François Legault refuse d’envisager la possibilité d’une récession. Le chef de la CAQ affirme plutôt que la situation économique actuelle «est porteuse pour longtemps».

Les nouveaux pères Noël

Philippe Couillard et François Legault ont endossé leurs costumes de père Noël. Le premier promet une baisse des impôts et le deuxième en réclame une sans délai. M. Legault craint que les libéraux ne se bâtissent une cagnotte afin d’acheter le vote des Québécois aux prochaines élections. Il réclame donc une baisse d’impôts dès cette année, question de vider la cagnotte appréhendée.

M. Legault n’a peut-être pas tort sur les stratégies libérales. Mais à partir du moment où il est en tête dans les sondages d’opinion, il doit lui aussi ouvrir son jeu. Sa proposition de réduire immédiatement les impôts de 500$ par personne soulève une question de taille: le Québec en a-t-il les moyens sans courir le risque de retomber en déficit?

La proposition de la CAQ est récurrente. Elle priverait les finances publiques de 1,7 milliard $ dès cette année, ainsi que les années suivantes. 

Philippe Couillard a également indiqué qu’il annoncera une réduction du fardeau fiscal des Québécois lors de la mise à jour économique et financière à la fin de novembre. On ignore la teneur de cette annonce, mais le gouvernement semble se diriger vers une baisse du fardeau fiscal applicable dès cette année. Une baisse que les contribuables pourront constater dès février prochain, lors de la préparation de leur rapport d’impôt de 2017.

À partir du moment où le PLQ et la CAQ nous proposent tous deux une baisse des impôts, la question est de savoir quel niveau sera suffisamment prudent pour éviter de voir le Québec retomber un jour dans les déficits structurels qui nous ont endettés collectivement de centaines de milliards de dollars au cours des dernières décennies.

Tout le monde s’entend sur un fait: l’équilibre budgétaire actuel et les cotisations au Fonds des générations permettront de ramener la dette du Québec au niveau de la moyenne canadienne en 2025. Ce serait énorme comme réussite. Parce qu’à l’exception de Terre-Neuve, le Québec est encore la province la plus endettée au Canada.

Le mot déficit est donc à proscrire dans tous nos prochains budgets. François Legault a toujours réclamé que le gouvernement cesse de faire des déficits. Il a même prôné des coupes chez les fonctionnaires afin d’atteindre cet objectif. Mais que ferait un gouvernement de la CAQ en cas de récession économique? Réponse: il accepterait de revenir au déficit.

M. Legault n’a pas voulu confirmer un tel scénario cette semaine sous prétexte qu’il est hypothétique. Mais il s’est défini comme un «keynésien», ce qui veut dire qu’il accepterait de faire des déficits pour stimuler l’économie en cas de récession. «Je pense que quand ça ne va pas bien, on aide», a-t-il dit. 

Le chef de la CAQ refuse d’envisager la possibilité d’une récession. Il affirme que la situation économique actuelle «est porteuse pour longtemps» et qu’elle le sera d’autant plus «qu’avec un gouvernement de la CAQ, on va accélérer la croissance économique».

C’est là où je décroche. Gouvernement de la CAQ ou pas, nous n’aurons pas de prise sur le moment de la prochaine récession. La dernière crise au pays remonte à 2008-2009. Selon l’Institut C.D. Howe, il y a eu une récession au Canada toutes les neuf années et demie depuis 1970. Nous ne serions donc pas très loin de la fin du cycle actuel de croissance économique.

Dans un tel contexte, il serait irresponsable de jouer au père Noël. Une baisse des impôts, si baisse il y a, devrait être très prudente, et s’appuyer sur des prévisions économiques conservatrices. Ce n’est pas sexy comme sujet. Mais il faudra surveiller ça de près parce que l’argent brûle les doigts des politiciens à l’approche des élections.