internes qui ont mené à sa perte. Un non-élu sort rarement gagnant d'une bataille contre un élu, même s'il a la confiance du chef. Mme Ouellet a dû choisir entre Dubois et ses députés. Elle n'avait pas d'autre choix que de se ranger du côté des députés.
Cette querelle survient au moment même où le Parti québécois est en guerre ouverte contre Québec solidaire et sa vedette, Gabriel Nadeau-Dubois. Des souverainistes contre des souverainistes dans les deux capitales... A-t-on vraiment besoin de ça quand on veut battre les libéraux? Et surtout quand on veut se donner une marque de commerce crédible en vue des élections!
Cette fois, ce sera l'environnement, a annoncé Jean-François Lisée en fin de semaine. Vingt-quatre heures à peine avant que Philippe Couillard ne baptise le siège social d'Hydro-Québec du nom de Jean Lesage, le père de la Révolution tranquille. Un geste qui a permis au premier ministre de rappeler que ce sont les libéraux qui ont opté pour l'hydroélectricité, alors que les péquistes privilégiaient l'option nucléaire.
C'est bien que l'opposition officielle décide de pousser fort sur l'environnement en vue des prochaines élections. Il est trop facile pour les gouvernements de céder aux lobbies d'affaires lorsqu'il y a des revenus en vue pour l'État et des emplois pour la population. Et c'est vrai que même si on n'aura pas de décision sur Énergie Est d'ici les prochaines élections en 2018, le projet aura fait du chemin et commandera des gestes des élus en 2019. Alors, qu'on en parle aux élections d'octobre 2018, c'est tout à fait souhaitable.
Mais la feuille de route des péquistes sur les questions environnementales ne sera pas parfaite. Les libéraux auront vite fait de rappeler que c'est sous le PQ que les projets comme Cimenterie McInnis et le forage à Anticosti ont été lancés. Et Philippe Couillard multipliera les rappels de la Conférence de Paris sur les changements climatiques, de la Bourse du carbone, etc. Je vous laisse imaginer le reste.
Tout ça pour dire que le Parti québécois d'une part et les forces souverainistes de l'autre devront faire preuve d'audace et d'imagination pour surprendre et convaincre aux élections d'octobre 2018.
On comprend donc que la dernière chose dont ils ont besoin est d'autres querelles internes comme celles qui ont fait les manchettes au cours de la dernière semaine. Comme le projet de convergence n'est plus à l'ordre du jour et que les relations entre péquistes et bloquistes sous Lisée et Ouellet ne seront jamais vraiment harmonieuses, les défis de ces deux chefs sont énormes. François Legault suit tout ça de près, de très près.