Le grand défi de François Legault sera de mettre de la substance sur son slogan «l'équipe du changement».

L’équipe du changement

CHRONIQUE / Ça m’a sauté aux yeux, comme une grosse verrue sur le menton : «L’équipe du changemen», avec cette belle coquille sur un communiqué de presse annonçant le congrès annuel de la Coalition avenir Québec, les 26 et 27 mai à Lévis. L’erreur ne venait pas du parti, et elle a été corrigée rapidement.

Je suis mal placé pour blâmer qui que ce soit. Il nous arrive tellement souvent, à nous journalistes, d’échapper de telles erreurs dans nos textes. On a beau se lire et se relire, l’œil et le cerveau nous jouent des tours. Si je mentionne le communiqué en question, c’est pour démontrer à quel point l’erreur est humaine et inévitable à la vitesse à laquelle roulent nos institutions. Si on oublie un T sur le changement, imaginez à quel point on peut oublier ce même T, une fois au gouvernemen(t).

Retour donc à «l’équipe du changement», le slogan que la Coalition avenir Québec oppose à la publicité libérale «Ensemble, on fait avancer le Québec». 

J’imagine que pour les faiseurs d’image du PLQ, faire avancer le Québec implique aussi du changement, mais c’est un peu long comme slogan. «L’équipe du changement», c’est simple et ça répond sans détour au souhait de changement de l’électorat. C’est un peu comme le «Make America Great Again» de Donald Trump. C’est court, et ça entre au complet sur une bannière électorale ou un autobus de campagne.

Le grand défi de François Legault sera de mettre de la substance sur son slogan. C’est toujours difficile pour un parti d’opposition, qui n’a pas les outils de l’équipe gouvernementale. On voit déjà, par exemple, que les libéraux feront de la mobilité durable l’un des chapitres importants de leur campagne électorale. Ils savent qu’il est inutile d’invoquer leur bilan et le retour à l’équilibre budgétaire. Ce serait ouvrir la porte à un nouveau débat sur l’austérité. 

François Legault a déjà indiqué qu’il ne montrera pas son jeu trop tôt, par crainte de se faire voler ses idées par les libéraux. N’empêche que sa baisse légère de popularité, annoncée cette semaine par la firme Léger Marketing, lui a mis une certaine pression. Il attendait visiblement une question sur le sujet à son point de presse de mercredi. Je vous livre sa réponse en vrac.

«Un gouvernement de la CAQ va doubler, tripler le rôle d’Investissement Québec pour augmenter les investissements privés des entreprises au Québec. Deuxièmement, la CAQ va investir 700 millions $ pour réduire les taxes scolaires pour qu’on ait un taux de taxe scolaire qui soit le même partout au Québec. Un gouvernement de la CAQ va mettre en place des maternelles quatre ans pour tous les enfants au Québec, alors qu’actuellement il y a seulement 5 % des enfants qui ont accès à la maternelle quatre ans. Un gouvernement de la CAQ va ajouter cinq heures par semaine dans toutes les écoles secondaires. Un gouvernement de la CAQ va renégocier le contrat avec les omnipraticiens pour changer le mode de rémunération pour qu’il y ait une réelle prise en charge des patients. Un gouvernement de la CAQ va renégocier le contrat avec les (médecins) spécialistes parce qu’actuellement, on leur donne 1 milliard $ de trop. Commençons par digérer ça. Il va s’ajouter d’autres propositions, mais il y a déjà beaucoup de propositions de la CAQ sur la table».

Il y a effectivement beaucoup de matière dans cette réponse, mais il y a aussi des implications budgétaires. Le débat à venir portera sur le financement de telles mesures. C’est un classique en campagne électorale. M. Legault a déjà collaboré à la rédaction d’une sorte de «budget de l’an 1» d’un Québec indépendant en 2005. Son expérience et sa formation de comptable seront mises à contribution cette année, et soumises à l’épreuve des chiffres.